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Et si... ? 16/10/2014

Et si Google avait tué Google ?

Dans cette œuvre d’octobre 2009, Backward Rain Forecast , Claude Closky transforme les tags de Google Maps en gouttes de pluie renversées. Est-ce un écho des pluies acides ou de la transformation du climat ? La carte semble pleurer la transformation du monde. Ou de Google ? Depuis les années 1990, beaucoup d’artistes détournent Google Maps.
Google aurait assassiné Google. Casimir le monstre gentil aurait muté. Dévoré de l’intérieur par un esprit malin, il serait devenu Godzilla, bête diabolique privilégiant son intérêt de carnivore e-capitaliste par rapport à sa mission de toujours : faire le bien sur la Toile. D’où l’appel à un super héros : la Commission européenne, afin que ce vengeur masqué – mais lent – zigouille Google Godzilla et fasse renaître Google Casimir.

Telle serait, résumé en forçant quelque peu le trait, le message de la campagne Focus on the User , lancée par Yelp , Tripadvisor et quelques autres acteurs moins repérés du Web. Google, rappelons-le, revendique peu ou prou 90% des parts de marché des moteurs de recherche dans le monde, et plus de 95% en France. Aujourd’hui, toute demande à dimension locale, genre la quête éperdue d’un restau pas cher dans le ghetto de la Tour Eiffel, y suscite en première page l’apparition d’une carte taggée ainsi que d’un encart valorisant des lieux particulièrement plébiscités. Et c’est là où Godzilla le méchant écrabouille Casimir le gentil : plutôt que de valoriser, sans considération pour la source des commentaires et selon sa règle de bienveillante neutralité algorithmique, les bouges aux avis les plus nombreux et élogieux, Google privilégierait outrageusement les résultats de son propre réseau social Google+. La preuve : des ingénieurs de Yelp et Tripadvisor ont créé un ersatz de simulation du Google Casimir – le moteur encore gentil, objectif et bon – et ce sont bien sûr les lieux conseillés par les ouailles de Yelp et Tripadvisor qui y délogent ceux de Google+ au top de la recherche…

Côté docteur Jekyll, Yelp et Tripadvisor nous offrent un vrai compte de fée : Google devrait de nouveau « se focaliser sur l’utilisateur » plutôt que sur son nombril le plus profitable, et ainsi redevenir Google. Côté Mister Hyde, ils hurlent à la fenêtre de la Commission européenne, qui s’emberlificotte depuis le 30 novembre 2010 dans une « enquête antitrust » pour « abus de position dominante », lancée contre Google à une époque où Google+ n’existait pas…

Google est une super puissance qui mérite d’être déshabillée. Une hydre à multiples têtes, grosses ou petites, plus ou moins en open source comme Android ou sous logiciel propriétaire comme Picasa. Mais au-delà de son expansion dans la santé ou la robotique, ce monstre paradoxal a-t-il changé ? Tout comme Yelp et Tripadvisor, n’a-t-il jamais cajolé autre chose, sous prétexte de nous aimer, que son ventre proéminent ? Les initiateurs de Focus On The User ne veulent pas s’extirper de l’écosystème de Google, et surtout pas nous aider à le contourner. Ils veulent plutôt en devenir des pachas.

Ne vaudrait-il pas mieux, sous ce regard, oublier les film de monstres et s’intéresser à des histoires de dissidence gauloise ? « Nous sommes en 2014 après Jésus-Christ. Toute la toile est occupée par des services centralisés... Toute ? Non ! Une communauté peuplée d'irréductibles libristes résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les garnisons des camps retranchés de Fermentum, Centralisum, Espionnum et Privatum... », peut-on lire sur la page d’accueil de l’opération Dégooglisons Internet que vient de lancer l’association Framasoft.

Framasoft, qui défend le logiciel libre et des solutions décentralisées type peer to peer depuis que Google était un simple bébé vorace à l’université Stanford à la fin des années 1990, a décidé de proposer d’ici 2017 une alternative à chaque service ou presque des géants du Net. Exemples : Framapad en lieu et place de Google Docs pour travailler à plusieurs sur un nuage collaboratif ; Framasphère, nœud du réseau social libre Diaspora comme solution plus éthique que Facebook, sans profilage de tous et exploitation des données personnelles ; Framanews pour feu Google Reader ; d’ici la fin de l’année si tout va bien Framasearch pour Google Search ou en 2017 Framamail pour Gmail…

Il suffit certes de quelques secondes à Google pour gagner le budget sur trois ans de Framasoft. Framasoft contre Google, c’est Bambi contre Gotzilla. Ou un petit gaulois sans potion magique contre les drones et les cyborgs de l’armée des Etats-Unis. Sauf qu’il existe un moteur sans enregistrements de nos quêtes, qui jamais ne nous dira ce que nous voudrons demain : DuckDuckGo . Sauf qu’aucun internaute n’est obligé de se prélasser éternellement dans un univers de bonheur marketing entièrement googlisé. Et que le Net n’est et ne sera jamais L’Ile aux enfants.


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