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Dossier 17/04/2013

Les stratégies relationnelles : savoir jouer de ses identités

Savoir jouer de son identité numérique et des relations qu'elle induit à travers la multitude des sites sociaux que nous utilisons quotidiennement est, pour Dominique Cardon, une compétence qui permet de se différencier.

« Le risque qu'ouvre la nouvelle sociabilité numérique est sans doute moins d'introduire de l'inauthenticité dans les relations sociales que de creuser encore l'écart entre ceux qui savent jouer avec leurs identités dans la conquête de nouveaux liens et ceux qui restent enclavés dans des relations de proximité qui les immobilise » explique le sociologue dans son Éloge des amitiés numériques. Aucun de ces médias n'est neutre : Facebook, Twitter, Google+, Linked-in, Viadeo ou Foursquare, ont, dans la manière même dont ils sont construits et se proposent à nous, des intentions qu'il n'est pas toujours simple de décoder. Nous ne les utilisons d'ailleurs pas de la même façon. Et l'enjeu est bien celui-ci : tenter d'avoir une utilisation optimale du média pour qu'il serve les buts qu'on lui assigne. Cela signifie que pour les utiliser, il faut savoir jouer à la fois de nos identités et de leurs capacités relationnelles, afin qu'ils ne nous enferment pas dans les relations de proximité qui sont déjà les nôtres. Il s’agit donc de passer des stratégies identitaires aux stratégies relationnelles.

À chaque média sa stratégie

Si, depuis l'émergence du web 2.0, on a beaucoup insisté sur la gestion de sa réputation en ligne, on voit peu d'explications sur les stratégies relationnelles à mettre en place pour optimiser l'utilisation de ces outils. Et pourtant, puisque par définition tout ce que nous y faisons est public ("sur un réseau social, on mène une vie... sociale", rappelle le journaliste Jean-Marc Manach), les réseaux relationnels qu'on y tisse sont importants. Cela signifie que, selon la plateforme utilisée, le choix des personnes avec lesquelles on entre en relation est primordial.
On voit bien que ceux qui tirent le meilleur parti des médias sociaux établissent des stratégies pour les utiliser. Pour partager des contenus d'ordre familiaux, rien ne vaut un blog privatif, sur lequel ne seront invités que des proches et dont les contenus ne seront pas indexés par les moteurs de recherche. Pour s'amuser et délirer avec des amis, rien ne vaut un blog contributif où les auteurs resteront relativement anonymes derrières des pseudonymes.

Différencier les buts

On peut utiliser Facebook pour se mettre en relation avec des professionnels de son secteur que l'on ne connaît pas quand on se rend sur le site d'un grand média afin de bénéficier de leurs repérages d'articles de presse par exemple ; de même, on peut utiliser Linked-in pour se mettre en relation avec des professionnels de son champ d'activité et les utiliser lors d'une recherche d’emploi ; sur Foursquare, il est primordial d'être ami avec des utilisateurs locaux qui vont optimiser la connaissance de son quartier... On peut aussi, comme d’autres utilisateurs, privilégier les dédoublements de personnalité en utilisant une identité selon le site social : un compte avec un pseudo pour parler politique, un compte uniquement pour jouer, un compte plus professionnel avec son vrai nom... Selon la plateforme qu'on utilise ou le réseau relationnel qu'on y construit, il faut savoir poursuivre des buts et les différencier les uns des autres. Pire, quand les gens avec lesquels vous êtes en relation, auront demain un impact sur votre capacité à emprunter, par exemple, l'usage des algorithmes relationnels vous imposera de nettoyer la base des gens avec lesquels vous êtes en relation.
Cela ne signifie pas que les frontières entre ces espaces ne doivent pas être plus ou moins poreuses, mais bien que l'utilisation de chacun nécessite de construire une stratégie destinée à servir ses propres objectifs. Si ces réseaux numériques sont une chance, il est nécessaire d'apprendre à les optimiser afin qu'ils ne nous enferment pas obligatoirement dans les relations qui sont déjà les nôtres, mais au contraire, qu'ils nous permettent d'en démultiplier le potentiel. C'est toute la force de frappe des liens faibles !


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Les sources de cet article

Identité numérique et Représentation de soi : analyse sémiotique et quantitative de l’emprise culturelle du web 2.0.
par Fanny Georges

analyse sémiotique appliquée et quantitative de l’emprise culturelle des interfaces du web 2.0 sur la représentation de l’identité

Essai Réseaux, n°154, p. 165-193. 2009

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