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Revue du net 18/02/2016

Maîtriser son temps à l’heure du numérique

Illustration Lauren Peng
Les faits marquants repérés cette semaine par notre équipe de veille

Selon les chercheurs de l'Einstein Medical Center de Philadelphie, « à six mois, plus du tiers des américains sont déjà familiarisés avec les smartphones ». Une existence qui commence en fixant une partie de l’attention sur les écrans (bien trop tôt selon Serge Tisseron ) pour compter, 80 ans plus tard, près de 100.000 heures de connexion pour usage privé, et bien plus si l’activité professionnelle le nécessite ! Comment est-ce supportable se demande Thierry Le Fur , expert en comportements numériques et addictifs ? Tout le défi réside, selon lui, dans la gestion de son corps (bouger pour éviter les troubles musculo-squelettiques ) et de son temps. Parvenir à un équilibre face aux sollicitations numériques demande de réinscrire l’attention dans une notion plus anthropologique, comme l’explique Yves Citton en parlant « d’écologie de l’attention ».




Les plus connectés souffrent de l’avalanche des notifications. Depuis les mails de son équipe professionnelle aux SMS de ses proches, en passant par les multiples alertes sur les réseaux sociaux, il n’est pas toujours aisé de bien filtrer l’information, comme le constate Francis Jauréguiberry, chercheur au CNRS et spécialiste de l’individu hypermoderne : « en ne cessant de « pousser » vers eux des informations et sollicitations non attendues, les technologies obligent leurs utilisateurs à les traiter, sans cesse et toujours. »




Il devient nécessaire de se réserver un temps à soi pour retrouver la maîtrise de son attention et consacrer du temps à la digestion des informations jugées prioritaires. La déconnexion est un désir formulé chez tous les hyper-connectés. Pas de recette magique : chacun doit trouver le cadre de son aménagement personnalisé .

Dans cet article , Hubert Guillaud aborde le cadre moral de l’injonction à la déconnexion en explorant le point de vue de différents experts en la matière. Certains, comme la psychologue Sherry Turkle, auteure de « Seuls ensemble » considérent que l’excès de connexion nous déshumaniserait à tel point que nous aurions oublié toute notion d’amitié. A l’inverse, pour la sociologue Jenny Davis, tout est question de contexte : aucune forme de communication n’est supérieure à une autre. A travers un écran, la relation est bien réelle. Nos appareils ne « remplacent » pas l’autre, ils le « contiennent ». En fait, pour le sociologue Nathan Jurgenson, portés par un désir d’authenticité qui serait accessible simplement en débranchant nos appareils, les déconnexionnistes passent à côté des questions morales fondamentales quant à leur utilisation.




Même combat avec les jeux vidéos ? Leur usage ne doit-il être qu’une source de conflit entre parents et enfants ? Au contraire, selon le psychologue Yann Leroux , ce terrain est très propice à l’apprentissage de la gestion du temps. Quel jeu ? Quand ? Combien de temps ? … Un cadre à définir ensemble et auquel chacun doit se tenir, enfants comme parents !




Et aussi cette semaine :



Rire avec un robot

Dans les échanges que nous entretenons avec les robots, une multitude de facteurs sont analysés pour permettre l’intéraction : intensité de la voix, expressions faciales, gestes des mains, temps de réaction. Autant de formes expressives qui rappellent que le langage est complexe et varié. L’humour est également une composante, comme le rappelle Laurence Devillers , professeur à la Sorbonne qui étudie les échanges entre robots et humains : « Le robot utilise l'humour comme vecteur social, mais justement aussi pour rappeler qu’il est une forme machine. (…) Derrière cela, il y a des algorithmes, de l’IA, mais aussi du renforcement ou non de ce type de réactions en fonction du comportement de la personne. Si ça ne marche pas, on ne va pas faire de l’humour à tout prix. L’idée, c’est que les machines “fassent de l’humour” quand cela peut être utile. »




Eviter la police des moeurs en Iran grâce à une application

Un groupe de codeurs iraniens anonyme a créé l’application Gershad qui permet de localiser les agents de la police des mœurs et de les contourner. Chaque utilisateur contribue à renseigner l’application à la façon de Waze pour les automobilistes guetteurs de radars. Un jeu du chat et la souris grandeur nature avec les autorités « pour résister et récupérer une partie de nos libertés de manière pacifiste et avec le moins de risques » selon l’un des programmeurs. Mais gare aux traces d’adresses IP si les données venaient à tomber dans de mauvaises mains…



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