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Dossier 01/07/2015

Comment s’organiser face aux sollicitations numériques ?

Que ce soit au travail ou dans notre vie de tous les jours - par le simple fait de posséder un smartphone - nous sommes constamment sollicités. Face à cette connexion permanente, des stratégies individuelles émergent.

Dans le cadre du travail, le salarié est de plus en plus confronté à des engagements multiples, et ce dans un timing très serré. Pour les cadres, cette connexion permanente se serait même muée en véritable « règle implicite de travail » comme le souligne le psychologue Marc-Eric Bobillier-Chaumon. Cette mutation du travail mérite que l’on s’y attarde, et pas uniquement comme potentielle source de stress. Pour la sociologue Caroline Datchary, cette « dispersion au travail », permise et favorisée par les NTIC peut être une « compétence », que le salarié peut cultiver. Une manière d’avoir prise sur son environnement en somme.

Or, cet atout souffre d’un « manque de reconnaissance et de visibilité », invisibilité due à la tension entre le « modèle du plan », dérivé du taylorisme, et celui fondé sur la réactivité et l’opportunisme. On perçoit également cette perception négative de la « dispersion au travail » au travers des mots utilisés pour décrire cette réalité, tous connotés négativement : versatilité, distraction, éparpillement ou… dispersion, terme que la chercheure a donc tout de même choisi pour son travail.

Elle prend par exemple l’exemple d’un manager : grâce à la multi-activité permise par les NTIC, il profite d’« une source de satisfaction dans le fait de combler tous les temps morts et à tirer toujours le meilleur parti de son environnement ». Certains cadres se laissent « piloter » et se libèrent d’« agendas rigides », appuie Christian Liccope. « Ceci les conduit à traiter les sollicitations non pas comme des interruptions mais comme des notifications, c’est-à-dire comme des sources d’information pertinentes, et qui leur permettent de rester dans le coup, de ‘surfer’ sur un flux d’activités polymorphes et toujours en évolution. »

Face à la “nausée télécommunicationnelle” : la déconnexion


Malgré tout, soulignons l’ambivalence de la « dispersion au travail » : « la pression temporelle et les situations de dispersion auxquelles est confronté le manager, conduisent celui-ci à trouver en permanence un équilibre bien précaire entre la surcharge et l’optimisation de son temps », analyse encore Caroline Datchary. Face à cet équilibre vacillant, émergent des pratiques de déconnexion que les chercheurs Magali Prost et Moustafa Zouinar qualifient de « restrictives » : la majorité des pratiques mentionnées par les participants à leur étude sont de nature « partielle » (e.g. arrêt du « push mail » sur le smartphone). Il s’agit de pratiques de régulations locales de l’activité connectée, des stratégies inventées, « bricolées » pour faire face aux conséquences vécues comme négatives de l’usage trop fréquent des TIC en mode connecté ». Ainsi, certains choisissent de filtrer les appels, de laisser le répondeur prendre des messages, de couper la messagerie instantanée… Le chercheur Francis Jauréguiberry reprend : « Lorsque celle-ci se donne à expérimenter, elle est rarement totale (abandon définitif de la technologie), la déconnexion est plutôt segmentée (dans certaines situations et à certaines heures) et partielle (seuls certains usages sont suspendus). »

Des moments de déconnexion…


Ces pratiques ne sont pas uniquement mises en œuvre par les individus : elles peuvent être proposées par des entreprises elles-mêmes. Magali Prost et Moustafa Zouinar citent l’exemple d’Intel en Grande-Bretagne, de Sodexo et Orange en France qui ont proposé des « journées sans emails » pour inciter les employés à modérer leurs usages de la messagerie électronique. Il n’est pas non plus anodin de constater que les cadres de grandes entreprises spécialisées dans les NTIC se retrouvent chaque année, depuis 2010, à des conférences Wisdom 2.0 (soit la sagesse à l’ère digitale). Google, Facebook, Twitter et consorts y débattent des dangers d’être trop connecté et ont comme maître-mot « mindfulness » (soit la « qualité de présence et d’attention »). Ces pratiques de « mindfulness » séduisent de nombreuses entreprises et se traduisent par des séances de méditation pour les salariés, forcément déconnectés, au sein de l’entreprise. Cet engouement touche aussi l’Europe : en septembre dernier, Dublin accueillait la première édition européenne de la conférence Wisdom 2.0. Reste à savoir si toutes ces initiatives permettront réellement aux salariés de mieux gérer leurs usages à plus long terme.


Les commentaires

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Ramkumar Yaragarla
Ramkumar Yaragarla 20/12/2017 07:34:51

During our time in office we are constantly distracted from our focused work. As you rightly said we need to manage our distractions. You used the word 'nausea' that is good. Sometimes strategic disconnections are needed. It is only during these disconnections we find our quiet space to reflect on our thoughts and when we come back we might have new ideas. Nice article. Cheers.


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