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Rencontres 05/06/2013

Forum Changer d'Ere #1

Le 5 juin 2013, à la Cité des Sciences & de l'Industrie, s'est tenu la 1ère édition du Forum Changer d'Ère. Dans le cadre de cette journée, le Digital Society Forum a organisé un atelier « Générations numériques », sur le thème « Construire sa vie » et a participé à la Table Ronde « Le numérique, catalyseur du changement ? ».


Atelier rencontre
atelier Générations numériques « Construire sa vie »
Itinéraires individuels : comment le numérique peut faciliter la construction personnelle et professionnelle de chacun.
Effets collectifs : comment ces projets peuvent favoriser les coopérations et donc la transformation de la société.


Synthèse

Cette rencontre à pris la forme d'un dialogue entre, de "jeunes" innovateurs :
- Flore Berlingen, Co-Fondatrice de OuiShare : ouishare.net ,
- Johan Weisz, Fondateur et directeur de la rédaction de StreetPress : streetpress.com ,
des experts/penseurs :
- Daniel Kaplan, Fondateur et Délégué Général de La FING Fondation Internet Nouvelle Génération : fing.org ,
- Christophe Aguiton, Chercheur au Département SENSE Sociologie & Economies of Networks and Services d'Orange Labs,
et le public.


Synthèse de l'atelier

Présentation : Thierry Taboy, Directeur des enjeux sociaux et sociétaux à la direction Responsabilité Sociale d'Entreprise (RSE) Orange Groupe.
Le numérique a un impact avéré sur nos vies, nos comportements collectifs et individuels. Orange est un intermédiaire entre des clients et le monde de l’Internet. Nous cherchons à initier, avec des partenaires, une conversation sur les impacts du numérique dans notre vie quotidienne. Nous avons donc lancé le projet Digital Society Forum autour d’un site web participatif qui explore différents sujets liés à l’immersion numérique et évolution sociétale.



Introduction : Christophe Aguiton, chercheur à Orange Labs
L’objectif de cet atelier rejoint l’un de ceux du Forum Changer d’Ère : faire discuter et échanger les différentes générations. Ici avec Flore Berlingen, co-fondatrice de OuiShare, Johan Weisz, fondateur de Street press, et Daniel Kaplan, directeur de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), l’un des meilleurs think tanks sur Internet en France et qui édite la lettre Internet actu que vous retrouvez aussi sur Le Monde.
Ces débats s’organisent en deux temps et sur deux axes : comment ces expériences permettent de construire sa vie, de se réaliser ? Comment ces expériences participent d’une évolution positive de nos sociétés ?

Flore Berlingen, fondatrice de OuiShare
Oui share est une communauté d’acteurs qui encouragent et accompagnent le développement l’économie collaborative : des journalistes, designers, entrepreneurs, chercheurs, étudiants… L’économie collaborative, telle qu’on la définit à OuiShare, c’est l’ensemble des modèles économiques émergeants qui reposent sur la collaboration, les échanges de pair à pair, la construction de lien social, et qui renouvellent la façon d’entreprendre.
OuiShare est un terreau fertile pour des individus et des trajectoires personnelles :
- c’est Morgan qui revient d’un VIE (Volontariat International en Entreprise) et qui peut ainsi être rapidement informée des initiatives positives et optimistes en France pour entreprendre ;
- c’est Maxime qui avait un projet de webdoc, et qui a trouvé ici le tremplin pour démarrer son projet ;
- c’est Amad à Damas en Syrie qui a démarré le premier Forum OuiShare dans un contexte particulièrement difficile mais avec les encouragements de toute la communauté OuiShare dans le monde.



Johan Weisz, fondateur de Street Press
Street press a un peu plus de trois ans. C’est un site d’information en ligne pour des lecteurs entre 20 et 35 ans et c’est une équipe de 6 journalistes et de collaborateur/reporters bénévoles. Les médias traditionnels nous ont semblé trop éloignés de nos préoccupations et s’adressant à des publics plus âgés. Nous voulions une information qui évoque le quotidien de chacun, que ce soit dans le XIXè arrondissement ou au-delà du périphérique. Enfin, on voulait faire une rédaction ouverte, « In real life » : c’est une rédaction qui aide à la réalisation de sujets avec nos lecteurs. Ce journalisme citoyen entre professionnels et citoyens nous semblait plus apte à augmenter la qualité éditoriale, pour raconter une réalité vécue et être sur cette notion de partage si importante.



