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Et si... ? 18/10/2013

Et si les MOOC n’avaient rien à voir avec l’enseignement ?

Le SKOR Codex du collectif d’artistes La Société Anonyme , est une « capsule temporelle » de 1,8 kilogrammes de papier pour les lecteurs du futur, mais aussi une façon de dénoncer la politique d'appauvrissement culturel hollandaise.
Le 28 octobre prochain va être lancée la première plateforme française officielle de « MOOC », soit « Massive open online courses » ou en traduction littérale « Cours massifs ouverts en ligne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce drôle de « mouk », comme on le prononce entre « mou » du chat et « souk » des cités du Maghreb, suscite à la fois enthousiasmes et polémiques. S’agit-il d’une véritable révolution comme le laisserait supposer l’annonce en fanfare de l’initiative par la ministre de l’Enseignement supérieur au début de ce mois d’octobre ? Ou ne serait-ce que de la poudre jetée en ligne à nos yeux captés par les écrans ?

L’expression semble sortir des limbes d’internet et de nos rêves en numérique comme il y a dix ans le Web 2.0 ou il y a vingt ans… le e-learning ! Car force est de reconnaître que le concept d’apprentissage en ligne serait plutôt une vieille lune qu’un astre inconnu.

La nouveauté tient à la vogue que connaissent outre-Atlantique les cours gratuits en ligne d’entreprises florissantes comme EdX, Udacity ou surtout Coursera, qui annonce fièrement sur son site plus de 5 millions de « Courserians ». Et puis il y a ce « massif » du MOOC, qui fait furieusement penser au « massivement » des MMORPG ou jeux de rôle massivement multi-joueurs à la World of Warcraft. Sauf que les MMORPG sont vraiment interactifs, alors que la plupart des MOOC ne sont que des leçons tombées du ciel sur les humbles apprenants devant se taire, voir et écouter… Et que la valeur du MOOC, visiblement, repose sur la renommée, et de l’école, et du professeur filmé depuis la chaire de son amphithéâtre, et non sur l’échange – quant à lui totalement inexistant. Aussi n’est-ce guère un hasard si HEC et Polytechnique ont été les premières enseignes françaises à rejoindre les Harvard et autres MIT sur Coursera.

La ministre de l’Enseignement supérieur a d’ailleurs lâché le morceau sans s’en rendre compte : lors de la présentation à la presse de la plateforme gratuite www.france-universite-numerique-mooc.fr , entre deux banalités sur le devenir numérique des universités, elle a parlé du « rayonnement de la France ». Qu’importe en vérité que le taux de rétention d’un MOOC s’avère plus faible que celui d’un cours classique en ligne, de l’ordre de 8 à 10% : faut juste que ça brille !

Autrement dit : il ne s’agit pas d’enseignement, et moins encore d’apprentissage, mais de spectacle. L’ajout de nouvelles ressources en ligne, qui plus est gratuites, à la montagne de données d’ores et déjà accessibles, n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais ne vaudrait-il pas mieux apprendre à trier dans l’océan de nos informations ? « Apprendre à apprendre » ? C’est d’ailleurs l’un des messages de Christine Vaufrey, pionnière des MOOC en France pour laquelle « toutes les questions posées autour des MOOC ont déjà été posées lors de création du e-learning ». Pour preuve : le projet épatant dont elle a été l’une des initiatrices, ITyPA pour « Internet Tout y Est Pour Apprendre », se veut « le MOOC pour construire son mode d’apprentissage personnel ».


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Les sources de cet article

HEC accélère sa stratégie numérique avec les MOOCs sur Coursera

Un article du magazine en ligne 01net sur la politique de HEC en matière de cours en ligne, et plus particulièrement de MOOC.

URL 01net - 03.10.13

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