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Et si... ? 26/11/2014

Et si les Web séries avaient déjà enterré nos bonnes vieilles séries TV ?

L’étonnant Patrick McGoohan est à la fois le concepteur et l’acteur principal de l’une des séries télévisées les plus déjantées et les plus puissantes jamais réalisées : Le Prisonnier (1967) . Il y joue le rôle d’un ancien espion, n°6 du « Village » où il est enfermé… Et si les Web séries nous permettaient de retrouver la folie, perdue depuis, de ce feuilleton mythique ?
Connaissez-vous Le visiteur du futur ? Avez-vous déjà vu les Voisins du dessus ? Ou entendu parler de World of Jean-Pierre ? Si non, c’est que vous avez raté l’un des tout derniers train de l’innovation en mode numérique, qui, fin novembre, faisait titrer ainsi l’hebdo gratuit A Nous Paris : « Webseries, une révolution dans la fiction ? »…

Web-séries, Série Web, Série Internet, streaming Webserie, et ainsi de suite… Tous ces vocables désignent peu ou prou la même chose : une fiction à épisodes multiples, écrite pour et diffusée sur le Net. Le phénomène est né avec la première génération d’internautes, guère mobiles, mais s’est développée avec l’apparition du Web 2.0. S’il s’agissait dans un premier temps d’œuvres de simples amateurs, le plus souvent geeks (Les potes du 7ème en 2003), la filière s’est, depuis, professionnalisée à tel point qu’elle est en passe de ringardiser les réalisateurs à l’ancienne, à la mode hertzienne. Pour preuve : même des marques (comme Citroën) font leur casting dans cette pépinière de réalisateurs aux productions à bas coûts mais hauts débits. Et plus que tout, ces nouveaux auteurs sortis des entrailles de la blogosphère peuvent faire valoir des millions de fidèles, qui scrutent et guettent chaque nouvelle fenêtre du genre.

Noob a montré la voie : à partir d’un jeu vidéo en ligne lancé dès 2008, Horizon 1.0, son créateur a imaginé une série crossmédia qui en reprend les principes sous forme de fiction. La campagne de crowdfunding , initiée par Ulule en 2013, a battu tous les records : près de 700 000 euros, soit 2000 % de l’objectif, mais aussi plus de 30 millions de vues sur Internet et des centaines de milliers de fans et des déclinaisons multiples (appli, jeu vidéo, BD, Blue-Ray…). Ce n’est pas la seule série native du Web à bénéficier d’une telle notoriété, donc d’une audience assurée. Aux Etats-Unis, la web-série Sanctuary a ainsi été rachetée par l’opérateur Syfy afin de convertir sur l’écran TV son succès sur la toile.

Sanctuary mais aussi Le visiteur du futur ou Hero Corp sont désormais les symboles de ces programmes courts devenus de vraies séries à la forte consistance narrative. En France, Marseille abrite même depuis octobre 2011 un Web Fest, rendez-vous international dédié à ce nouveau genre de fictions. On peut tout autant y découvrir les ultimes délires de bidouilleurs potaches, diffusés sur YouTube & co, que les dernières perles produites par des studios pro, hébergées sur les sites des grands médias TV. Et la tendance générale est à une augmentation de la qualité, corollaire de la quantité. Il existe même un box office des Web séries !

Ce fulgurant essor est à mettre en regard d’une autre pratique qui révolutionne l’univers des média traditionnels : on débranche le téléviseur pour aller zieuter l’ordinateur, en mode replay . C’est aussi ce que raconte, entre les lignes, la réussite de séries made in USA, voire portées par Arte et Canal +, dont l’audience se mesure autant sur les classiques pics de diffusion que sur l’énorme effet de type « longue traîne », à l’image des séries produites par HBO, comme Game Of Thrones. Le succès de la plate-forme PapyStreaminget la percée de Netflix , qui a elle-même produite House of Cards, sont d’autres indicateurs de cette tendance de fond.

Reste qu’au-delà de cette consommation, de passive à active, l’enjeu se situe en amont de la création : dans une nouvelle façon de tisser des histoires, plus à la manière de Racontr que d’un scénar’ à la Derrick . « Le futur du storytelling », ni plus ni moins : tel est en effet la promesse de Racontr, dont l’ambition est d’aider à la création de contenus interactifs. À la clef, il s’agit finalement d’adapter l’écriture audiovisuelle aux nouveaux usages du grand réseau communautaire, donc de créer des objets hybrides, des projets « collaboratifs » ou « cross media » où le téléspectateur devient acteur, entendez en capacité de faire des choix scénaristiques. Cette possibilité d’agir, d’intervenir, de changer le cours du destin de tel ou tel personnage a notamment été testée dans Anarchy, une série dont le scénario mute en fonction des choix des internautes et dont chaque épisode est tourné en trois jours, top chrono. Dans le même état d’esprit, un jeune Parisien a initié Mes Voisins Baisent, en réaction aux nuisances sonores qu’il subissait dans la vraie vie de la part d’une voisine qui « faisait un bordel symphonique tous les soirs ou presque ». Sa provoc’, postée sur YouTube sous forme de pastille sonore, a suscité des réactions en chaîne : le jeune homme a reçu un tombereau d’appels à contributions, et du coup il a lancé une Web série dédiée. Ou quand la réalité rattrape la fiction…



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