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Dossier 15/12/2013

Écrire à la main, c’est bon pour le cerveau.

Que ce soit pour envoyer un message à un proche, prendre des notes pendant une réunion ou tout simplement se souvenir d’un rendez-vous, l’écriture manuelle semble lentement disparaître au profit de la frappe sur clavier physique ou numérique.

Doit-on privilégier le clavier ? Aux Etats-Unis par exemple, le débat a été tranché puisque d’ici 2015, l’apprentissage de l’écriture cursive en primaire ne sera plus obligatoire. Dans certaines écoles suédoises, les enfants de maternelle apprennent à utiliser l’écran tactile d’une tablette avant de savoir écrire des lettres sur un cahier (source : Courrier International n°1194 du 19.09.2013). Si pour le moment aucun enfant n’a jamais été confronté à un apprentissage de l’écriture exclusivement réalisé avec des outils numériques, cette concurrence entre le stylo et le clavier suscite une controverse.
Car au-delà des comparaisons d’usage et d’efficacité entre les deux outils, l’étude de notre cerveau par les neurologues révèle que l’écriture « à la main » est indispensable dans les processus d’apprentissage. Grâce à l’imagerie par résonance magnétique ou IRM, les chercheurs peuvent à présent voir les zones cérébrales actives pendant l’écriture cursive mais aussi pendant la lecture de lettres de l’alphabet. Ces études révèlent que l’information nerveuse qui détermine l’ordre d’écriture des caractères est située dans le cortex moteur et le cortex somato-sensoriel. Ces deux zones très proches du cerveau nous permettent d’une part de planifier, contrôler nos mouvements et engendrer un apprentissage entièrement tourné vers le numérique, et, d’autre part, de traiter les informations que nous percevons grâce au sens du toucher. L’écriture est donc une affaire de mouvements et de sensations, ce qui en soit n’est pas une découverte révolutionnaire. En revanche, les chercheurs ont été étonnés d’apprendre que la lecture de caractères fait appel aux mêmes zones, en plus de l'aire cérébrale de la lecture. Cette découverte prouve que notre cerveau trace virtuellement et inconsciemment les lettres qu’il reconnaît : la reconnaissance de caractères serait plurimodale, se faisant à la fois par la vue mais aussi par le toucher ou plus exactement par la simulation mentale et inconsciente des mouvements que l’on fait pour les écrire.

C’est le corps qui écrit.

En somme, lire serait écrire, et un réseau neuronal étendu participe à ce processus puisque d’autres zones cérébrales sont concernées comme celle du langage ou bien celles liées aux processus d’apprentissage et de compréhension. En comparaison, l’écriture exclusive au clavier ne parait pas aussi bénéfique. Quand les lettres sont tapées au clavier, le processus cérébral en action est totalement différent puisque la correspondance entre la lettre et le mouvement est arbitraire. Au niveau moteur, les processus sont beaucoup simples et sollicitent beaucoup moins le cerveau. Bref, apprendre à écrire grâce au clavier n’est pas forcément recommandé et son usage intensif pour la prise de notes au niveau supérieur des études serait lui aussi peu bénéfique en termes de mémorisation et de réflexion. Comme l’avait souligné Maria Montessori, créatrice de la méthode pédagogique du même nom, la cognition se nourrit de l’activité corporelle. Tout comme les calculettes n’ont pas remplacé l’usage du calcul mental, l’écriture manuelle est donc loin d’être obsolète et participe activement à une forme d’apprentissage, même à l’âge adulte.



Les commentaires

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Thierry Poulin
Thierry Poulin 24/02/2018 18:09:33

Personnellement, c'est vrai que j'ai de plus en plus de mal à écrire à la main et cela me fait me sentir un peu bébête ! :(


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