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Rencontres 04/10/2013

3-6-9-12 apprivoiser les écrans et grandir

Une campagne soutenue par Le Digital Society Forum. « S’il nous est très difficile, à chacun, de changer seul nos rapports aux écrans, nous le pouvons tous ensemble ».

Un nombre croissant de municipalités organise déjà des « semaines pour apprivoiser les écrans » et des festivals de création adolescente. Afin de généraliser ces pratiques, et bien sûr aussi de donner des conseils concrets aux parents qui en attendent, une campagne sur le thème "Apprivoiser les écrans et grandir" est lancée en octobre 2013.
Elle est d’ores et déjà relayée par des municipalités, des entreprises, des associations nationales de parents d’élèves et de professionnels de la santé et de l’éducation, etc.

La campagne, c’est :
- un livre : 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, écrit par Serge Tisseron (Editions eres),
- un site interactif : www.apprivoiserlesecrans.com afin d’alimenter les échanges autour des diverses actions visant à réduire le temps d’écran et aussi à l’employer au mieux,
- des affiches libre de droits, téléchargeables sur www.editions-eres.com ou sur les sites des divers partenaires, destinées à être placées dans les écoles, les crèches, les PMI, chez les pédiatres, etc.
- une conférence de presse : vendredi 4 octobre à 9h à la FING, 8 passage Brulon, 75012. Paris.




Téléchargez l'affiche 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir (format PDF).

Interviewé par Thierry Taboy (responsable des enjeux sociaux et sociétaux à la direction Responsabilité Sociale d’Entreprise du groupe Orange), le psychiatre Serge Tisseron nous explique « la règle des 3/6/9/12 ».



Serge Tisseron - Thierry Taboy, 3-6-9-12... par digitalsocietyforum

Retranscription de l'entretien :

Vous publiez le 3 octobre 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, livre dont le lancement s’accompagnera d’une campagne d’affichage. Pouvez-vous nous expliquer cette opération ?

« 3-6-9-12 », pour tous les parents, cela correspond à des âges clefs de la scolarité de leur enfant : 3, c’est l’âge de l’entrée en maternelle ; 6, l’entrée au CP ; 9, c’est en principe l’âge où les enfants savent lire couramment et écrire correctement ; et 12, c’est l’âge où l’enfant commence à trouver ses marques au collège et à entrer dans l’adolescence. Ce sont des repères très importants pour savoir à quel âge et de quelle manière introduire les écrans dans la vie de nos enfants.

Pourquoi prendre des précautions dans la manière de les introduire ? Pour deux raisons : parce qu’il faut apprendre à nos enfants à s’autoguider et à s’auto-protéger dans la vie (j’insiste sur le fait que l’éducation, ce n’est pas protéger avec un certain nombre d’interdictions, ni guider avec un certain nombre de conseils) ; et parce que ces technologies numériques participent au renouvellement du monde et vont permettre à nos enfants d’inventer des tas de choses. Il faut donc les éduquer en étant curieux de ce qu’ils font, en les encourageant parfois à nous expliquer ce qu’on ne comprend pas bien. Aujourd’hui, les technologies nous obligent à être beaucoup plus curieux à la fois de nos enfants et de ce qu’ils font. À partir de là, cette règle est déclinée selon les tranches d’âges :

Avant 3 ans : je parle beaucoup dans mon livre de cet âge, car souvent les parents dramatisent les enjeux des écrans à l’adolescence mais minimisent les dangers des écrans dans la toute petite enfance. Or, c’est à cet âge-là qu’on connait le mieux les problèmes car on a beaucoup de recul. On sait qu’avant 3 ans, l’enfant a besoin de développer ses repères spatiaux et de construire ses repères temporels. Pour ce faire, rien de mieux que les histoires qu’on lui raconte, les livres qu’on lui lit et les repères qu’on lui situe dans la journée (l’heure des repas, du coucher). On sait aussi que la télévision et les DVD ne sont pas vraiment utiles car l’enfant regarde, entend, mais ne peut pas interagir, ce qui est crucial à cet âge. Les tablettes tactiles sont un peu moins problématiques, mais on conseille quand même d’accompagner les tout-petits dans leur usage de cet outil, sur des périodes courtes et complémentairement aux jouets traditionnels. Donc, avant 3 ans, les écrans ne sont vraiment pas indispensables.

