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Dossier 24/06/2014

La génération Y est-elle un mythe ?

Analysé par des consultants en marketing et scruté jusque dans ses moindres détails par la presse, le concept de la génération Y est aussi fascinant que controversé. Si ce portrait robot des jeunes nés entre 1980 et 1995 a bien su capter quelques traits communs, il a malheureusement été trop souvent érigé comme un modèle fiable ; alors qu’en fait, il mélange clichés et pseudo science sur le comportement des jeunes au sein d'une entreprise.

La première description que l'on trouve à leur sujet remonte à un article publié en 1993 dans le magazine Advertising Age, consacré au monde de la publicité. Depuis, elle a considérablement évolué pour devenir le portrait d'une classe d'âge qui a grandi avec l'arrivée massive du web, des ordinateurs personnels et des jeux vidéo. Ne les appelle-t-on pas outre Atlantique les « Digital Natives », preuve de l’aisance de cette génération avec les outils numériques ?

Néanmoins, d'autres caractéristiques moins avantageuses leur sont attribuées. Particulièrement gâtés par leurs parents, ces jeunes auraient une attitude de défiance envers toute autorité morale ou professionnelle. Le rapport de la génération Y au travail est d’ailleurs l'un des aspects les plus importants du mythe puisque cette génération est actuellement en train d'être recrutée. Opportunistes et pragmatiques, ces jeunes refuseraient d'intégrer la culture entreprise, et seraient même prêts à aller voir ailleurs si le salaire ou le travail y est plus intéressant. Enfin, on les dit égoïstes et privilégiant seulement leur plaisir personnel.

Le travail, marqueur identitaire


Face à cet assemblage d'idées reçues, tentons de remettre les choses dans leur contexte. Tout d'abord, la classe d'âge des 18-30 ans est loin d'être homogène. Comme l'indique le sociologue Jean Pralong, la classe sociale est plus significative que la classe d'âge. À bien y regarder et selon les témoignages et les analyses disponibles sur le web, cette fameuse génération Y évolue plutôt dans un milieu qui partage la même matrice culturelle, fortement liée à l'usage du web. On y trouve surtout des professions liées à l'informatique, aux médias, au design et à l'entrepreneuriat. Les jeunes issus de classes sociales plus défavorisées sont étrangement absents des articles portant sur le phénomène Y.

Si éduqués soient-ils, ces jeunes font face à une réelle difficulté à intégrer le monde du travail, due à une perte de valeur de leur diplôme. C'est l'une des raisons pour lesquelles leurs liens avec l'entreprise ne semblent pas des plus solides. D'après une enquête de l'Insee remontant à 2007, seuls 17% des 18-29 ans avaient un CDI en 2007 (avant la crise). À l'inverse, 25% étaient stagiaires ou intérimaires et 58% en CDD. Le premier CDI est généralement signé vers 30 ans.

De ce fait, les jeunes diplômés accordent moins d'importance à l'entreprise dans laquelle ils travaillent qu'au projet pour lequel ils sont embauchés. Ce dernier doit leur apporter du plaisir, être porteur de sens et leur permettre de développer de véritables compétences susceptibles d’augmenter leur employabilité par la suite. Mieux encore, le travail n'est plus vu comme un devoir mais comme un marqueur identitaire, dans lequel un jeune peut s'affirmer véritablement. Souvent en pointe sur les usages du numérique et sachant mettre en valeur des compétences pointues, ces 18-30 ans se trouvent dans la situation paradoxale d'avoir un profil très recherché et un statut de travailleur ultra précaire.

Un phénomène intergénérationnel


Mais en dehors de ce groupe plutôt restreint, la génération Y représente-t-elle une réalité ? Si les nouveaux usages numériques et l'envie d'avoir un travail porteur de sens touchent réellement l'ensemble des 18-30 ans, ces caractéristiques touchent aussi toutes les autres générations actives. Au final, l'utilisation d'outils numériques personnels dans la sphère professionnelle, la revendication d'un assouplissement des conditions de travail et la volonté de voir disparaître un cadre hiérarchique trop strict au profit d'une organisation plus horizontale sont des phénomènes intergénérationnels et des signes que la société évolue. Dans ce cas, le fait de présenter la génération Y comme étant à l'origine de tous ces changements pourrait être en fait l'expression d'une certaine résistance de la part d'une génération plus ancienne, un peu réactionnaire, face aux changements du monde du travail qu'ils ont toujours connu.


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