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Dossier 12/07/2013

L’apprentissage numérique : d’une génération à l’autre

Si le numérique est souvent associé à une révolution, c’est aussi parce que bien souvent, la culture et les compétences liées au web ne suivent pas toujours le schéma classique de transmission.

Certains parlent même de fossé des générations ou de fracture numérique pour désigner les différences de compétence entre les « migrants » du numérique et les « natifs » numériques (les moins de 35 ans). Alors que le processus éducatif s’appuie traditionnellement sur la transmission d’un savoir-faire basé sur l’expérience, l’apprentissage du numérique est beaucoup moins évident. Les parents qui n’ont pas grandi avec une souris ou un écran tactile dans la main se trouvent dans une position délicate, et l’on a tendance à penser que se sont leurs adolescents qui leur apprennent les nouveaux usages numériques. Pour les parents « natifs », il s’agit plutôt de trouver un équilibre entre leur utilisation du numérique (plus ou moins compulsive), ce qu’ils ont envie de montrer à leurs enfants et ce qu’ils entendent préconiser… Dans les faits, les apprentissages sont de plus en plus croisés, aussi bien ascendants que descendants, et dépendent moins des rôles familiaux que des relations interpersonnelles.

Pour les grands-parents

L’apprentissage intergénérationnel le plus visible reste celui entre les grands-parents et les petits-enfants. Aujourd’hui, 37% des sexagénaires et 15% des plus de 75 ans possèdent une connexion Internet, une proportion faible mais qui a largement progressé au cours des dernières années. Les nouvelles technologies permettent en effet de maintenir le lien distendu par l’éloignement entre générations ou, à l’inverse, de garder une certaine distance et d’éviter de trop grandes intrusions. Si l’acquisition du matériel est souvent le fait des enfants adultes - souvent sous la forme de cadeaux – la passation des savoirs saute une génération. Les petits-enfants endossent un rôle de médiateur afin d’apprendre à leurs grands parents l’utilisation basique de ces nouveaux outils, leur faire découvrir certaines fonctionnalités pratiques mais aussi pour les dépanner en cas de bug. Reste que ces interventions ne sont pas forcément déterminantes. En effet, les plus jeunes ne sont pas toujours disponibles et leur aide est souvent ponctuelle. De plus, la transmission s’effectue parfois dans l’autre sens quand les jeunes grands parents offrent du matériel d’occasion à leurs petits enfants ou leur font découvrir certains services web adaptés à leur âge.

Avec les parents

Pour ce qui est des parents et de leurs jeunes enfants, les échanges et la transmission prennent un chemin beaucoup plus complexe, qui dépend surtout du « capital informatique » de chaque famille. Ainsi, 10 à 30% des moins de 6 ans surfent sans l’accompagnement d’un adulte. Ce chiffre monte jusqu’à 50% pour les 7-10 ans, moment où ils gagnent en autonomie. Ce déficit de surveillance s’observe surtout parmi les familles issues des couches socio-professionnelles les plus pauvres, celles qui n’ont pas les compétences suffisantes pour surveiller l’activité numérique des enfants ou, plus rarement, parce qu’elles ne possèdent pas d’ordinateur, obligeant les enfants à se connecter à l’extérieur. Et si ces enfants ont souvent accès à des jeux vidéo, ils le font le plus souvent sur une console, plus facile à lancer que sur un ordinateur. Reste qu’avec l’arrivée d’une machine (achetée souvent dans le but d’aider aux devoirs), l’enfant est alors propulsé utilisateur principal et donc expert en informatique.

Cette configuration ne se retrouve cependant pas dans les foyers favorisés. En effet, l’ordinateur est un outil bien plus présent et utilisé par les parents dans le cadre de leur travail et des loisirs et par les enfants pour les jeux vidéo. De ce fait, un apprentissage basique s’opère très tôt. Les parents qui ont un usage plus intensif sont les premiers à avoir une démarche pédagogique envers leurs enfants. Ils vont les accompagner sur le web, créer une adresse mail ensemble, discuter des règles de sécurité de base et apprendre à leur enfant à être autonome et responsable sur le web. C’est notamment le cas de Laurence Bee, journaliste et blogueuse sur le site Parent 3.0, qui, lorsque sa fille fête ses 9 ans, récapitule ce qu’elle a appris des bons usages du web.

De pair à pair

Reste que la transmission d’un capital informatique dépend aussi de facteurs plus subtils. Il faut tout d’abord compter sur la bonne connaissance des outils numériques utilisés par les enfants entrant dans l’adolescence et notamment des blogs et des réseaux sociaux. Etant donné que les pratiques évoluent très rapidement sur Internet, les parents ont donc du mal à se mettre à la page. De plus, l’entrée dans l’adolescence et le besoin d’autonomisation des adolescents ne les encourage pas à se tourner vers leurs parents pour résoudre un problème. Plutôt que de transmettre un savoir déjà périmé, les parents sont donc souvent relégués au rôle de surveillant général, qui va observer les activités Facebook de leur enfant, interdire certaines pratiques et surtout contrôler le temps de connexion. Dans ce contexte, la transmission du savoir numérique chez les jeunes suit le même chemin que leur autonomisation : il se fait majoritairement de pairs à pairs. Cela commence avec les frères et sœurs avec lesquels ils partagent l’ordinateur puis, à l’adolescence, avec les amis qui vont remplacer peu à peu les parents dans le rôle de prescripteurs. Passant peu à peu du statut de simples consommateurs de contenus à celui d’acteurs du web, les jeunes vont aussi se tourner vers l’ensemble des ressources que le web peuvent leur offrir et notamment les nombreux tutoriaux vidéo présents sur You Tube.


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