Digital Society Forum Digital Society Forum
Dossier 12/07/2013

Photo de famille : de l’argentique au numérique

Depuis l’avènement des appareils photo numériques, nos usages ont changé : si nous prenons cinq fois plus de photographies qu’à l’époque de l’argentique, nous en faisons tirer sur papier seulement 15%, modifiant ainsi la façon dont nous les partageons et les stockons.

Comprendre les changements provoqués par le numérique, c’est remonter aux premières évolutions de la photo de famille. Jusqu’alors centrée sur les photos de groupes et des portraits sensés mettre en scène la famille (fratrie rassemblée, mariage…), les nouvelles familles des années 60 vont changer peu à peu la donne. Les photos se font de moins en moins posées comme si les photographes essayaient de capturer l’instant présent, un moment éphémère qui fait naître une émotion. Si la photo de famille a toujours pour vocation d’offrir une trace du passé ou du temps qui passe, l’idée n’est plus de montrer « qui est là » mais plutôt d’indiquer « ce qui se passe ». Ce mouvement a fortement été poussé par l’avènement du numérique. Grâce à la simplification des appareils photo et leur intégration dans les téléphones portables, il est devenu de plus en plus simple de prendre des photos à n’importe quel moment. Autrefois ritualisée et complexe dans ses réglages, la prise de photo est à présent instantanée. Cette liberté d’usage a donc changé notre rapport à l’image familiale. Simple trace, élément détaché de la construction de la mémoire, la photo doit donc être ressaisie pour être chargée de sens.

Montrer, partager, transmettre

Cette démocratisation a aussi changé notre manière de partager les photos. Alors qu’elles étaient avant tout destinées aux générations futures, les images sont à présent partagées de façon plus horizontale. Leurs facilités de duplication permettent la confection d’albums personnalisés, centrés sur un aspect précis de la vie. Pour une grand-mère, on fera une sélection des meilleures photos de ses petits-enfants tandis que pour un frère on montrera l’avancement des travaux de la maison. La photographie de famille serait donc devenue un moment que l’on partage puis que l’on oublie dans un coin de la mémoire de l’ordinateur. Avec l’agrandissement des capacités de stockage des disques durs, les photos s’accumulent, suivant une évolution « modèle ». Lors de la formation du couple, chacun apporte son dossier de photos qui restera souvent rangé de manière séparée dans un même dossier (« mes images » sous Windows par exemple) ; la venue du premier enfant amène la création d’un dossier commun, centré principalement sur les photos du nourrisson ; puis, l’abondance d’images conduit à un premier classement : les clichés sont réunis en fonction de l’événement dont ils dépendent (voyages, anniversaires, repas familiaux…) mais ce rangement est souvent rapidement abandonné pour une simple chronologie. Cependant, toutes les images sont loin d’être centralisées. Beaucoup restent dans les cartes mémoires des téléphones portables afin d’être visionnées à tout moment, tandis que d’autres seront partagées par mail, visionnées puis oubliées.

Qui range ?

Mais qui s’occupe de ce rangement au sein du couple ? Si le classement et la mise en valeur des images a longtemps été le domaine réservé des femmes (qui à l’inverse, ne manipulaient pas l’appareil photo), le numérique change là aussi la donne. S’il est encore trop tôt pour remarquer une inversion des rôles, les hommes sont à présent davantage sollicités pour classer les albums photo sur l’ordinateur qui reste leur domaine de prédilection. Enfin, quand aucun des parents n’est suffisamment compétent pour s’en occuper, cette tâche revient alors aux jeunes générations. Les échanges intergénérationnels sont alors inversés.
Au final, peu importe que le stock d’images soit perpétuellement mal rangé ou peu organisé, car après tout c’était souvent le cas des photos argentiques. Loin de la chronique un peu figée déposée dans un album, les dossiers et autres répertoires de photos évoluent, disparaissent ou bien sont dédoublés selon les besoins des uns et des autres. Bref, à l’image du récit de vie qu’elles accompagnent, les photos construisent un « paysage » qui varie selon les interlocuteurs et les circonstances, suivant ainsi la plasticité des histoires et des trajectoires…


Les commentaires

Pour réagir à cet article, je me connecte Je m’inscris

Soyez le premier à réagir !

Les sources de cet article


S’inscrire et participer

Inscrivez vous sur le Digital Society Forum pour commenter et réagir sur les articles et être informé des événements à venir

DSF