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Et si... ? 27/09/2013

Et si les jeux vidéo violents nous faisaient vraiment du bien ?

D’abord vidéo d’art contemporain, Hôtel est depuis 2012 une série « transmédia » de Benjamin Nuel : « C’est la paix entre les terroristes et les policiers échappés d’un jeu vidéo, mis en retraite à la campagne, dans un étrange hôtel gardé par une poule ».
Que serait GTA sans polémique ? Sans outrages aux bonnes mœurs ? Je ne parle pas ici des braquages et vols de voiture, des grands-pères écrabouillés, des prostituées giflées, de la drogue à dilapider et des flics à dégommer, méfaits classiques du tout nouveau GTA V comme des autres épisodes de Grand Theft Auto depuis 1997. Non, juste d’une scène de torture qui a incité des associations à étudier «la possibilité de porter plainte contre le jeu dans le but de le faire soit modifier, soit retirer des rayons ». Et pour cause : c’est vous, à la console, qui êtes dans la peau du tortionnaire avec les pinces de l’arracheur de dents et les câbles électriques du roi de la gégène ! Est-ce grave, docteur ?

Le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron reproche à GTA d’obliger le joueur à se glisser dans la peau du gangster, et rien qu’elle. Jusqu’à donner l’envie aux plus faibles des enfants à jouer ce rôle de méchant dans leur réalité de chair ? Là où Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale, affirme mordicus que la pratique de certains jeux vidéo engendre des comportements asociaux voire dangereux, Tisseron fait partie des critiques les plus mesurés. Il s’interroge sur les limites du jeu vidéo GTA en tant que tel, et s’inquiète surtout de l’influence de l’objet du délit sur les plus jeunes. Après tout, GTA est classé « PEGI 18 », c’est-à-dire clairement interdit au moins de 18 ans.

Le débat sur les influences réelles des jeux vidéo violents est loin d’être tranché, tant les études sur le sujet se contredisent les unes les autres. C’est d’ailleurs l’une des vertus d’un « rapport d’information » signé par deux sénateurs, l’un écolo et l’autre UMP, que de le rappeler. Cet épais document nourri d’un très grand nombre d’entretiens avec des professionnels du jeu vidéo a été publié par un joli hasard le lendemain de la sortie de GTA V. Et que propose-t-il dans son lot de mesure pour soutenir en France le secteur et toute cette « culture vidéoludique » qui en fait la sève ? De revoir l’interdiction du Crédit d'Impôt Jeu Vidéo aux jeux interdits aux mineurs !

Que ce soit du Sénat que vienne la prise de conscience de l’idiotie de condamner toute l’industrie et l’art du jeu vidéo pour ses caractères supposés barbares, inciviles ou addictifs, comme il fût un temps le rock et la bande dessinée, a de quoi surprendre. Et si les auteurs du rapport avaient juste compris que la culture pop vit aujourd’hui dans le jeu vidéo bien plus que dans le rock ou le hip hop, et qu’un GTA V vaut mille Lady Gaga - et pas uniquement en cash, puisque le jeu a vendu 16 millions de copies et généré plus d’un milliard de dollars de recettes en 5 jours ! Depuis les débuts d’Elvis reprenant la musique du diable (le blues) en 1954, la vraie pop a toujours eu un léger parfum de scandale. Mais de scandale plus ou moins calibré, participant à la légende comme au succès commercial de la pop star. La star, en 2013, n’a point besoin de ses créateurs. Elle s’incarne dans le jeu lui-même. GTA, ce sont les Rolling Stones sans besoin des physiques bien réels de Mick Jagger et Keith Richards, arrêtés en juin 1967 pour possession de drogue illicite. Sauf que GTA a les mêmes effets que les Stones, un demi siècle plus tard. « Laisseriez-vous votre sœur sortir avec un Stone ? », se demandait le Melody Maker, tandis que le président du syndicat des coiffeurs s’interrogeait dans le Daily Express : « Mais d’où sortent ces sauvages ? ».

Alors, évidemment qu’il y a du cynisme chez l’éditeur de GTA V, le bien nommé Rockstar Games ! L’objectif de la scène de torture est clairement de choquer le chaland et de susciter la polémique. Crade ? Oui, mais avec une touche d’humour : c’est au nom du Bien, pour le FBI, que Trevor, le plus fou des trois bandits qu’incarne tour à tour le joueur de GTA V, doit charcuter le terroriste. Bref, impossible de confondre ce cirque virtuel avec la vraie vie ! C’est du Pulp Fiction à la Tarantino. Mieux : du Pulp Fiction transformé en carnaval de la violence, en indispensable exorcisme pop de nos sociétés dites civilisées, se devant de choquer les parents pour mieux séduire les jeunes.



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