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Dossier 18/02/2014

Quelles leçons apprendre des migrants connectés ?

Des forfaits téléphoniques de moins en moins chers, des connexions internet toujours plus rapides, des technologies qui gagnent en efficacité… Indéniablement, l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication permet aux migrants, grâce à ce cordon ombilical virtuel, de garder des liens forts avec leur famille restée dans leur pays d’origine. Mais il serait bien illusoire, et limité, de n’appréhender ces changements technologiques qu’à l’échelle individuelle !

En pouvant être à la fois ici et là-bas, en cultivant des doubles appartenances, le migrant d’aujourd’hui brouille les pistes et dynamite les schémas traditionnels d’insertion dans une société d’accueil. Et si la Toile facilite le maintien du lien, elle peut aussi le créer et le renforcer. Preuve, parmi tant d’autres : les nombreux sites de rencontres ethniques apparus au milieu des années 2000.

Au-delà de la sphère intra-personnelle du mariage, ce sentiment communautaire s’exprime aussi par l’implication politique des communautés de migrants dans leur pays d’origine. Le cas tunisien est emblématique. Les échanges entre les blogueurs immigrés et les internautes tunisiens ont permis à ces derniers de profiter d’un accès plus libre à des informations non censurées. Les deux communautés ont fusionné au moment de la révolution de Jasmin : une communauté de migrants connectés peut donc bien participer à l’évolution politique de son pays.

Parfois, cette double loyauté créé des peurs : assistons-nous à un repli numérique identitaire des migrants? La chercheuse Dana Diminescu s’appuie sur les agoras électroniques, ou l’on partage expériences et bons tuyaux sur l'expatriation, pour montrer qu’on assiste plutôt à une dynamique de solidarité on line.

Si les échanges ont toujours existé, et si les identifications multiples ne sont pas nouvelles, l’essor des TIC a redéfini la position au monde des migrants connectés. Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs qualifient ce phénomène de transnationalisme. Cela nous pousse, tous, à nous poser des questions : à l’heure où l’on peut voter à des kilomètres de chez soi, participer à des révoltes politiques via des blogs, qu'est ce que l'Etat-nation ? Qu'est ce que la citoyenneté ? Ce que nous dit ce “novo-migrant”, c’est que l’on peut se sentir citoyen d’une nation sans y habiter et que l’on peut même y participer socialement ou politiquement. Plongés dans l’ère des TIC, les communautés transnationales poussent les citoyens, migrants ou non, mais aussi les Etats, à repenser la migration.


> Le web des migrants favorise-t-il l’essor d’une conscience politique ?
Sur la Toile, les réseaux peuvent effectivement être bien utiles, en connectant notamment les résidents d’un pays en crise avec sa diaspora située dans des contrées plus démocratiques. Les communautés connectées influencent elles pour autant la politique de leur pays d’origine?

> Le migrant connecté, acteur de la mondialisation.
À la fois ici et là-bas, le “novo-migrant” tisse en permanence de nouveaux liens, de nouveaux réseaux. C’est toute sa manière d’être au monde qui en est chamboulée. D’où le concept émergent de transnationalisme, qui permet de repenser les schémas traditionnels d’insertion des migrants dans les territoires d’accueil.

> Solidarité ou repli numérique ? Ou comment maintenir le lien malgré la distance.
Parfois, les doubles, voire triples loyautés, qui s’expriment haut et fort sur Internet via de nombreux réseaux diasporiques, inquiètent les pays d'accueil. Pourtant, loin d’un repli du migrant sur ses origines, on assisterait plutôt à une dynamique de solidarité communautaire.

> Le web matrimonial des migrants : à la recherche du partenaire idéal.
Des sites se basent sur l’ethnicité d’une communauté pour attirer une « clientèle de niche ». Cependant, la manière dont ces particularités sont mises en scène diffère beaucoup d’un site à l’autre, et représentent une véritable mine d’informations sur les enjeux d’identité et de discrimination.


Interviews vidéo

Interviews réalisés par Gentiane Weil à l'occasion des journées d'étude TIC - migrations, qui se sont déroulées à la Maison des Sciences de l'Homme à Paris, les 19 et 20 septembre 2013, sous la direction de Dana Diminescu, de Telecom Paris Tech, avec la participation d'Orange.

Inès Ebilitigué

Le migrant connecté - Ines Ebilitigué par digitalsocietyforum

Inès Ebilitigué décrit les causes de l'attractivité des commerces ethniques, où les migrants se rendent pour utiliser les technologies de communication.

Brice A. Mankou

Le migrant connecté - Brice A. Mankou par digitalsocietyforum

Brice Mankou commente pour le DSF les pratiques numériques des jeunes femmes camerounaises dans leur process de cybermigration maritale.


Les commentaires

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Juliette Julien
Juliette Julien 15/03/2017 22:15:57

vous avez l'impression que le monde à accès au numérique ?
Statistiques d’usage d’Internet
3,77 milliards d’internautes, soit 50% de la population.
2,79 milliards d’inscrits sur les réseaux sociaux, soit 37% de la population.
Taux de pénétration d’Internet dans le Monde :
88% en Amérique du Nord
84% en Europe de l’Ouest
29% en Afrique
33% en Asie du Sud
Pour en savoir plus : les statistiques We are social 2017

Jill Durant
Jill Durant 15/03/2017 21:35:33

L'ouverture au monde et la connaissance des autres via le numérique ne peut qu'être bénéfique pour tous


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