Digital Society Forum Digital Society Forum
Dossier 12/07/2013

Quand les couples font toit à part…

Pacsées, mariées ou en union libre, hétéros ou homosexuelles : plus de 1,3 million de personnes en France, soit 4 % des couples, se déclarent vivre ensemble sans pour autant partager le même toit.

Cette situation concerne d’abord les jeunes : selon l’Insee, plus de la moitié des couples non-cohabitant a en effet moins de 30 ans. Passée cette « barre des 30 ans », faire toit séparé devient plus marginal. On retrouve alors plutôt ceux qui disposent de moyens financiers plus importants, utiles dès qu’il s’agit de payer deux loyers.
Cependant, cette séparation est parfois contrainte par la recherche d’un emploi ou l’activité professionnelle, comme les « couples TGV », éloignés par des centaines de kilomètres la semaine et réunis le week-end. Ce qui n’est pas toujours mal vécu si cela est intériorisé et considéré comme juste et ponctuel par les deux partenaires, explique le sociologue François De Singly : « Lorsque la séparation est légitime pour les deux, ni la confiance ni le sentiment d’insécurité ne sont affectés. »
Aujourd’hui, ces séparations sont facilitées par les outils numériques (smartphone, Facebook...) qui permettent de maintenir le lien. Cela dit, on peut se demander où est la séparation quand on reste constamment connecté l’un à l’autre… Certains trouvent cependant leur compte à échapper au quotidien alors qu’ils partagent le même toit.

Intimité personnelle et intimité du couple

À lumière des travaux de François de Singly sur l’intimité conjugale et l’intimité personnelle, « c'est-à-dire le droit à avoir une vie indépendante de leur conjoint et autonome, au moins en partie », et les travaux de la sociologue Bénédicte Rey qui étudie les tensions liées au numérique et la façon de gérer l’articulation entre intimité personnelle (privacy) et intimité du couple, on peut se demander si vivre chacun chez soi ne répond pas finalement assez bien au besoin de certains de conserver leur part d’intimité personnelle au sein du couple. À l’image du témoignage de Stéphane, 33 ans, rapporté par Bénédicte Rey.
« Je vis avec quelqu’un… c’est une relation qui peut paraître un peu bizarre… c’est très privé comme information… enfin on vit chacun de notre côté, et on se retrouve chez l’un ou chez l’autre assez régulièrement. J’ai eu le besoin de me garder un espace vraiment qui m’est propre et donc sur mon ordinateur, j’ai créé deux comptes, un pour moi, un pour cette personne, et notamment le mien, j’y ai mis un code d’accès. Pour me protéger… »

L’« individu individualisé »

Malgré ce besoin de s’affirmer en tant qu’individu, le couple reste bien présent dans la vie de Stéphane qui dispose ainsi, à côté de son adresse mail personnelle, d’une adresse commune pour le couple qui le représente et le fait exister aux yeux des autres ainsi qu’à ses propres yeux.
Le couple s’inscrit ici dans un modèle relationnel qui laisse la part belle à « l’individu individualisé » explique Bénédicte Rey, où chacun peut se différencier, et où peut s’exprimer une vie personnelle à l’écart de la vie du couple, comme la décrit François de Singly. Cependant, « il s’agit, pour faire couple, que cet espace d’intimité personnelle ne soit pas écrasant : il doit s’accompagner de l’affirmation du couple, tant pour ses membres qu’aux yeux des autres » insiste Bénédicte Rey.
Bien qu’observable, ce phénomène – qui concerne des couples de tous âges – demeure difficile à saisir statistiquement, tant les mots utilisés pour le décrire sont à inventer. Toutefois la décohabitation conjugale semble s’inscrire dans une tendance large : celle de la réduction de la taille des foyers. Aujourd’hui, un tiers des ménages français est constitué d’une personne seule, un tiers de deux personnes et un tiers de trois et plus. Ce mouvement date de plusieurs décennies : en 1975, les ménages d’une personne ne représentaient qu’un cinquième des ménages, ceux de trois personnes ou plus en représentaient la moitié.


Les commentaires

Pour réagir à cet article, je me connecte Je m’inscris

Soyez le premier à réagir !

Les sources de cet article


S’inscrire et participer

Inscrivez vous sur le Digital Society Forum pour commenter et réagir sur les articles et être informé des événements à venir

DSF