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Entretien 31/03/2016

Frédéric Bardeau : "S'il y a un rêve libertaire dans internet, c'est celui où tout le monde peut s'exprimer"

Frédéric Bardeau intervenait, à Darwin, le 29 mars 2016, dans la table ronde "Que reste-t-il de l’Internet libertaire ?" aux côtés d'Olivier Blondeau, Adli Takkal Bataille et Gérald Elbaze. (photo N.Oppenot)
En marge du OFF du Forum d'Avignon à Bordeaux, suite à la conférence "Que reste-t-il de l’Internet libertaire ?" organisée à Darwin, le 29 mars 2016, Frédéric Bardeau, co-fondateur de Simplon, revient sur sa conception d'internet au prisme des concepts libertaires.


Frédéric Bardeau - Que reste-t-il de l’Internet... par villedebordeaux

Frédéric Bardeau, bonjour. Nous sommes ici à Darwin. Vous avez participé à une conférence sur l'internet libertaire.
Quel est pour vous l'aspect libertaire d'internet ?


Ce qu'il y a de libertaire dans internet, c'est l'idée qu'il n'y ait pas de réseau central, l'horizontalité, le côté distribué. Et l'idée qu'on puisse s'y exprimer et y être qui on veut. L'idée que ce soit une autre réalité que celle où on a votre apparence en face de chaque paire d'yeux.
Dans les concepteurs de l'internet, il n'y avait pas plus de libertaires que de militaires, que d'universitaires, que de gens qui prenaient du LSD, que de hippies ! Donc ce qui reste de libertaire, c'est ce qui reste de libertaire en chacun de nous. C'est à nous, si on veut, pour protéger nos données, et faire des choses intéressantes de retrouver cet esprit libertaire. Mais internet n'est pas plus libertaire qu'il est commercial ou politique.

Qu'allons nous chercher dans cette donnée libertaire ? Ce côté où on respecte plus l'individu ? On serait moins sous la maîtrise de quelque chose de plus grand dont on serait dépendant ?

Oui, c'est ce qui a été dit ce soir. La zone d'autonomie temporaire où je peux m'exprimer, je peux publier, je n'ai pas besoin de passer par un rédacteur en cher, par un correcteur. Je peux lancer une pétition, court-circuiter mon député, donner mon avis ... C'est ça que les gens aiment bien. S'auto-organiser, en dehors des cadres et des schémas. C'est ça qui reste profondément libertaire dans l'internet. Mais ce n'est pas le libertaire anarchiste, politique, tel qu'on peut l'apprendre dans les livres d'histoire. Ce libertaire là, souvent, il n'aime pas la technologie. Il a envie de casser les machines. Pour lui toutes les machines sont par essence un mécanisme d'oppression. Donc s'il y a des technologies qui libèrent l'individu, peut-être, effectivement, ce sont des technologies qui sont liées à internet.




Reste encore la question de démocratiser ces méthodes

C'est ça la clef. Si on peut être libertaire sur internet que entre soi, parce qu'on connait très bien internet, parce qu'on est très éduqué, qu'on a accès au meilleur débit et aux meilleures techniques pour connaître les dessous et les tréfonds de l'internet, c'est vrai que c'est quelque chose qui restera réservé à une élite. Et s'il y a un rêve libertaire dans internet, c'est celui où tout le monde peut s'exprimer. Alors, effectivement, tout le monde peut s'exprimer sur facebook, mais est-ce que tout le monde a une idée claire de ce que facebook fait de nos données ? Il faut avoir, et l'éducation, c'est la clef, et en plus les possibilités de pouvoir utiliser l'aspect libertaire d'internet.

Qu'est-ce que le code nous apporte ? En faisant un clin d'oeil à Simplon que vous avez co-fondé.

Le code c'est l'idée qu'on n'est pas là juste pour lire et consommer. On peut aussi produire, écrire, modifier. On est tous avec plein de technologie dans nos poches et dans nos mains et on oublie que les ordinateurs sont bêtes, qu'ils obéissent à des ordres et qu'il suffit d'apprendre leur langue pour pouvoir leur faire faire ce que l'on veut. Le code c'est retrouver cet esprit là. Retrouver cette idée que oui, il y a des champions du monde de go qui perdent contre des intelligences artificielles mais que ces intelligences là ont été programmées et que c'est l'humain qui a la main sur les technologies et pas le contraire. En codant et en sachant donner des ordres à un ordinateur, on retrouve cette espèce de miracle : oui, c'est l'homme qui domine la technologie et pas le contraire. On n'est pas obligé de consommer les technologies, on peut aussi créer avec.


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