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Et si... ? 13/09/2013

Et si nous laissions nos enfants de 5 ans jouer seuls sur leur écran ?

Ryoji Ikeda met en scène la « donnée numérique » et son esthétique, par exemple ici dans une œuvre de sa série « data.tron », au cœur d’immenses écrans qui font réagir le public.
Selon une étude publiée fin août, un million d’enfants du Royaume-Uni auraient un téléphone mobile avant même l’âge de 5 ans ! Les chiffres de cette enquête réalisée par le site comparateur de prix uSwitch ont de quoi laisser pantois plus d’un père ou d’une mère… Sauf peut-être ceux qui dépensent d’ores et déjà plus d’argent pour le terminal de leur progéniture que pour le leur. Et pour cause : 15 % des jeunes de moins de 16 ans posséderaient outre-Manche un mobile plus cher que celui de leurs parents !

Côté pile : plus de la moitié des enfants et adolescents des pays dits développés ont un smartphone. Côté face : une proportion plus grande encore de leurs parents se disent « très préoccupés » de ce qu’ils fabriquent avec leur appareil. Alors, en cette rentrée des classes, tels 90% des pères et mères interrogés dans le cadre d’une étude commandée aux Etats-Unis par l’opérateur Zact, ils se disent : bridons leurs usages du Web et du SMS. Limitons leurs horaires de liberté numérique. Bloquons leurs contacts ou leur accès à certaines applications. Bref, mettons un flic électronique derrière leur écran, du genre « Cockpit conso » tout juste lancé en ce mois de septembre par un opérateur français. C’est ce qu’on appelle une double contrainte : « Je t’accorde l’objet de ton désir, mais je t’interdis de l’utiliser selon ce même désir. » Ou dit autrement : « Je craque en t’offrant ta satanée sucette, mais n’en suce que le bâtonnet ! » Les adultes libres et responsables pourraient se dire : « Mon enfant est trop jeune, je lui offre mon mobile préhistorique en noir et blanc. Celui qui me servait juste à téléphoner »… Mais non : la jeune reine ou le petit roi veulent un rutilant smartphone. Et ils l’obtiennent !

C’est à croire que notre nouveau monde numérique nous rend fous. Faibles. Ou cyniques. Un peu comme le directeur technique de eBay et des cadres d’Apple, de Google et d’autres start-up de la Silicon Valley en Californie : tous dépensent entre 13.000 et 18.000 euros par an pour mettre leurs héritiers et héritières dans une école garantie… sans le moindre écran ! Tandis que les parents fabriquent l’homme augmenté dopé aux nouvelles technologies, leurs enfants apprennent au tableau noir de la Waldorf School, juste avec des craies, des stylos, de la pâte à modeler et des aiguilles à tricoter. Et pendant ce temps, en France, le ministre de l’Education nationale et la ministre déléguée en charge des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique, ne parlent que de « faire entrer l’Ecole dans l’ère du numérique ». Cherchez l’erreur.

Quel enseignement tirer de ces paradoxes ? Qu’il convient de se méfier des prêtres et autres idolâtres des nouvelles technologies. Que le nouveau monde numérique s’avère un magnifique révélateur des ambiguïtés de notre humaine nature. Et qu’il est bien compliqué d’être le père ou la mère d’un gamin qui ne rêve que d’avoir sa tablette et son smartphone, à lui et rien qu’à lui.


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