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Dossier 16/12/2013

HTML comme 3e langue ?

« Coder est le nouveau latin du 21e siècle » déclarait en 2011 Alex Hope, PDG de Double Negative, société spécialisée dans les effets spéciaux pour le cinéma, soulignant à la fois le monopole d'une minorité sur cette nouvelle science et la nécessité de la démocratiser, tout en appelant les gouvernements à s'emparer du sujet.

De moins en moins contesté, l'enseignement de l'informatique n'était pourtant pas une cause gagnée d'avance. D'abord parce que la discipline a été tardivement reconnue, notamment en Europe où le monopole de l'école sur l'éducation et les programmes stricts freinent pour beaucoup les innovations. Ensuite, parce que l'informatique pâtit d'une image de science complexe, peu naturelle et constamment en évolution, alors même que les ordinateurs sont de plus en plus simples à utiliser.

Pourquoi devrions-nous connaître le fonctionnement d'un ordinateur si friendly user ? Pourquoi ne suffit-il pas d'être un consommateur numérique averti ? Précisément parce qu'il est essentiel de devenir créateurs plutôt que de rester consommateur répond Douglas Rushkoff, auteur du livre Les 10 commandements de l'ère numérique. Pour lui, l'équation est simple – ou binaire diraient d'autres : « créez le logiciel ou soyez le logiciel », « programmez ou soyez programmés », « créez ou consommez ». La question posée par l'enseignement de l'informatique n'est donc pas seulement celle d'entrer dans l'ère du numérique, mais celle de faire le numérique.

Maîtriser les bouleversements du numérique

Pour les défenseurs d'une formation à la programmation, il est essentiel de comprendre combien le numérique bouleverse les activités et les capacités humaines malgré nous. Avec les ordinateurs et le numérique, nous répliquons le processus de cognition. Or, ce sont les programmes qui dictent aux machines les interactions. Ainsi, on comprend que ceux qui maîtrisent la programmation maîtrisent la transformation du monde. Du coup, utiliser des outils numériques sans au moins en comprendre les mécanismes revient à vivre dans un environnement dont les paramètres et les effets cognitifs de ces paramètres ont été définis par d'autres. L'enjeu de l'apprentissage de la programmation, du « savoir coder » est donc celui de (re)prendre le pouvoir sur la machine afin de comprendre et de maîtriser les bouleversements liés au numérique. L'Académie des Sciences, auteure d'un rapport sur le sujet en mai 2013, souligne l'urgence de la réduction de cette fracture d'usage. Elle pointe également la nécessité de réduire la fracture des genres face à la programmation (univers très majoritairement masculin) et la fracture sociale.

L'alphabétisme numérique

Si aujourd'hui beaucoup s'accordent sur l'utilité de l'apprentissage de la programmation, il reste à définir le point d'équilibre entre la nécessité d'enseigner les principes généraux utiles à la compréhension des conséquences du numérique et « l'injonction à devenir tous programmeurs » selon les mots d'Hubert Guillaud. De même, les voix divergent sur la méthode et les contenus : comment enseigner la programmation ? Comme une technique, comme une science ou comme une nouvelle forme de littératie ? L'Académie américaine des Sciences défend l'apprentissage d'une « pensée computationnelle », une forme de raisonnement basée sur les principes de la programmation déconnectée de son association avec les machines.

Enfin, la question du choix du langage de programmation et du choix des méthodes d'apprentissage divise les protagonistes du débat qui rappellent qu'aujourd'hui, nombre de programmateurs se forment eux-mêmes, les méthodes étant pour la plupart, défectueuses. Des essais sont en cours avec notamment la Code Academy, créée par deux étudiants de Colombia et, en France, Simplon.co, MediaCité ou 42. Toutes gratuites et (presque) ouvertes à tous, ces écoles proposent des cours de code en ligne. Mais là s'arrêtent les ressemblances. Quand l'une repose sur la libre volonté des administrés, l'autre se compose de sessions pour le moins intensives. De même, les langages enseignés divergent, la Code Academy enseignant un peu tout, Simplon orienté Ruby et 42 privilégiant l'environnement UNIX. Bien qu'aucune étude ne compare les deux types d'enseignements, ces essais éclaireront sans doute les choix d'avenir. Le principe est acquis, il n'y a plus que les paramètres à définir.


Les commentaires

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Benoit Nortier
Benoit Nortier 17/04/2014 16:42:48

Bonjour. je ne crois pas du tout qu'il faille se précipiter pour intégrer de façon obligatoire l'apprentissage du code dans les programmes des enfants. Il y a actuellement un réel besoin de développeurs auquel nous n'arrivons pas à répondre c'est vrai; mais ce n'est que transitoire. Il faut préparer nos enfants à bien utiliser les nouveaux outils numériques pour qu'ils ne soient pas pour eux un frein mais au contraire un moyen de réaliser leur projet de vie, privée et professionnelle. Je milite donc pour que d'une part un enseignement du digital soit réalisé au plus vite auprès des jeunes (et d'ailleurs aussi des moins jeunes), qui leur permettra d'utiliser les nouveaux outils pour atteindre la finalité recherchée, en en connaissant les dangers mais aussi les avantages. il ne s'agit pas d'apprendre à se servir de Twitter ou Facebook ou leur smartphone, ça, ils l'apprennent plus vite que nous, mais à s'en servir correctement, en faisant attention à ce qu'ils publient. Et savoir quel outil utiliser, en fonction de ce qu'il veulent vraiment faire. L'autre aspect concerne la façon même d'enseigner toutes les matières. Il faut que les élèves et leurs professeurs utilisent les nouveaux outils et les nouvelles méthodes associées. Cela représente un vrai projet pour notre société car la formation est la base de la réussite ou pas de nos jeunes. A noter que 20% des enfants sortent du primaire sans savoir lire et écrire en France! Si cela vous intéresse d'échanger sur le sujet, je suis prêt à en débattre.

Alain Grenouillat
Alain Grenouillat 17/04/2014 16:19:18


Le langage HTML n’est pas vraiment nouveau, il serait temps de s’intéresser à ce qui nous entoure pour pouvoir comprendre ce qui nous arrive, d’ailleurs l’éducation nationale avait intégré à l’époque du minitel (il y a quelques années…) le langage binaire.

On encourage le talent à nos bambins en leurs faisant découvrir peinture, dessin ou musique qu’ils pourront exposer à loisir sur nos murs plus tard, alors pourquoi pas cette forme d’expression contemporaine profitable à tous… ?

Doit-on laisser la mainmise aux penseurs intellectuels de communiquer la créativité et le sens artistique alors que la démonstration d’un affichage numérique se fait depuis n’importe quel écran connecté dans le monde.


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