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Partenaires 21/02/2017

Rendez-vous du futur de la démocratie

Thierry Taboy et Dominique Cardon sont les invités de Nils Aziosmanoff et Eloi Choplin
Dans le cadre du festival des Rendez-Vous du Futur , partenaire du Digital Society Forum, qui avait lieu au Cube, à Issy-les-Moulineaux, en décembre 2016, Dominique Cardon et Thierry Taboy étaient invités à échanger sur le sujet des nouvelles citoyennetés à l’heure du numérique, faisant ainsi écho au dossier qui venait de paraître. En voici les grandes lignes, ainsi que le replay.



Les développements originels du web trouvent un premier écho politique dans des formes plutôt libertaires. L’idée de base était que le numérique redonnait un pouvoir aux individus pour faire réseau entre eux et ouvrir des possibilités d’émancipation à la maison, au travail, dans la ville. Mais le coeur des institutions était peu impacté. Aujourd’hui, la question est de savoir comment les technologies numériques bousculent le fonctionnement de la démocratie représentative : les élections, les programmes, les lois et même l’identification de nouveaux candidats.

Les scientifiques politiques sont sceptiques sur l’idée que c’est l’information qui fait le vote



Nos choix sont-ils influencés par les réseaux sociaux ? Certains les accusent, par exemple, d’être responsables de l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. Pour Dominique Cardon, ce point de vue reviendrait à valider une vision paternaliste du pouvoir. Si les gens avaient été bien informés, ils auraient bien voté ! Le phénomène s’apparente plus à un bouleversement de la représentativité politique et une tendance forte à vouloir “renverser consciemment la table”. C’est aussi une forte expression des laissés pour compte de l’Amérique d’aujourd’hui, précise Thierry Taboy, qu’il ne faut pas cacher derrière les mécaniques du web.


La parole politique décalée



Comme les réseaux sociaux viennent de la sociabilité, une forme de parole politique s’est mise en place en puisant ses ressources dans des formes très banales et ordinaires de la conversation. En rendant publique ces formats d’énonciation, et en les relayant sur les médias traditionnels, un verrou a sauté et les règles se sont transformées”, explique Dominique Cardon

Les algorithmes, aiguilleurs invisibles de nos conversations ?



La mécanique centrale des algorithmes de facebook est de remonter les sources que nous avons “liké”. C’est la reproduction d’un phénomène social, d’un choix que l’individu a fait en se liant à tel ou tel type d’ami. Mais il y a un autre calculateur, celui de la vraie vie, de son origine sociale, son territoire, sa génération : “C’est en choisissant nos amis qu’on a fait 90% du travail de filtrage”.


Touchez pas à mon réseau



Avec les réseaux sociaux, les internautes ont la sensation de court-circuiter les médias et les politiques traditionnels, de choisir eux-même leurs informations et ainsi de se forger une opinion plus librement. Comment alors rendre crédible un intermédiaire dans le choix du filtre de facebook ? Comment discerner à leur place le vrai du faux ?

Vie réelle versus monde numérique, lequel nous enferme le plus ?



La vie réelle est beaucoup moins variée qu’on l’imagine. Même s’il y a des bulles d’enfermement, des algorithmes, des trolls … les chances d’accéder à de la diversité dans les univers numériques sont toujours plus grandes que dans la vraie vie. On pourrait choisir des chemins de traverse et “aller à des concerts de musiques qu’on déteste” comme le dit ironiquement Dominique Cardon, mais on ne le fait pas. On a plus de chance d’y accéder dans des sphères en ligne.

Faire société en toute conscience



Faire société, c’est avoir un parcours qui permet d’aller à la rencontre de différences” affirme Thierry Taboy. En ligne ou hors ligne, les relations restent réelles (cf notre dossier sur les relations 2.0 ). L’essentiel est de comprendre ce que l’on fait. C’est ce que l’on appelle l’empowerment, avec ses trois dimensions : individuelles, collectives et politiques.

Trois chemins vers la décision publique



- La démocratie participative, comme dans l’exemple de Grenoble, soulevé par Nils Aziosmanoff : l’institution politique choisit de ne pas laisser seulement les élus décider et décide d’interroger les citoyens.
- Faire du bruit pour se faire entendre ! L’espace public produit des signaux, de l’intelligence collective, des critiques, et aussi des pétitions, des hashtags qui rendent visibles des positions.
- La transformation du mandat représentatif en poursuivant l’idée que nous sommes mal représentés si nous décidons tous les 5 ans. L’élu doit consulter régulièrement.


L’intelligence connective sera t’elle capable de structurer en douceur un nouveau modèle ?



L’essentiel, pour Thierry Taboy, c’est de soutenir les nouvelles initiatives d’empowerment telles que celles des makers qui représentent la vitalité des territoires. Décrypter les transformations, donner des clefs de compréhension à tous fait partie du rôle d’un groupe comme Orange et c’est précisément l’objet du Digital Society Forum.

Dominique Cardon observe qu’il y a des gens qui tirent avantage des dynamiques numériques. Ce sont souvent des urbains, aisés, diplômés. Et il y a d’autres espaces sociaux. Il est essentiel de les relier. C’est un grand chantier.

La question du passage à l’échelle des initiatives locales est également très complexe. Un projet initié par une communauté peut se retrouver dénaturé lorsqu’il gagne d’autres territoires, ajoute Thierry Taboy. Des innovations systémiques restent à inventer portées par un grand courant idéologique et un ennemi commun, conclut Dominique Cardon, afin de fédérer la multitude d’initiatives positives et créer le “récit des singularités citoyennes”, comme dirait Patrick Viveret !


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