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Focus 18/04/2016

Scenocosme : les fantômes tactiles d’une œuvre interactive

L’œuvre Metamorphy de Scenocosme, à la Gaîté lyrique. © Scenocosme - Anaïs met den Ancxt et Grégory Lasserre
C’est par une étrange œuvre d’art interactive, signée par le duo d’artistes Scenocosme, que le Digital Society Forum engage une semaine thématique dédiée aux créations de notre ère numérique, en amont d’un dossier à paraître en juin prochain : « Tous créateurs ? ». Cette œuvre s’appelle Metamorphy, et elle est visible à la Gaîté lyrique, à Paris, jusqu’au 31 juillet 2016 dans le cadre d’une expo fascinante, titrée « Extra Fantômes » et sous-titrée « Les vrais, les faux, l’incertain ». L’occasion de découvrir Scenocosme grâce à notre site partenaire Culture Mobile.

Metamorphy : bienvenue dans l’exposition « Extra Fantômes »


Le fantôme se cache-t-il derrière ce grand voile semi-transparent ? Ou à l’intérieur de sa matière ? Vous venez de descendre l’escalier vers le sous-sol de la Gaîté lyrique, et c’est avec Metamorphy que vous découvrez l’expo « Extra Fantômes ». La peau élastique de l’œuvre vous invite à la toucher, à la pousser, à l’explorer de vos mains, pour mieux voir naître et danser ensemble des nuages ou torrents de sons et d’images.

Comme l’écrit le duo sur son site, Metamorphy « crée une ambiguïté entre un espace physique réel, un espace virtuel matérialisé par le reflet d’un vrai miroir, et un espace virtuel généré par les vidéo projections d’un dispositif numérique. Dans cette création sensorielle, les reflets réels se confondent avec les images virtuelles, donnent l’illusion d’une réalité déformée. A l’image d’une partition, les zones d’interaction dévoilent des matières sonores en sommeil sur les différentes zones du tissu. Enfin, lorsque plus personne ne touche le voile, celui-ci se retend et les matières virtuelles disparaissent. Seul le reflet du spectateur reste visible. »

Une caméra-3D est située face à la peau que vous triturez « pour permettre la capture et l’analyse des gestes, des déformations du tissu. » Les actions des « spectateurs sur le voile permettent de modifier les matières visuelles et sonores en temps réel. Elles varient en fonction de l’emplacement et de la profondeur de l’appui généré par les spectateurs » et se superposent à leur reflet, visibles dans le miroir. C’est grâce à l’image 3D, traitée et analysée en temps réel, que « le contact des spectateurs sur le voile révèle une image texturée de calques et effets vidéos superposés selon différentes profondeurs. »

Ainsi se met en scène ce jeu entre fantômes : fantômes des artistes metteurs en scène, fantômes de la peau symbolique évoluant selon les gestes des spectateurs acteurs sur sa matière, fantômes de ces mêmes visiteurs dont l’image se reflète dans le miroir…


La vidéo de Metamorphy de Scenocosme sur YouTube.

Scenocosme sur Culture Mobile : « le numérique distille du rêve »


Depuis 2004, Scenocosme, duo d’artistes composé de Anaïs met den Ancxt et de Grégory Lasserre, nous invite à participer à des expériences sensorielles troublantes dans le cadre de ses installations. C’est cette participation active des visiteurs à des créations sensibles que décrit le portrait de Scenocosme réalisé dans le cadre de la rubrique @rtek de Culture Mobile – dont l’introduction est ici reprise. Ces œuvres, évolutives et interactives, constituent un axe majeur de leur travail mêlant art, technologie numérique, son et architecture. Une bonne part de la production de ces artistes relève de l’hybridation entre la nature et la technologie. Mais cela ne suffit pas à définir leur univers artistique, centré sur la poésie, l’imaginaire, les sens et la relation de l’individu à son environnement.

Toucher une plante de l’installation Akousmaflore ou une pierre de Kymapetra produit du son. Suivre du doigt une veine du bois de Matières sensibles également. La sensation est particulièrement étrange, et le phénomène bien mystérieux à première vue. Effectivement, Scenocosme explore dans son travail les relations invisibles que nous entretenons avec notre environnement, en particulier les flux énergétiques infimes des êtres vivants.

Les installations interactives du duo mettent en scène les éléments naturels et le corps des spectateurs : pourtant essentielle, la technologie demeure cachée. Les deux artistes nous embarquent dans des microcosmes qui se déclenchent par l’intervention du public. Des mondes étonnants, sources de jeu, de rencontres, de réflexion, de connaissance sur nos comportements... Des microcosmes à expérimenter en solo ou à plusieurs

La première œuvre de Scenocosme, SphèrAléas, illustre l’aspiration maîtresse du duo, synthétisée dans son nom Scenocosme : scénographier des petits mondes. Comme l’indique Anaïs met den Ancxt, « Il s’agit de mettre en scène la place du spectateur dans l’œuvre. » Dans l’espace de création onirique SphèrAléas, partagé à plusieurs, cela aboutit à une performance collective. Mais dans d’autres œuvres, comme Kymapetra ou Matières sensibles, l’interaction homme-installation est en revanche intimiste.

La mise en scène du spectateur passe souvent par un petit rituel pour entrer en contact avec l’œuvre. Il peut être de type méditatif comme pour Kymapetra : prendre le temps de s’installer au sol, de ressentir les vibrations des pierres, etc. Il peut aussi porter sur les modalités d’interaction, de rencontre, comme pour Lights Contacts : il faut être au moins deux, la première personne touche la bille-capteur, la deuxième touche la première personne, etc. Dans tous les cas, l’œuvre, donc le microcosme, existe et évolue grâce à l’action des spectateurs-acteurs.


La dernière vidéo de Lights contacts de Scenocosme sur YouTube.


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