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Dossier 18/02/2014

Les e-diaspora : exister en ligne

Séparés par des océans ou par une rue, les migrants n’en préservent pas moins un lien communautaire. Lieu de communication, mais aussi de représentation de soi ou de mobilisation et d’action, Internet est propice à l’expression d’une identité collective.

À commencer par les réseaux de sociabilité : se sentir de quelque part, c’est bien souvent se retrouver, online, entre soi. En témoigne The Bans, une plate-forme créée en en 1996 par un couple de Roumains nouvellement installés à Toronto. À l’origine, il s’agissait de proposer des informations pratiques et des astuces aux nouveaux arrivants roumains au Canada. Très vite, le site est devenu tout à la fois un forum de discussion, une bourse aux emplois et… un véritable creuset communautaire. En effet, pour la chercheuse Dana Diminescu, ce site “révolutionnaire” pour les années 2000 est non seulement une plate-forme d’échanges des “savoir-circuler” entre migrants mais aussi le “catalyseur d’une identité collective”. Plus qu’un simple partage d’informations pratiques facilitant la migration et l’intégration, ce réseau de sociabilité permet en fait le renforcement du sentiment d’appartenance entre co-nationaux. Sentiment qui ne reste d’ailleurs pas forcément cantonné au monde virtuel : la dynamique créée par le réseau a conduit à la création d’une association et d’une école roumaine à Toronto.

Mobilisation online


L’identité collective peut dont naître d’une initiative solidaire simple comme le partage d’informations utiles à la migration, mais elle peut également trouver son expression dans une mobilisation sociale online. Les migrants concernés deviennent alors des ‘netizens’ contraction de “Internet “ et de “citizen” (citoyen). Financement de la recherche, discussions sur les critères de promotions dans la fonction professorale, propositions concrètes de réformes du monde de l’éducation figurent parmi les sujets débattus et décortiqués sur Ad-astra.ro par exemple. Lancé en 2002 par de jeunes scientifiques roumains, à la fois site et liste de diffusion, il est devenu un acteur à part entière de la société civile roumaine à distance. Cette agora virtuelle regroupe des cerveaux dispersés dans une multitude d’universités occidentales. Physiquement loin de leur pays d’origine, leur identité collective se cristallise via un objectif commun. Le groupe a fini par créer un ONG en Roumanie pour renforcer son ancrage territorial, preuve encore une fois que les interactions virtuelles peuvent se doubler d’interactions « réelles ». L’exemple d’Ad-astra.ro nous prouve ainsi que quitter son pays ne signifie plus tracer un trait sur sa citoyenneté : on peut maintenir des liens avec son pays, voire en être un acteur à part entière, à distance.

Identité collective


On aurait cependant tort de croire que l’identité collective ne se base que sur la communication, sur la mobilisation ou sur l’aide concrète, en bref, sur l’action. Cette identité peut être aussi le fruit d’une histoire partagée, d’une mémoire collective, qui structure la communauté, issue de récits réels ou imaginaires… C’est le cas par exemple de la diaspora Hmong. Il n’est pas surprenant que ce peuple sans territoire utilise Internet comme outil de retrouvailles symboliques, un « entre-soi » paradoxalement accessible à tous. Il faut cependant faire attention : les migrants tissent certes d’innombrables réseaux virtuels mais ces derniers ne gomment pas toutes les inégalités. Dans le cas des Hmong, les communautés américaines étant hégémoniques, la voix de la diaspora française est plus faible par exemple.

Par leur capacité à compresser l’espace, les réseaux online sont donc propices à la création et au maintien d’une identité collective forte. Grâce à l’essor et à l’utilisation novatrice des TIC, la localisation des ressources et des personnes importe finalement peu. Hier perçu comme absent et déraciné, le migrant est désormais non seulement enraciné dans plusieurs cultures mais aussi acteur de changement “ici” et “là-bas”.


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