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Revue du net 16/06/2017

Médecins et patients : de nouveaux outils pour une relation augmentée ?

A quoi ressemble le malade imaginaire à l'heure du Big Data !? (Honoré Daumier - 1860/1862 )
Les outils numériques offrent la possibilité de suivre les données médicales d'un patient en temps réel, de lui apporter plus de connaissance pour une meilleure compréhension des pathologies, de rentrer en contact avec lui par des services de télémédecine ou de décider de prendre un rendez-vous physique avec un médecin où l'attention sera focalisée sur la prise de décision.
Beaucoup d'atouts mais aussi des freins, à commencer par la fracture numérique, les données sensibles et les couches successives des systèmes d'informations du corps médical qu'il faut dépasser dans leur globalité. Un grand défi politique qui s'avère de plus en plus urgent étant donné l'état de notre système de santé.

Un suivi en temps réel pour plus de réactivité


Au cours d’une chimiothérapie, les effets secondaires du traitement ont de forts impacts sur l’efficacité du protocole et l’espérance de vie du patient. Une étude menée par l'oncologue américain Ethan Basch montre que quand des outils numériques sont mis en place pour améliorer les échanges entre le patient et son centre médical, les conditions s’améliorent nettement. L’avantage de ce système est de pouvoir apporter des renseignements en temps réel, plutôt que d’en survoler un bilan, par manque de temps, lors de consultations irrégulières. Le temps alloué est alors dédié à la décision et elle peut être rapide !



La télémédecine au plus proche du rythme du patient


La Télémédecine resserre également les liens avec le patient, au plus proche de ses ressentis quotidiens. Elle permet d’assurer avec précision des étapes intermédiaires de contrôle et recommandations de premier ordre, avant de faire appel au spécialiste. Une fonction pensée en complémentarité avec le contact humain :
La télémédecine est bien un outil au service du soigné, du soignant et du médecin. En effet, si ce dernier devait suivre plusieurs centaines de diabétiques à la fois, il ne pourrait recevoir et analyser leurs glycémies tous les matins alors que les infirmiers qui suivent chacun un petit nombre de diabétiques peuvent le faire et ainsi n’alerter le diabétologue que si nécessaire. La télémédecine, c’est finalement un bon moyen d’aider le malade dans sa “vraie” vie.” Lydie Canipel, ancienne infirmière devenue secrétaire générale de la Société française de télémédecine .



La santé numérique : vers un nouvel empowerment ?


En s’insérant dans l’élaboration des parcours de santé, le numérique offre l’opportunité au patient de devenir davantage acteur des décisions prises. Début 2016, Marisol Touraine alors Ministre de la Santé déclarait que “au niveau individuel, l’e-santé est un facteur d’« empowerment » qui permet de donner des armes pour accéder à la liberté et à l’autonomie alors qu’au niveau collectif, le numérique est un facteur de mise en réseau, de transparence, et d’émancipation.” Un point de vue dans la lignée du mouvement pour une Démocratie Sanitaire apparu dans les années 1990, basé sur le principe que “Savoir c’est pouvoir”.
Deux freins majeurs à ces pratiques : la fracture numérique qui reste un défi de premier ordre à tous les niveaux et, à l’inverse, l’autonomie trop poussée qui coupe le patient du corps médical et le conduit parfois à de l’auto-médication qui peut s’avérer dangereuse.



Réformer l’hôpital


Hôpital surchargé, personnel sous tension, tarifications questionnées : le numérique a un rôle à jouer pour replacer l’hôpital sur ses missions prioritaires que sont la recherche, l’innovation, les actes lourds et la formation. Pour cela, l’ambulatoire et l’hôpital à domicile doivent se renforcer en s’appuyant davantage sur l’écosystème médical et les outils numériques pour assurer le suivi des patients.
Des investissements sont également à pourvoir au niveau des systèmes d’information, du partage de données sensibles et de l’usage des objets connectés.
Pour Jean-Michel Arnaud, président du groupe Domaines Publics et Jean-Michel Budet, directeur d’hôpital honoraire, “l’objectif doit être de permettre au patient (et à son médecin) de surveiller sa santé au quotidien et de personnaliser la prévention en utilisant à bon escient les connaissances de la médecine prédictive.
Reste à savoir si l’accompagnement aux usages des outils fait bien partie des volets de formation pour l’ensemble des personnes concernées.



“La santé est en panne, la santé numérique sera-t-elle en marche ?”


Pierre Espinoza est gastroentérologue. Dans cette tribune, il met en garde sur l’absence d’une politique globale et visionnaire pour réformer le système de santé en intégrant les nouveaux outils numériques et donnant toute sa chance à la télémédecine. Selon le docteur, il ne s’agit pas de faire des dépenses supplémentaires mais de se réorganiser, d’adresser à nouveau les zones désertées et de réduire, entre autres, la facture de transport sanitaire qui s’élève à plusieurs milliards d’euros chaque année en France.
Déployons le numérique à une échelle significative, déverrouillons ces nouvelles organisations, donnons aux infirmières de ville les moyens d’agir, accompagnons les médecins généralistes et spécialistes hospitaliers et libéraux dans ces nouvelles organisations, stimulons par des mesures incitatives le décloisonnement ville - hôpital, faisons confiance aux professionnels, faisons travailler des livings labs en soins primaires pour intégrer dans les métiers de la santé les objets connectés, arrêtons cette méfiance bloquante du ministère et de l’assurance maladie. L’enjeu est clair : « l’accès aux soins équitables » des citoyens qui souffrent dans des territoires isolés.



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