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Dossier 19/02/2014

Le web matrimonial des migrants : à la recherche du partenaire idéal

Apparus au milieu des années 2000, les sites de rencontres ethniques ont fleuri sur le web alors que le marché des sites de rencontre dits généralistes arrivait à saturation. Conçus essentiellement pour favoriser les mariages, ces plates-formes représentent une véritable mine d’informations sur les enjeux d’identité et de discrimination.

Basés sur l’ethnicité d’une communauté, c’est-à-dire l’ensemble des traits dans lesquels une collectivité se reconnaît et par lesquels elle se fait reconnaître, ces sites jouent sur les différences de couleur de peau, de religion ou d’origine géographique afin d’attirer une « clientèle de niche ». Cependant, la manière dont cette ethnicité est mise en scène diffère beaucoup d’un site à l’autre. Ainsi l’étude de Dana Diminescu, intitulée « Le web matrimonial des migrants », met en avant trois modèles distincts de sites de rencontre. Le premier, représenté par la société Cupid média, rassemble une multitude de sites de rencontres découpés par ethnies et dont la dénomination (africain, asiatique et européen, australien, chrétien, arabe…) se retrouve uniquement dans le titre du site. Les différents critères qui définissent le profil des membres sont quant à eux parfaitement identiques d’un site à l’autre ce qui donne une standardisation des différentes ethnies.

« Marchés de l’amour »


À l’inverse, le site Shaadi, destiné aux classes élevées de la société indienne, demande à ses membres de renseigner un profil très complet comprenant une quarantaine de critères – contre une dizaine sur les autres sites « classiques ». Ce degré de précision en a fait un outil extrêmement perfectionné au service du mariage, véritable institution en Inde. Là où Cupid média propose un effacement des différences culturelles, les sites spécialisés comme Shaadi renforcent la construction d’une culture « ethno-centrée » qui se distingue des autres.

Un troisième modèle est constitué par les sites spécialisés dans la vente d’adresses électroniques de femmes des pays de l’Europe de l’Est. Issus d’anciennes agences matrimoniales ayant migré sur le net, ces sites servent de cadre à des projets de mariage entre partenaires n’ayant pas le même niveau de richesse. Ces véritables « marchés de l’amour », comme Eurochalenges par exemple, proposent à des hommes européens habitant le Nord et l’Ouest de l’Europe de rencontrer des « filles de l’Est ». Dans ce contexte, l’ethnicité est complètement imaginaire et sert avant tout d’appeau publicitaire pour mettre en avant des valeurs attirantes comme le sens de la famille, la beauté ou la féminité des candidates.

Les mêmes clichés


Qu’elle soit justifiée par l’importance accordée au mariage ou par un argument marketing, l’expression de l’ethnicité sur ces sites semble correspondre à un réel besoin de la part des internautes. En effet, avant même la création de ces sites communautaires, les préférences ethniques étaient déjà visibles sur les sites de rencontres généralistes, reflétant une certaine forme de communautarisation. Ainsi, les données extraites du site de rencontre de Cupid Media montrent que la couleur de la peau ou la religion sont considérées comme déterminantes. D’après cette étude menée par l’américain Kevin Lewis, la plupart des minorités ethniques habitant aux Etats-Unis cherchent un ou une compagne parmi ses pairs, de peur d’un rejet discriminatoire. Le chercheur note cependant que les tentatives de contacts intercommunautaires sont toujours possibles même si elles n’excèdent pas, la plupart du temps, l’échange de quelques mails.

Une autre étude, menée sur le site américain AYI (Are you interested) confirme que les clichés racistes fonctionnent aussi sur internet. En se basant sur la simple photo des candidats, les internautes sont invités à faire défiler un grand nombre de profils et à choisir celui qui leur plaît le plus. On s’aperçoit alors que les hommes blancs ont plus de réponses positives et que les hommes noirs en reçoivent moins. On peut aussi noter que les femmes asiatiques ont un taux de réponses positives beaucoup plus élevé de la part de toutes les ethnies, tandis que les hommes asiatiques accumulent un taux de réponse beaucoup plus bas.

Barrières ethniques


Mais qu’en est-il des sites plus communautaires qui jouent justement sur les différences ethniques ? Les schémas semblent en fait plus complexes. Ainsi, une étude des données des sites de Cupid Média montrent que les hommes résidant dans un pays d’émigration sont plus enclins à chercher une partenaire de mariage en dehors de leur propre ethnie, tandis que les femmes cherchent plutôt au sein de leur communauté. Ainsi en France et aux Etats Unis, les sites Muslima comptent plus de 80% d’inscrits, hommes et femmes confondus, se définissant comme musulmans. Si l’on prend l’exemple du site Filipanheart, plus de 80% des femmes sont philippines tandis que plus de 80% des hommes se disent français ou américains. Ces rapports entre ethnies et pays d’immigration ou d’émigration se retrouvent particulièrement dans les sites mettant en relation Europe du Nord et « pays de l’Est ». En mettant en avant cette ethnicité valorisée, les sites de rencontres « intercommunautaires » et plus encore ceux permettant des rencontres Est-Ouest incitent finalement à la transgression de barrières ethniques.


Les commentaires

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Lisa Sharp
Lisa Sharp 08/12/2015 11:13:19

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