Daniel Kaplan, directeur de la FING
Je rencontre tous les jours des gens qui portent des sujets incroyables et innovants, projets qui auraient été portés avant sur le terrain politique. Des jeunes générations inquiètes, et à juste titre, de l’avenir, et inquiètent des entreprises dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas. Inversement, je vois des entreprises qui ne comprennent pas non plus à qui elles ont à faire. Et d’ailleurs ça leur coûte cher en recrutement, fidélisation...

On mène en ce moment un projet sur le travail : comment tirer parti de ce processus d’individualisation, une aspiration dont témoigne déjà la littérature du XIX et qui est aujourd’hui une véritable injonction : « deviens-toi même », nous disait il y a quelques années la campagne de com. de recrutement pour la Défense du pays. Problème, on n’a pas les systèmes sociaux et les entreprises qui fonctionnent avec ça : pas d’investissement à long terme, externalisation maximale, interdiction des réseaux et outils mobiles au travail, etc. Donc, on essaie de voir comment ces réseaux sociaux et outils numériques peuvent construire un parcours professionnel et participer à son développement. Comment les entreprises peuvent considérer ces aspects comme des opportunités pour que ces moments vécus au sein de l’entreprise constituent un enrichissement de ce capital personnel pour la suite.



Intervention salle : Street press est un modèle entre Huffington post et la presse locale qui fait travailler des journaliers. Comment, du point de vue de la formation et de la compétence, un non professionnel peut apporter une plus-value éditoriale à des journalistes ? Votre modèle permet-il le paiement de dividendes… Autrement qu’en termes de dividendes émotionnels, comme on le disait ce matin avec Kiss kiss bank bank ? Comment des personnes qui ne sont pas identifiées comme un média peuvent renouer ce fil de confiance avec les lecteurs ?

Johan Weisz : le journalisme est à ce point formaté qu’il n’a plus de crédit. Exemple : les sujets de JT dont on n’a plus confiance et qui sont tellement prévisibles. Nous, on s’adresse à une cible qui cherche à s’informer, pas à se divertir. Nous créons de la valeur informationnelle en mettant en interaction des bénévoles « naïfs » et ayant une démarche d’authenticité, et des journalistes professionnels. On fait aussi de l’éduction informelle pour les bénévoles, les jeunes surtout, avec ce projet (déficitaire) de la Street school… Mais c’est un modèle copié par Le Monde avec Le Monde académie et qui montre l’ajout de valeur : les journalistes sont là, au fil de l’eau, et aussi dans des processus de formation dans les quartiers par exemple, qui initient de nouveaux reporters.

Intervention salle : la crise du journalisme n’est pas celle du système média dans son ensemble. La condition actuelle du journalisme est celle d’un « journalisme assis » par manque d’argent. Votre modèle est sans doute une solution pour une quinzaine de personnes mais ne représente pas une réflexion sur un système en général. La maîtrise de l’outil informatique va-t-il pouvoir révolutionner l’empire médiatique ? Aujourd’hui c’est bien une révolution politique du journalisme qu’il faut faire, comme les Assises de l’audiovisuel aujourd’hui avec Aurélie Filipettiti le montre pour gérer ce que sera France Télévisions… ?

Intervention salle : j’apporte mon soutien à Street press car cette carrière du journalisme est très élitiste, demandeuse de diplômes, et finalement dogmatique en reposant sur des différences sociales…

Johan Weisz : cette situation de crise est triste pour le journalisme ; dans l’esprit de ce Forum Changer d’Ère, on n’a jamais voulu donner de leçons à qui que ce soit, encore moins à des grosses machines comme les JT nationaux… On a créé Street press pour pouvoir passer un an si on le veut sur un sujet. Notre business model est très particulier, il n’aurait jamais intéressé la banque pour nos investissements initiaux puisque j’ai demandé un prêt pour refaire ma salle de bain ! Donc, on s’est appuyé sur un financement avec des programmes de formation pour les jeunes des quartiers payés par les collectivités, puis de la publicité et, enfin, sur un service de production de vidéos institutionnelles, faites par des reporters bénévoles et rémunérés jusqu’à 50% des budgets.



