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Dossier 16/04/2013

Le bavardage en ligne, ciment de notre lien social

Et si bavarder sur les réseaux sociaux n'était pas si futile ? Si cela répondait en réalité à une pratique ancrée en chacun de nous : le besoin de tisser du lien.

Loin du babillage chronophage et décérébrant que ces contempteurs se plaisent à critiquer, la conversation permanente qui agite les réseaux sociaux répondrait à notre besoin de consolider notre lien aux autres : c'est la thèse défendue par Hubert Guillaud de la Fondation internet nouvelle génération (FING). Car en ligne ou hors ligne, nos échanges visent d'abord à nous assurer que nous sommes bien écoutés et entendus par les autres. Ce que le linguiste Roman Jakobson a défini dans son célèbre Essais de linguistique générale comme la fonction phatique de nos échanges, qui consiste In Real Life (IRL) à s’assurer l’attention de ses interlocuteurs.

Toilettage verbal

Avant d'essayer d'informer, voire d’être efficaces, nos échanges consisteraient d'abord à signifier aux autres que nous sommes présents, vivants. Ainsi, hors ligne et en ligne, jouer, plaisanter, rire de soi, des autres ou parler pour ne rien dire seraient pour chacun d'entre nous des formes d’échange social importantes. Un besoin d'envoyer un signal, « d'apparaitre au présent », que la psychanalyste Geneviève Lombard retrouve à l'œuvre sur Facebook comme sur Twitter dans la masse de mini messages échangés chaque jour.

Partagé sur l’ensemble des plateformes du web social, ce bavardage numérique permanent confirme le rôle prédominant de la communication sociale. Certains chercheurs en sciences sociales, à l'instar de François Perea, y ont même vu un « comportement tribal » des Internautes. Quant à l’anthropologue anglais Robin Dunbar, il attribue à cette pratique une fonction de « toilettage verbal », à la manière de l’épouillage mutuel, véritable lien social régulateur pratiqué par certains grands singes.

Signaux

Directrice du Sociable Media Group au MIT, Judith Donath ne dit pas autre chose. Selon cette chercheuse, nos échanges sur ces plateformes consisteraient surtout « à montrer qu’on fait attention à l’autre, que l’on pense à lui. » Ce qui expliquerait que nous passerions autant de temps à modifier nos statuts, commenter, jouer aux jeux et aux quizz envoyés par nos « amis » : dans un mouvement de va-et-vient permanent, nous nous sentons contraints de répondre aux signaux envoyés par les autres, comme ils se sentent eux-mêmes obligés de répondre aux nôtres.

L’art de la conversation

Loin d'être coupé du reste, ce bavardage 2.0 s'inscrit dans un maillage relationnel bien plus large des individus entre eux, une conversation pouvant débuter en ligne comme hors ligne. Les signaux postés sur les réseaux sociaux ne donnent finalement à voir qu’une partie minime du bavardage constant qui nous anime, ce ciment de notre relation qui nous permet de mieux nous appréhender les uns les autres. Démultipliant les relations particulières que nous pouvons entretenir avec chacun (commentaires, images, liens, photos, vidéos, jeux, like…) pour les afficher à la vue de tous, les réseaux sociaux permettront surtout à d’autres, amis du premier cercle comme plus éloignés, de s’en saisir à leur tour. De l'art de poursuivre la conversation…


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