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Rencontres 25/04/2016

L’impact du numérique dans l’art et la création

Le plateau des Rendez-Vous du Futur à l'espace Saint-Sauveur - Avril 2016
Comment les artistes appréhendent-ils le numérique ? Est-ce un nouveau langage ? Une matière première comme une autre ? Un vaste terrain de jeu pour aborder la complexité du monde ? Un formidable outil de diffusion, de partage, de collaboration ?
Des questions soulevées lors du festival des Rendez-Vous du Futur organisé à l’espace Saint Sauveur, à Issy-les-Moulineaux, dans le cadre du Prix Cube .
Sur le plateau pour en débattre : Fabien Simode , Rédacteur en chef de l’Oeil, Dominique Sciamma , directeur de l’école de design Strate, Lukas Truniger , artiste concourant au Prix Cube avec son installation « déjà entendu » et Nils Aziosmanoff, président du Cube & Eloi Choplin de l'agence Triple C, pour animer les échanges.



Dans son dernier édito pour l’Oeil , Fabien Simode pose la question de l’avenir de la création humaine au regard des progrès de l’intelligence artificielle. Il s’étonne que ce questionnement survienne alors que nous ne parlons plus de génies comme à l’époque de Léonard De Vinci ou Pablo Picasso et qu’AlphaGo vient de battre le dernier humain champion du monde au jeu de Go. Aurions-nous atteint un stade où les algorithmiques, ayant passé en revue toutes les parties de Go et toute l’histoire de l’art, seraient capable d’ouvrir de nouveaux champs d’expression ?




Pour Dominique Sciamma, la prouesse technique et la formidable capacité de calcul ne remplaceront pas l’intention et la pensée de l’artiste. Ce qui fait sa singularité, c’est précisément ce recul qu’il prend sur son environnement. Ce pas de côté qui lui permet d’adresser la complexité du monde, d’apporter une lecture sensible et parfois de tirer un signal d’alarme. Parce qu’au final, ce qui compte, et c’est le designer qui parle, c’est « de s’intéresser à la vie des gens et d’essayer de faire en sorte qu’elle soit plus belle et moins compliquée. » Le numérique devient langage et il s’efface comme l’alphabet qu’on oublie quand on parle.




L’artiste Lukas Truniger, quant à lui, n’aborde pas le numérique comme une technologie, mais plutôt comme une matière première. De la même façon que l’enregistrement a changé la musique en permettant de manipuler des samples, de les reproduire et de les boucler, le traitement des données ouvre de nouvelles perspectives. Dans son travail sur les livrets d’opéra, il joue avec les algorithmes pour proposer une version générative, pur produit des automates. Mais sa démarche n’oublie pas d’inclure cette part de « comedia del arte » qui remet l’homme et la technologie à leur place : « on continue à créer des spectacles qui font semblant qu’il y a quelque chose en plus. »




Nils Aziosmanoff rappelle que chaque fois dans l’histoire, les nouvelles techniques n’ont pas supprimé les anciennes. Elles les ont poussées à muter et à se repositionner, comme l’impressionnisme en peinture lors de l’arrivée de la photographie. D’ailleurs, à notre époque marquée par le numérique, certains créateurs recherchent l’épure et utilisent des matériaux rudimentaires, souligne Fabien Simode. Puis ils s’en servent pour décrire notre société ultra connectée ! Le numérique devient sujet. C’est le cas dans l’œuvre de Vincent Broquaire qui, avec un papier et un crayon, représente un paysage avec, au milieu, une fenêtre informatique et l’inscription, toujours au crayon : « voulez-vous supprimer – oui / non »



Autre exemple : Un peintre classique comme Thomas Levy Lasne qui représente des jeunes avec leurs smartphones et leurs ordinateurs.



Mais fondamentalement, les artistes font feu de tous matériaux. Que ce soit le numérique, la peinture ou l’installation, c’est l’intention et la poésie qui compte !



Alors en quoi le numérique provoque t’il une rupture dans l’expression artistique ?

Dominique Sciamma voit dans la capacité à établir des relations avec les objets un virage significatif : « on va rentrer dans une période où les poupées vont être capables d’aimer leur patrone ! » Or, ces objets nous apportent une analyse du monde. Ils mesurent notre environnement comme nos émotions et nous accompagnent dans la quête éternelle de l’essence de notre humanité.




Autre rupture : la société civile s’empare de ces outils. Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir la puissance d’analyse d’un laboratoire dans notre poche et des instruments pour capter et échanger. L’ « empowerment » induit par ces technologies fulgurantes est créatif certe, mais selon Dominique Sciamma, il ne faut pas oublier de l’envisager de façon globale : « nous avons la capacité de penser de manière collective notre vivre ensemble. Notre système résiste, mais il va craquer.» A tel point que la question même de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur pourrait bien se dissoudre dans un grand tout numérique partagé.




Quant à la question de la valeur artistique des inombrables contenus produits par les internautes « amateurs », elle nous ramène une fois de plus à l’intention. Pas d’art sans penser le monde. Pas de pensée sans humain. Alors le robot artiste ! Il fait bien rire. Mais pour combien de temps … ?




Les commentaires

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Samuel Ben
Samuel Ben 03/06/2016 14:53:03

Quelle fantastique époque :D

Rémy Topaze
Rémy Topaze 13/05/2016 16:21:18

En effet, le numérique apporte une véritable révolution dans l'expression artistique de chacun.


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