Daniel Kaplan : une de nos études a bien montré la montée en puissance de systèmes d’informations ou d’expériences sociales basés sur la confiance (commentaires de restaurant, information partagée sur le diabète, coachsurfing ou covoiturage…). Les gens ont tellement envie de rechercher l’avis d’un pair, qu’ils vont repérer quels sont les faux avis. Pas de processus de validation ni de contrôle : les utilisateurs apprennent à décrypter le vrai du faux. Les experts, les médecins, les journalistes ne sont plus des référents incontestables. La confiance monte entre les individus. Et la fidélité à la marque est morte : c’est le fruit d’un système économique qui est allé au bout de l’industrialisation et de la mécanisation dans lequel l’individu est nié. Oui, on peut se plaindre de cette situation mais il faut regarder ces initiatives, petites mais très nombreuses, qui font partie des étincelles grâce auxquelles on va refonder les choses.

Flore Berlingen : ces expériences transforment en effet la société mais pas avec des approches idéologiques. Oui Share est un lieu de rencontre entre des communautés de militants et d’entrepreneurs ayant des valeurs communes autour du lien social et d’un bien commun pour agir : « so fuckin’ do it ! ». Même sans financement, on essaie de montrer que ces initiatives sont possibles par la mise en mouvement et la culture de la « confiance a priori ». C’est aussi une culture du feed back bienveillant qui aide à avancer.



Intervention salle : l’évolution « bousculée » vécue par le journalisme est vécue aussi par l’industrie musicale, l’industrie de la vidéo ou des télécoms puisque chacun peut faire un logiciel de voix et de partage sur Internet, ce n’est plus l’apanage de l’opérateur télécom. On ne peut pas demander aux politiques de stopper cette évolution pour revenir à des modèles antérieurs.
Dans mon métier, je fais travailler des jeunes de la génération Y et je les vois travailler et, toujours, avoir une seconde corde à leur arc en ayant des projets professionnel à eux. Ce sont tous des entrepreneurs.

Intervention salle : ces systèmes ouverts apportent un bénéfice en termes de démocratie. Mais ce sont toujours les mêmes qui participent : des gens éduqués qui ont la culture pour. Comment faire pour que cette « ouverture à priori » puisse devenir une « ouverture a postériori » avec des gens que l’on n’imagine pas d’emblée sur ce genre de projets ?

CONCLUSIONS


Johan Weisz : si Street press s’était construit dans les années 70-80 ou 90, on n’en serait pas là aujourd’hui, car la différence vient du numérique qui permet un cadre ouvert. On se construit à la périphérie en faisant ce qu’on pense être bien, et puis un jour on se voit repris dans les médias traditionnels, car les réseaux fonctionnent. De même, on retrouve dans des grandes rédactions, des journalistes passés par Street press alors qu’ils n’avaient pas les diplômes requis. Je pense que c’est comme ça qu’on change le monde, pas en s’opposant mais en traçant son chemin. Et quand on dit que la porte est ouverte, il faut aussi aller sur le terrain, monter des programmes dans les quartiers, et témoigner de cette ouverture.

Daniel Kaplan : ce que je vois dans ces réseaux, c’est une génération d’entrepreneurs indignés. Et comment leur dire que ce n’est pas bien quand on voit le succès des actions politiques passées et des générations engagées pour changer positivement le monde…
En ce moment, on mène un travail prospectif, Questions numériques, qui s’est porté sur les promesses du numérique, dans la mobilité, l’environnement… On voit que les techniques et les pratiques individuelles ou scolaires sont prêtes… Mais dans les systèmes, rien ne s’est passé : la mobilité est la même, les voitures sont les mêmes, les systèmes éducatifs idem, la croissance est plus verte grâce à l’exportation de nos pollutions industrielles en Chine, etc. Donc il va falloir refaire de la politique mais j’espère qu’avec ces nouvelles pratiques, on va pouvoir aller plus loin.

Flore Berlingen : la notion d’ouverture à ceux qui ne sont pas encore dans ce processus me tient à cœur. Nous essayons de créer les outils qui permettent de s’emparer des projets dans une logique de documentation, chère aux développeurs de logiciel en open source. Et nous essayons d’aller là où les gens sont : sur Facebook même si ça ne correspond pas totalement à nos valeurs, et dans la vie réelle avec nos événements et rencontres, « In real life ».

Christophe Aguiton : ce rapport aux classes privilégiées est quand même questionné dans l’Histoire. Rappelons-nous que l’accès à Internet, était au départ privilégié par les militants, les chômeurs et sans papiers, car il n’avait pas accès au téléphone, au courrier, etc. Aujourd’hui on remarque surtout une rupture générationnelle, plus que sociale, dans les accès aux réseaux sociaux.
Enfin, le Digital Society Forum, c’est une participation à des événements comme celui-là mais c’est aussi en ligne sur www.digital-society-forum.orange.com, avec des textes et des débats, et aussi sur La Fing, et Psychologie magazine qui sont nos partenaires.
Merci d’avoir participé à ce débat et à très bientôt…Le 13 juin, à la Cantine !





