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Dossier 18/02/2014

Ce que le web des migrants peut nous apprendre

Des sites d’associations aux blogs personnels en passant par l’usage des réseaux sociaux, les migrants génèrent une grande masse d’informations qu’il est possible d’exploiter dans un but de recherche. Ces données brutes apportent de nouveaux éclairages sur les flux migratoires mais aussi sur la façon dont les diasporas s’organisent sur le web.

Ainsi une équipe de Wolfram Research, un laboratoire de recherche travaillant sur l’exploitation des données présentes sur le web, a récemment publié une étude basée sur les données recueillies auprès de 1,26 million d’utilisateurs de Facebook volontaires. En recoupant lieux de naissance et de résidence des internautes, les chercheurs ont pu mettre en évidence des flux migratoires au sein des États-Unis mais aussi à l’échelle mondiale. Au même moment, les équipes du Facebook Data Science – qui sont derrière la confection du moteur de recherche Graph Search – publiaient une étude basée sur les lieux d’origine et d’habitation de leurs utilisateurs. Ils ont ainsi pu souligner des phénomènes de migrations coordonnées au sein des pays en voix de développement. Celles-ci sont caractérisées par un déplacement d’au moins 20% de la population d’une ville vers une autre, connaissant un grand essor économique.

Les avantages qu’offrent les données de Facebook sont inestimables dans la mesure où elles concernent plus d’un milliard de personnes dans le monde entier ; elles offrent ainsi des résultats beaucoup précis que des analyses effectuées à partir de sondages. Cependant plusieurs problèmes restent encore à résoudre dans le cas particulier de ce réseau social. Tout d’abord, Facebook est interdit en Chine, empêchant aux chercheurs d’avoir accès aux données d’une des plus importantes diasporas du globe. De plus, quand les laboratoires de Facebook publient une étude, ils refusent l’accès aux données aux autres chercheurs afin d’effectuer des vérifications. Impossible de savoir si d’une part les données et d’autres part les analyses sont correctes. Enfin, malgré l’accès à des profils nombreux et variés, on peut se demander si l’échantillon d’internautes sur lequel repose le travail de Facebook est vraiment représentatif d’une communauté de migrants ou s’il ne se limite pas à la classe la plus mobile et la plus éduquée.

Communautés virtuelles


Heureusement, d’autres types d’analyses, basées sur des données en libre accès, peuvent être effectués. C’est le cas de l’étude menée par l’équipe de scientifiques dirigée par Dana Diminescu sur les e-diasporas. Plutôt que de se concentrer sur les flux migratoires, l’étude a porté sur l’ensemble des sites d’associations, médias alternatifs, blogs personnels et activités sur les réseaux sociaux formant pour chaque diaspora une multitude d’écosystèmes singuliers. En analysant les liens qui relient chaque site aux autres, les chercheurs ont dressé des cartes de ces e-diaspora, sous forme de graphes. Au final, ce n’est pas l’usage de ces sites qui est analysé mais surtout les contenus qui y sont publiés et les réseaux qu’ils forment. Après visualisation des sites servant de hub ou d’épicentre, on peut déterminer les rapports qu’entretiennent les sites web entre eux et par conséquent donner une image, toujours mouvante, de la communauté virtuelle que forment les migrants. Grâce à cette étude, on peut obtenir une image très précise d’une communauté de migrants, des endroits où elle se trouve et de la manière dont elle s’organise. Ainsi l’équipe de chercheurs a pu découvrir que les e-diaspora étaient majoritairement localisées sur des sites américains, même quand cette présence n’est pas avérée géographiquement comme cela peut être le cas pour les Chinois ou les Palestiniens, montrant ainsi que l'activité florissante sur le web dépend plus du pays d’accueil que du nombre de migrants présent.

D’autres écosystèmes virtuels permettent d’analyser les rapports qu’entretiennent certaines diasporas avec leur pays d’origine. Plusieurs communautés comme les Français gardent des liens très fort avec leur pays, car les sites web mis en ligne par l'Etat leur permettent d’accéder à des services de votes ou de protection sociale. A l'inverse, les liens reliant les communautés marocaines ou mexicaines à leur pays d’origine sont souvent à sens unique voir même inexistants à cause d'un manque de lien entre les différents sites. Cela montre ainsi que ces migrant préfère se tourner vers des associations, des médias ou des sites communautaires en place dans les pays d’accueil plutôt que vers leurs pays d'origine.


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