Entre 3 et 6 ans : l’enfant va continuer à découvrir son environnement et à développer cet outil merveilleux donné par la nature : ses mains! Mais pour ce faire, une console de jeux n’est pas ce qu’il y a de mieux car son utilisation, limitée à deux doigts, est très répétitive. Il faut du coup encourager l’enfant dans des tas d’activités traditionnelles (pliage, découpage, pâtisserie, piscine…) qui mobilisent toutes les capacités des dix doigts.
Cela dit, à cet âge, l’enfant va aussi fréquenter les écrans. Mais l’adulte doit l’inviter à lui raconter ce qu’il fait, sachant que lorsqu’on est devant un écran, on a une forme d’intelligence qui s’active : l’intelligence spatialisée, c’est-à-dire le fait de repérer des objets, de les ordonner mentalement. Mais quand on raconte, on fait fonctionner une autre forme d’intelligence qu’on appelle l’intelligence cristallisée parce que les mots, les lettres, sont comme des petits cristaux. Quand on parle, qu’on lit ou qu’on écoute, c’est comme si on avait un petit ruban qui défilait dans la tête sur lequel les mots s’alignent les uns derrière les autres. Il est très important de faire fonctionner cette autre forme d’intelligence.
Et puis, entre 3 et 6 ans, l’enfant regarde des programmes. Il est important que les parents l’invitent à en parler et tout aussi important qu’ils limitent le temps d’écran. On retrouvera cela à chaque âge : l’importance de limiter le temps d’écran, mais en même temps, de choisir la qualité des programmes, de parler avec l’enfant de ce qu’il fait, de ce qu’il voit, et également d’encourager les pratiques créatrices. Un enfant entre 3 et 6 ans peut faire un usage étonnant d’un appareil photographique par exemple : à travers la photographie, l’enfant découvrira le droit à l’image bien mieux que si on le lui explique ; et il fera fonctionner ses deux formes d’intelligence car il aura envie de raconter sa photo. C’est pour cela que « 3-6-9-12 » est aussi une règle qui invite les collectivités locales, les établissements scolaires et les associations à organiser des festivals de création.
« 3-6/-9-12 » c’est une règle pour nous permettre d’appréhender ces technologies numériques avec une curiosité décomplexée, de porter un regard différent sur nos enfants et de les accompagner dans la découverte et la construction du monde.

Et à partir de 12 ans, comment aider les parents à accompagner leur enfant vers ces nouvelles formes de création, avec ou sans le numérique ?

Les parents vont recueillir les fruits de ce qu’ils auront fait ou pas avant : si un enfant a la télévision dans sa chambre à 3-4 ans, s’il a une connexion dans sa chambre à 8-9 ans, il aura déjà, vers 13-14 ans, pris beaucoup de distance par rapport à ses parents, il saura bricoler des réseaux... Du coup, ce sera compliqué pour les parents de continuer à participer à un éveil numérique mutuel en famille. Mais ils pourront toujours inviter l’enfant à raconter ce qu’il fait, ce qui est particulièrement important à cet âge-là. Quand l’enfant raconte le film qu’il a vu, le jeu vidéo auquel il a joué, il s’oblige à construire des repères de narration qui vont lui permettre de devenir le narrateur de sa propre vie. Or, à l’adolescence, se penser dans la durée et se projeter dans l’avenir représente une grande difficulté. En construisant des repères temporels à travers ce qu’il a vu, l’enfant va commencer à construire ses propres repères temporels, dans son intérieur, autour de sa propre histoire.
Les parents doivent évidemment aussi mettre en garde leur enfant contre le cyber harcèlement, le plagiat, etc., autant pour lui que pour eux-mêmes. Tous les parents d’adolescent vous diront que c’est très difficile, c’est vrai, mais en même temps quelle chance ! Vous avez chez vous un technicien familial, quelqu’un en prise directe sur les technologies numériques ! Évidemment, tout cela se négocie : si vous voulez que votre ado vous installe un logiciel, il faut accepter qu’il rentre un peu plus tard, exceptionnellement, un samedi soir. Mais en même temps, la négociation et le contrat font partie de l’apprentissage de la vie… Donc, ce que peuvent faire les parents c’est intégrer le monde numérique dans les objets de curiosité et d’échanges familiaux, accepter de fonctionner avec des contrats (tout n’est pas négociable par contrat, mais des domaines peuvent l’être), avoir vis-à-vis de leurs jeunes et des technologies numériques une curiosité décomplexée, celle dont les jeunes eux-mêmes font preuve. Et aussi avoir cette curiosité vis-à-vis de leur enfant, car l’adolescent ne dira jamais qu’il a envie qu’on lui dise qu’on l’aime, qu’on s’intéresse à ce qu’il fait ou qu’on le félicite ; c’est la grande différence avec l’adulte. L’adolescent va faire comme s’il n’attendait pas tout ça, mais au fond de lui, il l’attend...

Donc, finalement, les attentes affectives restent assez immuables. Ce qui vraiment est en train de changer, c’est le mode de relation entre les parents et les enfants, ce dialogue permanent qui doit se construire…

C’est habituel de dire qu’avec les nouvelles technologies, tout change. Mais il y a une chose qui ne change pas : c’est le désir de réciprocité, d’échange, le besoin de se sentir entouré par une famille ou des amis. L’affectivité n’est pas bouleversée par les technologies numériques. Il est important que les parents gardent toujours conscience que c’est dans la famille que l’enfant a trouvé son premier attachement affectif, et que c’est dans la famille qu’il continuera longtemps à le chercher, même s’il fait semblant de dire que cela ne le concerne plus.

Rendez-vous le 4 octobre, pour la présentation du livre et de la campagne !



Et pour mieux comprendre les impacts du numérique dans la famille, découvrez notre dossier « La famille connectée »


Les commentaires

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Caroline Toussay
Caroline Toussay 04/11/2014 23:33:58

Je suis pour dans la mesure ou l'accès aux écrans leur est limité, surveillé et clairement règlementé.
En*savoir plus sur:

http://mamansexyconnectee.unblog.fr/2014/11/04/alerte-les-enfants-les-ados-et-les-ecrans/


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