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Dossier 12/07/2013

L’ordinateur, le couple et la confiance

Issu du monde du travail, l’ordinateur a eu du mal à trouver sa place au sein du foyer. Relégué dans une chambre ou exposé au salon, ce nouvel écran utilisé encore de façon solitaire peut provoquer des tensions au sein d’un couple.

La première raison : le temps d’occupation de la machine, notamment quand cette dernière est utilisée de façon exclusive et sur un temps trop long, par l’un des partenaires (principalement l’homme). Cet usage abusif peut alors freiner le processus de formation du couple en privilégiant le « moi » par rapport au « nous conjugal », notamment chez les couples les plus jeunes. Ce sentiment est particulièrement présent dans les couples cultivant « la dette négative », c’est-à-dire l’impression symbolique d’en faire plus que son rôle de base et donc d’avoir le droit en échange à une compensation. Ce déséquilibre peut aller suffisamment loin pour provoquer chez les femmes un sentiment de jalousie ou d’abandon qui, dans les cas les plus graves, peut mener jusqu’à une remise en cause du couple et à une rupture. Reste que l’usage abusif de l’ordinateur n’est pas à l’origine de ces tensions, mais s’avère être le révélateur de problèmes préexistants.

Nouvelle surveillance

Le deuxième type de tension est lié à l’usage du web et aux traces que l’on laisse. L’utilisation massive des mails et des réseaux sociaux a fait naître au sein des couples une nouvelle forme de surveillance interpersonnelle. Bien qu’elle existe depuis bien longtemps sous d’autres formes, on remarque qu’elle est aujourd’hui exacerbée par la présence et la visibilité des traces laissées sur les réseaux. Si certaines le sont de façon consciente (comme un statut Facebook ou une géolocalisation par exemple) d’autres, pour certains utilisateurs, sont complètement inconnues comme par exemple l’historique de navigation ou bien même l’heure à laquelle une activité Facebook est enregistrée. La tension vient alors d’un sentiment de ne plus avoir le contrôle des outils que l’on utilise, soit parce que l’on doit cacher une situation (infidélité, drague en ligne…) soit parce que l’on subit une surveillance poussée.

Évitement

Pour répondre à cette tentation de la surveillance constante, les couples mettent en pratique trois modèles bien distincts dans leur fonctionnement. Le moins répandu est celui du cloisonnement ou de la revendication de l’intimité personnelle qui consiste à préserver un espace d’intimité revendiqué comme tel et cloisonné par des mots de passe ou par un effacement d’historique. Ce choix est souvent imposé par l’un des partenaires et se révèle assez délicat car il ne doit pas prendre le pas sur le couple. Le deuxième modèle est celui de l’évitement ; il intervient surtout quand un individu a vu sa confiance brisée ou quand il a subi une intrusion dans son espace d’intimité. Il se ménage alors un espace privé en évitant de parler de ses activités en ligne ou bien en surfant sur une machine à laquelle le conjoint n’a pas accès.

Rien à cacher ?

Le troisième et dernier modèle s’avère aussi le plus répandu. Il s’agit tout simplement de la confiance. Les couples se revendiquant de ce modèle estiment que l’érection de barrières est incompatible avec l’idée de couple. Sans forcément partager toute leur activité en ligne, les conjoints se font confiance l’un l’autre pour ne pas pratiquer d’activité numérique nuisible au couple et ne pas s’espionner. Les sessions ne sont pas protégées par les mots de passe (ou bien ces derniers sont volontiers partagés) et les contenus des messageries sont accessibles d’un simple clic. Cette transparence induit la mise en place d’une règle tacite, celle de ne pas procéder à une intrusion abusive dans l’espace de son partenaire. Au final, la volonté de montrer que l’on n’a rien à cacher reste encore le meilleur moyen de limiter les tensions d’usage liées à la surveillance.


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