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Dossier 17/04/2013

L’intimité exposée sur le web : une bouteille à la mer

Malgré ce que l’on peut entendre sur les rapports entre réseaux sociaux et vie privée, livrer des pans entiers de son intimité sur Internet n’est pas une chose nouvelle.

Ainsi au début des années 90, les Internautes les plus débrouillards utilisaient leurs connaissances en code HTML pour se construire une « page perso » : une simple page web où ils se présentaient via leurs passions et faisaient part de leur style de vie à travers un patchwork d’images, de gifs animés et de musiques. Souvent stylisées et conçues pour aider à la fabrication d’un personnage, ces pages étaient déjà considérées à l’époque comme une fenêtre sur l’intimité d’une personne, même lorsque cette dernière utilisait un pseudonyme.

Parler de soi

Au début des années 2000, le phénomène a évolué à travers la constitution de la blogosphère. Les blogs, qui permettent de s’adresser aux autres selon un certain angle d’attaque, peuvent être classés en trois types : ceux centrés sur un sujet général (la politique, l’économie…), ceux destinés à maintenir une forme de communication continue avec ses proches (blog adolescent, carnet de voyage) – sachant que ce mode de communication est désormais remplacé par les réseaux sociaux du type Facebook – et enfin les blogs intimistes, qui s’adressent à la masse d’Internautes anonymes que constitue le web.

Intimité

Centrés autour de l’univers intérieur de son auteur, ces blogs intimistes ne visent pas à constituer une audience particulière. Souvent cachés derrière un pseudonyme, ceux qui racontent leur vie ne donnent pas ou très peu de liens vers leur site, à l’exception de certains adolescents qui partagent leurs pensées avec un nombre très restreint d’amis. L’auteur type est une femme, souvent jeune, urbaine et diplômée. Mis-en-scène à la manière d’un roman ou d’une fiction, ces blogs témoignent souvent de « mutations ». En effet, ils sont souvent entrepris pendant une période de transition ou de rupture comme un changement de job, une séparation ou une maladie. Les auteurs cherchent à garder une trace de cette phase ou à enregistrer leurs progrès ou leurs échecs.

Extimité

Cette forme d’exposition de soi n’est en aucun cas une forme de rituel exhibitionniste. Les blogs intimistes participent plutôt à une forme d’« extimité », notion définie par le psychologue Serge Tisseron comme le désir de rendre visibles certains aspects de soi auparavant intimes. Au final, le blogueur n’entretient pas véritablement de relation avec son public anonyme, et ces blogs génèrent peu d’audience et de commentaires. En effet, si les auteurs souhaitaient des réponses ou un véritable partage, ils auraient préféré participer à un forum. Cependant, à la manière d’une bouteille jetée à la mer, ces écrits intimes peuvent trouver écho parmi quelques lecteurs qui vont commenter les articles parce qu’ils reflètent leurs propres problèmes. À la quantité, les blogueurs intimistes recherchent davantage la qualité et l’intensité émotionnelle, et rester loin des bavardages fréquents sur les réseaux.


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