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Dossier 19/02/2014

Quand les bases de données viennent au secours des migrants

Massivement utilisées par l’Union Européenne à des fins de contrôle et de refoulement des migrants et des réfugiés, les bases de données peuvent aussi s’avérer utiles pour donner à ces derniers de la visibilité et même leur venir en aide.

C’est le cas du projet Watch the Med qui a pour but de localiser et renseigner les naufrages de migrants ayant eu lieu dans la Méditerranée. Lancée par Charles Heller et Lorenzo Pezzani, chercheurs à l'université londonienne Goldsmiths, suite à un naufrage particulièrement meurtrier en 2011, leur application utilise des données envoyées par l’association boat 4 people afin de répertorier et localiser les naufrages, les rescapés ou bien les morts et les disparus.

L’idée est de mettre en évidence la dangereuse absurdité des frontières militarisées de l’Europe mais aussi de retrouver des responsables. En effet, les données des naufrages sont accompagnées d’analyses des courants marins et de données satellites indiquant si des navires étaient à proximité et n’ont pas porté assistance ou bien si l’embarcation a coulé dans un espace maritime sous surveillance européenne ou autre. Car dans de nombreux cas, des gardes côtes européens ou appartenant à des pays du Maghreb sont souvent mis en cause pour non assistance à personnes en danger. À long terme, l’application devrait donc permettre à des ONG d’intenter des actions en justice voir même de prévenir des tragédies en temps réel en lançant des alertes au moment des naufrages, obligeant ainsi les bateaux naviguant à proximité à intervenir.

Droit de regard


Loin d’être une exception, l’application Watch the Med montre à quel point le droit de regard sur les tragédies migratoires est important. Ainsi, en 2011, au plus fort de la guerre civile libyenne, l’ancienne rédaction d’Owni avait cartographié le nombre global de migrants ayant trouvé la mort à la frontière de l’Europe. Grâce aux données de l’ONG United Against Racism, les journalistes ont pu comptabiliser 14 000 morts depuis 1988 dont 11 000 par noyade. Là encore, les données recueillies par l’ONG permettent la mise en place d’un droit de regard des citoyens sur la politique menée par l’Union Européenne à l’encontre des migrants.

Heureusement, les données peuvent aussi être utilisées dans d’autres cas que des accidents maritimes et des morts. Ainsi David et Christopher Mikkelsen ont monté le projet Refugees Unite qui permet à des réfugiés ayant fuit des zones de conflit d’inscrire volontairement leur nom dans une base de données afin de retrouver des membres de leur famille qui ont fait la même chose ; Refugees Unite fonctionne aussi sur un téléphone non connecté à Internet, grâce à un simple numéro. Organisé dans huit pays, le nombre de personnes inscrites dépasse à présent les 200 000.


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