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Dossier 16/12/2013

Les TICE, accélérateurs de créativité

De plus en plus complexes, les questions posées par le monde contemporain demandent davantage de connaissances et d'intelligence. « La plupart des grands problèmes n'auraient même pas été compris il y a quelques années » déclare Anders Sandberg, chercheur à l’Institut pour le futur de l’humanité d’Oxford.

L'exemple des questions écologiques est éloquent : pour en saisir les enjeux, il faut à la fois disposer de compétences en biologie, en physique et en économie. La désormais célèbre vidéo Did you know ne dit rien d'autre lorsqu'elle déclare : « Nous préparons actuellement des étudiants pour des métiers et des technologies qui n'existent pas encore, afin qu'ils puissent résoudre des problèmes dont nous n'avons encore aucune notion. » Et s’il est avéré que la capacité à trouver des solutions originales aux nouvelles questions demeure la créativité, on peut se demander si l'éducation actuelle est efficace pour la forger. Autrement dit, alors que les enfants ont un potentiel créatif fabuleux, comment explique-t-on qu'il soit presque impossible de conserver ce potentiel en grandissant ? Pour Ken Robinson, spécialiste de l’éducation, la réponse est claire : l'éducation tue la créativité. Il met en cause la pédagogie traditionnelle qui stigmatise les erreurs au lieu d'en faire un potentiel créatif. « Non que l’erreur soit la créativité, explique l'orateur. Mais ne pas y être préparé bloque toute invention originale. Face à leur ignorance, les enfants préfèrent tenter quelque chose plutôt que d'attendre qu'on leur donne la réponse. » Or, que ce soient les méthodes, l'évaluation, ou la hiérarchisation des matières qui place au sommet les sciences dures, rien n’incite les enfants à la créativité avant le niveau supérieur. Le rapport parlementaire de la mission Fourgous donne un chiffre éloquent : 30% des enseignants français estiment que la créativité est importante contre 94% en moyenne pour les enseignants européens.

Repenser l'éducation

Le système éducatif tel que nous le connaissons a été inventé pour répondre aux besoins de l'industrialisation. « Mais comment adapter le système éducatif au 21e siècle ? », se demande François Taddéi, chercheur à l'Inserm. Comment sortir le système éducatif des notions de savoirs académiques ? Le plus important pour Eric Bruillard, expert reconnu du numérique, est l'idée réaffirmée que l'Ecole et la formation ne doivent pas se limiter à des apprentissages mécaniques. Concrètement, la séquence « accéder, comprendre, utiliser, créer » doit se substituer à la séquence « lire, écrire, compter ». À l'heure où les savoirs ont été numérisés et rendus accessibles, les enseigner n'a pas de valeur ajoutée. Apprendre à les manipuler, à en tirer de nouvelles applications et de nouveaux développements est en revanche beaucoup plus pertinent.

Passer d'une culture de la réponse et de la science à une culture de la question et de la créativité nécessite de créer des espaces d'échanges et de création, de donner la possibilité d'une mise en pratique pour l'expérimentation. Le premier d'entre eux, propose François Taddéi, pourrait être un campus X.0, évolutif et nouveau, où les étudiants et les enseignants travailleraient à la construction d'une nouvelle pédagogie dont les technologies numériques seraient le prolongement. L'impératif, selon lui, est de sortir de la « boite logique » qui formate les apprenants, pour les aider à imaginer l'avenir, être plus créatifs, aller plus vite dans un monde qui accélère pour parvenir « à faire ce que l'ordinateur ne sait pas faire ». Loin de se contenter de belles promesses, François Taddéi a mis en place Wiser-U.net, un espace numérique d'échange et de création où les étudiants recensent des idées et réalisent des projets de façon collaborative.

Tous chercheurs

L'effet neutre des technologies les rend pareilles au pharmakon de Socrate : elles sont à la fois poison et remède. Encadrées par des usages intelligents, elles permettent aux hommes de développer l'acuité de leur sens. Qu'elles existent en dehors de ce cadre des « bons » usages et elles sonneront le glas de l'éducation démontre François Taddéi en s’appuyant sur l'exemple de Gary Kasparov. Lorsque le génial joueur d'échecs est battu par l'ordinateur Big Blue en 1996, il décide de développer des « échecs perfectionnés » où chaque joueur est aidé par une machine. Il s’avère que les meilleurs ne sont ni les meilleurs joueurs, ni ceux disposants d'une meilleure machine mais ceux qui parviennent, en interaction avec la machine, à développer leurs compétences. Conclusion du chercheur : « il faut apprendre à utiliser la techno de manière optimale, pour faire le meilleur usage du cerveau et de l’ordinateur ».

Avec le numérique, la créativité peut profiter du développement de la communication et des outils d'échanges qui, en permettant aux cerveaux de se connecter entre eux, créent la possibilité de développer l'intelligence collective. Mais pour que ces usages soient effectifs, la pédagogie doit s'attacher à développer la culture de la participation, du partage et de l'évaluation par les pairs. Biologiste de formation, François Taddéi s'inspire des bactéries qui « ont appris à apprendre et à désapprendre, savent collaborer et échanger des informations sur la manière de coopérer ». Plutôt que de risquer de voir la foule produire de la folie, l'enjeu consiste à développer les dispositifs éducatifs nécessaires qui vont permettre de créer l'intelligence collective. De même, Michel Serres estime que le numérique pousse les hommes à devenir plus intelligents, notamment en développant cette fameuse intelligence collective. Le numérique pourrait donc être le bras armé d'une nouvelle éducation qui place la créativité au centre de ses dispositifs et forme non plus des étudiants mais des chercheurs.


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