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Et si... ? 06/09/2013

Et si la famille connectée masquait la famille explosée ?

L'oeuvre Lights contacts du duo Scenocosme transforme les spectateurs en instruments sonores humains : il faut toucher la bille, puis se toucher entre personnes pour que naisse de la musique.
Et un réseau social de plus pour les familles ! Après Famicity, FamilyLeaf, HelloTipi et TogetherVille, le dernier-né se nomme Amiriel. Lancé cet été en phase de test, « fermé et sécurisé » pour conforter chacun dans son cocon, il veut « révolutionner les usages des familles de demain ». Mais il risque plutôt, comme ses prédécesseurs, de démontrer l'inutilité totale d'un réseau social pensé pour la famille… Cette famille qui devrait être la plus sociale, la plus intimement reliée de toutes les entités de notre société.

Prenons d'abord ce terme, cœur vibrant de notre nouveau monde connecté et de ses marchands de rêves : le réseau. Comme nous le rappelle le philosophe Pierre Musso, « le réseau, par définition, fait lien entre des lieux séparés. S'il crée de multiples liaisons, relations, connexions entre lieux, individus ou institutions, c'est que justement ces lieux, individus ou institutions sont coupés les uns des autres. Le réseau, c'est ce qui relie ce qui a été préalablement séparé ».

La famille, sous ce regard, aurait donc d'autant plus besoin de « réseau » qu'elle serait d'ores et déjà séparée en de multiples molécules égotistes. Loin de « dynamiser les réseaux familiaux », nos objets et services de l'ère numérique ne seraient que des rouleaux de scotch hi-tech posés sur la plaie béante de nos relations familiales depuis longtemps dynamitées par les évolutions de nos sociétés occidentales. Alors que « la famille se décompose et se recompose » comme le souligne l'un des articles du dernier forum en ligne, notre nouveau monde connecté ne ferait que souligner de la plus cruelle façon l'explosion du cercle familial, que celui-ci soit large ou restreint.

L'idée d'un réseau social pour la famille en devient d'autant plus absurde : pourquoi diable le fils et sa mère, la fille et son grand-père, voire le père et son cousin auraient-ils besoin d'un réseau social protégé pour se parler et se voir à distance ? Ils habitent à des centaines de milliers de kilomètres les uns des autres ? Un simple service de visio à la Skype suffit. Il y a même un étrange objet, très pratique pour se parler, qui s'appelle le téléphone. Et s'ils vivent dans la même région, la même ville ? Prendre rendez-vous ?... Vous n'y pensez pas ? Les fils de barbelés virtuels nous rassurent. Ce réseau social, rien que pour la famille, ne masque-t-il pas la vérité du gamin, là juste à côté, qui se connecte à ses potes ou à son jeu en ligne pour mieux se déconnecter du cocon qui l'étouffe ? Le réseau social, d'ailleurs, est mieux façonné pour cultiver les liens faibles, entre vagues relations, que les liens forts entre personnes qui, déjà, se sont engueulées mille fois. Car c'est bien ça qui fait tout le sel des familles : les vraies engueulades, les claques qui se mêlent d'une empathie réelle, physiquement éprouvées... Et pourquoi aussi virtuelles ? A défaut de cybersexe, pour quand des connexions avec de vraies cyberclaques ?



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