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Revue du net 10/02/2017

L’attention : une denrée à cultiver et protéger

Toujours plus sollicités par nos écrans, notre attention est devenue l’eldorado que les acteurs du web se disputent. Que ce soit notre navigation instantanée ou les nombreuses traces que nous laissons sur la toile, chaque élément recueilli est porteur de valeur. Dans ces conditions et soumis à de tels enjeux, notre emploi du temps est-il encore régi par notre libre arbitre ? C’est la question que la Revue du Net soulève cette semaine.

La guerre de l’Attention


Dans son dernier numéro, le magazine Socialter consacre son dossier au thème sensible de l’Attention à l’ère du numérique. En effet, alors que “54% des français ont le sentiment d’être saturés d’informations” selon notre sondage BVA / DSF rappelé dans le magazine, il est grand temps de prendre en main notre usage des écrans, des réseaux et de décrypter les méthodes employées par les acteurs du web pour capter notre attention à des fins mercantiles. Incontournable sur ces questions, le sociologue Yves Citton répond aux questions de Philippe Vion-Dury et développe son concept d’Ecologie de l’Attention : “Le plus important, c’est la capacité à travers le numérique d’enregistrer les traces et de les vendre, de connaître ce qui en définitive retient notre attention. L’ubiquité du numérique, c’est donc moins le fait qu’il y ait des écrans partout que l’arrière-plan, à savoir que nos gestes attentionnels puissent faire l’objet d’attention commerciale.
En réaction, certains développeurs “frondeurs” se mobilisent face aux dérives de l’économie de l’attention, à l’image de Tristan Harris qui a fondé le mouvement “Time Well Spent” (Temps Bien Employé) promouvant davantage d’éthique au coeur même du design des applications. Et face à l’hyperconnexion croissante, des services de “Digital Detox” proposent des conseils pour apprendre à mieux se connecter.



En ligne, le temps est altéré


Une étude de la School of Psychology de l’Université du Kent aux États-Unis a montré que l’excitation produite par la navigation sur le web ou les interactions sur les réseaux sociaux conduisent à une distorsion de notre perception du temps. De là à ce que ce phénomène soit à l’origine d’une forme d’addiction, la question fait débat : “Nous avons découvert des preuves que les stimuli liés à Internet et à Facebook peuvent fausser la perception du temps en raison des mécanismes d’attention et d’éveil.



Perdre son temps sur internet ?


Trois chercheurs américains ont réalisé une étude en 2014 mettant en relation l’évolution de notre perception du temps avec l’accroissement des contenus accessibles sur la toile. Le fait de savoir qu’il y a toujours un nouveau contenu à découvrir après celui qui aiguise notre attention à un instant T provoque une excitation qui nous empêcherait d’être pleinement au présent. Mais notre attention est multiple et les moments d’errance dans les flots d’informations nourrissent aussi une forme de créativité. C’est ce que prône le poète Kenneth Goldsmith pour qui “embrasser ainsi la perte de temps, est peut-être la seule manière d’échapper à l’impression obsédante de ne pas en avoir assez” comme le résume Nic Ulmi, l’auteur de cet article .



L’impact des écrans sur notre cerveau


France Stratégie et l’EHESS organisaient le 2 février dernier une rencontre avec Daphné Bavelier , professeure de neurosciences cognitives à l'université de Genève, et Sophie Pène , professeure à l'université Paris Descartes, vice-présidente du Conseil national du numérique (CNNum) sur la question de l’impact des écrans sur notre cerveau, notre perception, notre attention, notre capacité d’apprendre ? Et notamment sur les plus jeunes encore en phase de croissance. On y apprend notamment qu’il y a autant de façons d’aborder une nouvelle technologie qu’il y a d’individus. A chacun donc d’apprendre à se doter des clefs nécessaires pour rester pro-actif dans chaque situation.



La réalité virtuelle pour favoriser l’empathie ?


Que ressentons-nous lorsque nous nous retrouvons plongés dans un univers virtuel ? Chris Milk , spécialiste de l’immersion interactive est convaincu qu’il s’agit d’une formidable opportunité de développer l’empathie : vivre dans la peau d’un autre en quelque sorte. En revanche, Paul Bloom considère que l’expérience n’est pas totale et que notre perception est trompée : “Si elles engagent leurs publics, si elles ont une valeur éducative, ces dispositifs immersifs ne changent pas les gens pour autant. En fait, la réalité virtuelle se révèle même plutôt trompeuse pour comprendre ce qu’est un réfugié, un sans-abri ou une personne handicapée. L’horreur de l’expérience de réfugié a peu à voir avec les sons et les images d’un camp, mais bien plus avec la peur et l’anxiété de fuir son pays et de se retrouver dans un pays étranger.



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Les commentaires

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Arnaud Servouin
Arnaud Servouin 27/03/2017 10:28:45

Encore un super article 1000 merci :)


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