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Entretien 01/06/2016

Internet avait un cerveau, il a maintenant des muscles. Emparons-nous en !

Luc Bretones, directeur du Technocentre Orange et d'Orange Vallée (photo Nicolas Oppenot)
En marge des Matinales de la Transformation organisées par la Fondation Manpower en partenariat avec le Digital Society Forum, ce mercredi 1er juin, Luc Bretones, directeur du Technocentre Orange et d’Orange Vallée revient sur les impacts du développement phénoménal de l’internet des objets sur la capacité des citoyens à s’emparer des questions sociétales et agir dans le monde réel.



Vous avez évoqué la notion de “capacitation” chère à Bernard Stiegler . En quoi est-ce que l’IoT (Internet of Things) et ses développements va permettre d’apporter plus “d’empowerment” aux citoyens et comment allons-nous démocratiser cette capacité à agir sur la société ?

Ce que j’ai essayé de décrire simplement ce matin, c’est l’évolution d’un internet qui était très concentré sur le software, l’intelligence et le stockage de données dans le cloud vers un internet qui va impacter le réel via les objets connectés. Des capteurs sensoriels vont permettre de savoir ce qu’il se passe dans le monde réel et d’agir via des actionneurs. Ce changement de paradigme est associé au fait qu’on est dans un monde plat où l’intelligence collective peut s’appuyer sur les réseaux sociaux pour accélérer la prise de conscience des citoyens de ce que fait le pouvoir, quelque soit sa nature, avec ses données. Je pense donc qu’aujourd’hui les citoyens vont s’organiser collectivement pour réguler et organiser raisonnablement ce progrès technologique qui va permettre de passer d’un univers logiciel à un univers du réel. Nous allons être impactés par les nouvelles technologies dans les faits les plus critiques de notre vie, que ce soit au niveau sanitaire, financier ou dans nos déplacements. Il est donc important que les leaders d’opinion, les politiques, les entrepreneurs mais aussi tous les citoyens, prennent conscience et s’organisent collectivement pour trouver le bon format et le bon encadrement qui va permettre d’utiliser, au profit de tous, ces nouvelles technologies et d’émanciper nos civilisations, au lieu de les asservir. C’est un sujet très important, lié à la fois à l’éthique collective, à la gestion de nos données et au contexte dans lequel va évoluer notre société.

Concernant l’impact écologique. Comment appréhende t’on cette augmentation faramineuse de données ?

On est dans un tsunami de données, dans une pure exponentielle de l’innovation. A la fois dans le hardware avec l’explosion cambrienne de la robotique, de l’impression 3D ou 4D, des nouveaux matériaux et de l’intelligence qu’on peut y loger. Mais aussi dans le software, avec le deep learning et le big data. On a une innovation au carré qui arrive et qui va nous permettre de faire beaucoup plus en consommant beaucoup moins. Chez Orange par exemple, concrètement, on a baissé de 21% les émissions de CO2 par client, depuis 2006, en leur permettant de faire beaucoup plus de choses. On a pour objectif de réduire de 50% les émissions de CO2 par usage client et de favoriser notamment l’intégration du principe d’économie circulaire au sein de notre organisation et de nos processus. Un autre exemple très concret puisqu’on parle de données qui augmentent à la vitesse d’un tsunami et de la capacité d’internet à devenir un acteur du monde réel : les datas center d’Orange, et notamment le plus récent en France qui est celui de Normandie, est l’un des plus performants du secteur. On a un usage avec un indice PUE (Power Usage Effectiveness ) de 1,3, pour les spécialistes, qui va utiliser des systèmes de refroidissement se servant de l’air ambiant plutôt que des systèmes de climatisation énergivores. Cela permet de faire des économies d’énergie équivalentes à la consommation électrique par an d’une ville de 30.000 habitants. Autant d’exemples, avec ceux de la collecte de téléphones, qui vont nous permettre, avec les nouvelles technologies qui changent complètement le contexte, de faire énormément plus en consommant beaucoup moins.

Concernant le droit à la déconnexion, comment appréhende t’on cette question et notamment au niveau de la santé ? Est-ce que si on refuse de porter un bracelet connecté on payera une mutuelle plus chère ?

Ce sont des débats qui dépassent largement le cadre des technologies et des entreprises. Je l’évoquais dans le cadre de votre première question sur la conscientisation, la capacitation des citoyens : c’est vraiment important que les leaders d’opinion, les politiques, les entrepreneurs, tous les acteurs de la cité prennent part à ce débat et y fasse participer un maximum de monde, de manière à ce que les droits fondamentaux des individus puissent être respectés et qu’un certain nombre de limites, qui n’empêchent pas l’innovation, soient posées. L'objectif est de permettre de protéger des personnes fragilisées ou sensibles, grâce à ces technologies. C’est un équilibre qu’il faut qu’on trouve, avec une innovation qui doit être en permanence sur l’avant-garde, sinon nous n’aurons plus notre mot à dire parmi les grands blocs d’innovation technologique que sont les Etats-Unis et l’Asie avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Il faut que l’Europe et la France en particulier qui forme des ingénieurs mais aussi des penseurs de premier plan, soient à la fois à l’avant-garde de cette innovation et en même temps force de proposition sur la manière de respecter les droits fondamentaux des individus, à commencer par les plus faibles d’entre eux.

Propos recueillis par Nicolas Oppenot

Retrouvez les moments forts de la conférence, en images et en tweets :



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