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Dossier 10/10/2014

La consommation collaborative, une révolution en marche ?

Disruptive et novatrice la consommation collaborative fait bouger les lignes économiques. Une grande partie des évangélistes chargés d’en faire la promotion a basé son discours sur ce principe. Critiques à l’égard du système économique actuel, ils souhaitent offrir aux consommateurs un modèle alternatif et anti-crise basé sur des valeurs non marchandes tout en répondant à un besoin d’interaction sociale. Mais en réalité, cette nouvelle forme de consommation offre surtout un service plus souple et des possibilités d’échanges permettant de maintenir un niveau de consommation à moindre prix.

Avec la crise économique de 2008 et ses effets sur l'accentuation des inégalités, la consommation collaborative est donc arrivée à point nommé pour accompagner une véritable transition sociétale.

Ainsi, la manière de consommer et le symbolisme que l'on attache à l'acte d'achat sont les premières choses qui procèdent de ce changement. En effet, nous savons depuis plusieurs décennies que la possession d'un bien entraîne un phénomène de différenciation sociale. Mais l’accélération des cycles de mode et la baisse du pouvoir d'achat ont permis de valoriser l'usage des objets au détriment de la propriété. Si l’économie collaborative n'en est pas réellement responsable, elle a cependant accéléré le phénomène en mettant en place des réseaux de communication nécessaires au partage des biens et des services entre pairs. De plus, la mise en relation directe proposée par les plateformes collaboratives permet aux consommateurs de redonner du sens à leurs actions. Ils n'achètent plus un service à une entreprise, ils se rendent service en échange d'une compensation financière.

Ces nouvelles pratiques - qui dans certains de leurs aspects comme le partage d'appartement, ne touchent encore qu'une partie marginale de la population - n’émergent pas sans causer plusieurs frictions avec des acteurs économiques et politiques institutionnels. Depuis trois ans, les taxis ou les professionnels d'hôtellerie accusent de concurrence déloyale les plateformes de mise en relation des pairs. Moins que le manque à gagner, qui est souvent négligeable, c'est surtout l'absence de régulation qui est mise sur la balance. Pressés d'agir, les différents gouvernements municipaux ou nationaux sont appelés afin de poser des limites législatives à ces plateformes trop « novatrices ». L'enjeu est complexe car il doit à la fois protéger des emplois « historiques », normaliser le statut des plateformes collaboratives qui ne souhaitent pas être considérées comme de simples entreprises du numérique tout en veillant à ce que l'activité des internautes qui louent leur appartement ou arrondissent leurs fins de mois en rendant des services rémunérés ne bascule dans le travail dissimulé.

Car si la question commence à peine se poser en France, aux Etats-Unis, pays où l’économie des petits boulots a connu une croissance sans précédent depuis 2008, de plus en plus de personnes tentent de vivre entièrement des revenus issus de l'économie collaborative. Qu'ils soient chauffeur de VTC ou taskeur (personne enchaînant les jobs de services), le statut des « travailleurs du collaboratif » provoque de plus en plus de débats. Si une minorité d'entre eux arrive à vivre décemment grâce à ce mode de vie, la majorité vit dans la précarité et dépend des règles instaurées par les plateformes. Les décideurs de l’économie collaborative devront prendre en compte les revendications de ces nouveaux travailleurs avant de pouvoir revendiquer l'avènement d'une véritable révolution.


> Le collaboratif, nouvelle forme d’économie ou perturbateur de l’économie ?
Sulfureuse, disruptive et non conventionnelle, l’économie collaborative est vénérée par ses supporters comme un mouvement qui réinvente l’économie et est décriée par ses opposants comme un élément dérégulateur, destructeur d'emploi. Derrière le débat idéologique, qu'en est-il vraiment ?

> Crise et transition, accélérateurs de changements de pratiques
La crise économique et financière qui a secoué le monde en 2008 et qui se prolonge sous forme d’une société plus inégalitaire est souvent associée à l'émergence récente de l’économie collaborative. Vue comme une période d'instabilité et de transition, la récession qui touche la société depuis quelques années est en fait considérée comme l'un des moteurs d'une nouvelle façon de consommer.

> Qu’est-ce qu’un « client » de l’économie collaborative ?
L'acte de consommation ne se réduit pas au simple fait de dépenser de l'argent pour acquérir un bien ou un service. Il reflète également un système de valeurs caractéristique de la société occidentale.

> Quand la consommation collaborative remet en question la possession
L'émergence des réseaux sociaux, la dématérialisation des biens culturels et la récession économique récente pourraient bien être à l'origine d'une transformation profonde de l’un des ressorts de la société de consommation : le rapport à la possession.

> Les nouveaux travailleurs de la consommation collaborative
Ils sont auto-entrepreneurs et exercent leurs activités comme un à-côté irrégulier ; ils ne sont ni salariés ni considérés comme employés et pourtant ils doivent se conformer aux règles de travail dictées par des sites web ; certains tentent même de gagner leur vie avec ce système mais peu d'entre eux y arrivent. « Ils », ce sont les travailleurs de la consommation collaborative.

> La puissance publique entre deux feux
Face à des startup de la consommation collaborative qui bousculent parfois violemment les acteurs historiques, les États sont confrontés à un nouveau dilemme. Doivent-ils encourager cette économie émergente et changer la donne au risque de menacer des milliers d'emplois ? Ou bien intervenir pour encadrer des pratiques jugées certes innovantes mais un peu trop disruptives ?

> L’économie collaborative entraîne-t-elle une baisse de la consommation ?
Affaiblissement de la possession, réutilisation et durabilité, ces caractéristiques de la consommation collaborative font qu'elle se trouve parfois associée à l'idée de décroissance. Lors de l'une de ses nombreuses conférences, Rachel Botsman, confirme ce sentiment : « Nous savons bien qu’une économie basée sur l’hyperconsommation est une pyramide de Ponzi, un château de cartes ».


Les commentaires

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Gerard Dupuis
Gerard Dupuis 15/03/2017 21:37:07

Questionnaire répondu ! bonne chance !

Alexis Le Bail
Alexis Le Bail 21/01/2017 19:12:13

Bonjour,

Etudiant en première année de Master à l'école de commerce Kedge Business School à Bordeaux, nous réalisons un travail étudiant les déterminants du succès des plates-formes collaboratives.
Si vous êtes concernés par le sujet, pourriez-vous prendre 2mn de votre temps pour y répondre à notre questionnaire :
https://docs.google.com/forms/d/1tF6GObp-VuOuZQxeSTFavtNyQpDMImmLKwHv7dJFQg0/viewform?edit_requested=true
Merci beaucoup.

Cordialement,
Alexis Le Bail


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