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Focus 23/06/2016

Le projet Art Factory

Art Factory est un tout nouveau projet, entre la résidence artistique et l’atelier permanent, au sein des Orange Gardens, locaux récents à Châtillon en région parisienne, où se retrouvent pas mal des équipes de recherche et d’innovation de l’opérateur. Trois premiers artistes ont été sélectionnés : Olga Kisseleva et Fabien Zocco, qui vont travailler pendant 6 mois chacun sur leur projet autour du "monde de LoRa" (du nom de la technologie de réseau d'Internet des objets), et Agnès de Cayeux, qui consacrera un an à monter une oeuvre autour de la "matérialité du réseau". Dans le cadre de notre dossier "Tous créateurs ?", Armelle Pasco, Directrice des partenariats institutionnels et culturels au sein du Groupe Orange, nous parle des grands principes de Art Factory. Interview par notre partenaire Culture Mobile.

Culture Mobile : Pouvez-nous expliquer le pourquoi et le comment de ce projet impliquant des artistes du numérique ?

Armelle Pasco : Plus qu'une résidence d'artistes, la Art Factory d’Orange est une initiative qui propose d'accueillir des artistes, designers et ingénieurs, voire d’autres profils, dans une logique de co-construction, en s’appuyant sur un tiers lieu ouvert dans notre nouveau campus dédié à l’innovation, les Orange Gardens. Orange ne se positionne pas en tant que mécène ou comme offrant un lieu équipé d'outils numériques à des artistes, mais comme un partenaire capable d’impliquer ses forces vives, celles de ses ingénieurs, experts, chercheurs pour questionner, confronter leur regard avec celui de l’artiste. D'ailleurs, nos appels à projets ne concernent pas que des artistes se présentant comme "artistes numériques" : nous pouvons très bien travailler, sur nos sujets tenant au réseau et au numérique, avec des artistes plasticiens ou faisant appel à d'autres formes d'art. Nous souhaitons garder une approche très ouverte, l'essentiel étant pour nous de privilégier le dialogue entre l'artiste et nos équipes. Pour Orange, l'enjeu est donc avant tout celui du management de l'innovation. Nous prenons le pari, et nous devrons faire un bilan dans quelques mois des effets de ce projet, que ces questionnements et ce regard décalé de l'artiste feront avancer nos chercheurs dans leur travail.

Une première artiste, Agnès de Cayeux, travaillera un an avec des ingénieurs et designers de l’opérateur à Orange Gardens autour d’une thématique sur «La matérialité du réseau». Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Pour le premier appel à projets, nous avons souhaité aborder le sujet du réseau, qui est au cœur de l'activité historique de notre entreprise. L'accélération constante de la transmission du signal et la facilité à échanger voix et données d'un bout du monde à l'autre nous font oublier la complexité de ce réseau, qui s'appuie sur des câbles, des routeurs, répartiteurs, antennes... Des dispositifs très physiques et concrets alors que le réseau nous paraît à tous aujourd'hui virtuel, dans le «nuage». Aussi avons-nous demandé aux artistes qui ont répondu à l'appel à projet d’apporter leur regard décalé sur cette complexité du réseau, qui forme une entité vivante et tangible. La réponse d'Agnès de Cayeux, sur laquelle elle débute à peine son travail, apporte une dimension à la fois poétique et visionnaire qui devrait susciter beaucoup d'échanges avec nos chercheurs et experts, ce qui est la finalité de cette collaboration inédite.

La deuxième thématique, qui occupera deux artistes, et l’un et l’autre pendant six mois, a pour titre «Le monde de LoRa», du nom du protocole LoRaWAN, qui permet la communication à bas débit, par radio, entre objets de l’Internet des objets selon la technologie LoRa. Sur quoi et comment travailleront ces deux artistes ?

Le LoRa est en effet un réseau basse consommation qui va permettre de faciliter le développement de l’Internet des objets. Nous avons questionné les artistes sur leur vision de ce réseau, sur les usages qu’ils pouvaient imaginer, qu’ils soient essentiels ou détournés, utilitaires ou citoyens. Il s’agit vraiment d’un monde des possibles... et nous savons que les artistes sont susceptibles d’expérimenter de nouvelles applications et d’identifier de nouveaux sens pour des technologies, surtout quand elles en sont à un stade d’émergence, ce qui est le cas pour l’Internet des objets dont on parle déjà beaucoup mais dont l’avenir reste à inventer. Les deux projets, de Olga Kisseleva d'une part, et de Fabien Zocco d'autre part, sont d'ailleurs très différents l'un de l'autre.

Art Factory est un projet transversal à plusieurs entités d’Orange : la Direction Innovation Marketing Technologies (IMT), avec en son sein les Orange Labs et l’implication forte de la DRH de cette Direction IMT ; et puis la Direction à laquelle vous appartenez, celle des partenariats culturels et institutionnels. Pourquoi une telle transversalité ? Et qu’espérez-vous demain de la proximité entre des artistes du numérique et les salariés de l’opérateur à Orange Gardens ?

Des projets de ce type, par essence hybrides et pluridisciplinaires, ne peuvent prendre naissance que dans la transversalité et non dans une organisation purement hiérarchique. Nous avons souhaité créer un écosystème favorable à ces nouveaux modes de travail et de création : chaque membre de notre équipe peut ainsi apporter ses compétences et son expérience.

Art Factory se situe dans la continuité d’une série d’initiatives menées par Orange dans le monde des arts, en particulier sur le terrain de l’art numérique. La présentation entre le 18 et le 21 février dernier au Palais de Tokyo de l’œuvre interactive Surexposition de Samuel Bianchini, en partenariat avec les Orange Labs et l’EnsadLab (le laboratoire de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts décoratifs), n’est-elle pas d’une certaine façon le symbole même du projet Art Factory et de sa philosophie ?

Tout à fait, et ce sont d’ailleurs ces projets et leur conduite au départ très empirique qui nous ont amenés à construire la Art Factory. Le premier «déclic» est arrivé avec l’œuvre Valeurs Croisées de Samuel Bianchini, réalisée en collaboration avec nos laboratoires de recherche en 2008. Puis ont suivi Urban Mobs, oeuvre créée avec le Studio Le Fresnoy, et d’autres projets exposés au public. Pour Surexposition par exemple, nous avions contacté l’EnsadLab et Samuel Bianchini avec la volonté de travailler, au travers d’une œuvre sensible, sur le réseau et l’utilisation des données dans la ville, avec une question clé : comment rendre les données qui nous environnent proches, tangibles ? Cette œuvre très forte et esthétique permet de «rematérialiser» le monde virtuel, tout comme d'une autre façon SonaR , qui a suivi Urban Mobs dans la transformation sensible des data. Surexposition est aussi et surtout une œuvre participative, qui permet au public de se réapproprier l'espace urbain et de faire partie d'une communauté de temps et de lieu.

Ces différentes collaborations avec des artistes nous ont amenés à un constat : chaque fois, en faisant travailler ensemble ingénieurs et artistes, nous avons créé un nouveau regard sur les technologies, de nouveaux espaces de réflexion et d’inspiration. Pour nous, il existe un lien fort entre art et technologie, mais aussi entre artistes et ingénieurs, car notre approche est avant tout humaine, et ces liens, qui sont très ténus au départ, mais qui se construisent peu à peu, sont un moteur de l’innovation.


Les commentaires

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Eric Bernard
Eric Bernard 20/09/2016 16:47:20

Il faut dire qu'Orange n'est jamais à court d'idée pour créer des projets innovants. Bravo!


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