Vidéos

l'atelier en vidéo

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Photos

l'atelier en image


 


L'atelier vu par Chereau


 


 







Table ronde
Le numérique, catalyseur du changement ?
Dirigée par Brice Couturier, avec Reda Benkirane, Thierry Taboy, Valérie Belhassen et Adrien Aumont

La synthèse


Gaël Sliman / résultats du sondage BVA/Le Monde :

la priorité pour les Français n’est pas le numérique mais la défense des services publics, des PME, la qualité du Made in France, la santé et l’agroalimentaire. Même si les Français ont conscience de l’intérêt du numérique en termes de création d’emploi.

Brice Couturier :

pour tout changement de civilisation, il y a une technique ou une énergie nouvelles (la révolution du porte-containers, par exemple). Cette table ronde est placée sous le terme de la catalyse, c’est-à-dire de l’accélération d’un phénomène en cours.

Valérie Belhassen :

l’expérience du numérique vécue depuis la banque est forte dans notre relation client et dans notre management. Chacun a un accès au numérique, donc il y a des changements de comportement dans la consommation et le rapport à autrui. Comment la proximité garde-t-elle du sens pour maintenir la confiance ? Finalement, la vraie rupture est maintenant, après de nombreux essais infructueux depuis les années 2000. Notre défi est de créer un continuum entre banques numérique et physique.
On bascule d’une économie de produit vers une économie de services. Il faut aussi créer de la cohérence avec le cross canal, entre les actions individuelles et organisées par nos guichets. Les traces numériques créent aussi un Big data important à analyser pour nous. Le jeu est aussi un outil de transmission d’information et de recrutement. Aujourd’hui, le leader doit être suivi, coopté et reconnu là où il était imposé avant. Le leader est dans un écosystème où il doit montrer le chemin, les valeurs et le sens. L’évolution est aussi importante du coté des apprentissages qui ne sont plus vécus comme indispensables : on recherche de l’information et on distingue mal connaissances et opinions, savoirs et avis.



Reda Benkirane :

en tant qu’anthropologue, je veux comprendre la place de l’homme face au numérique. Le monde post-occidental passe par une standardisation aidée par la communication. Le numérique m’intéresse du coté politique et social. Les révolutions arabes ont donné un bel exemple de contestation par des jeunes « digital native » bien formés. C’est une jeunesse qui n’a pas de perspectives comme on l’expliquait avec cette génération Y globale. Printemps arabe, mouvement érable, mouvements en Turquie, Indignés… Pas de chef, pas de parti, mais toujours des jeunes et des femmes, réunis autour des valeurs de dignité et d’égalité, et sous le terme « dégage ! ».
Ces nouvelles technologies jouent un rôle de catalyseur, synchronisent les consciences et mettent en phase différentes cultures. Il y a un rôle émancipateur des TIC mais ne nous leurrons pas : la technologie nous donnera ce que nous en ferons. C’est le remède qui soigne et qui tue. D’ailleurs, les pouvoirs en place répriment aussi grâce et via le numérique. Donc mon conseil : être prudent (cyber sécurité, guerre sans combattants déshumanisante) et constructiviste dans la démarche.



Thierry Taboy :

le numérique permet d’innombrables occasions de conversation, de catalyse. Notre rapport aux autres a été modifié en profondeur, déjà. Chez Orange à travers le Digital Society Forum, on essaie de retrouver des visions croisées pour donner à voir ce qui est en oeuvre. J’aime le terme de conversation car cela met sur un pied d’égalité, et non plus de sachant face à des profanes. Ces technologies sont un apport pour aider à faire. Il s’agit d’un Lego pour aider les autres à créer des services. On essaie chez Orange de développer des plates-formes pour faciliter la création d’entreprise et les échanges entre elles.



Adrien Aumont :

le cross founding permet un financement participatif de projets créatifs et innovants. En échange de votre financement, vous avez un retour
émotionnel au projet et un lien social avec les créateurs. Avoir des dividendes mais pas financiers, c’est le « Reward based ». Si cet argent a été mis sur des projets créatifs et innovants, c’est qu’on peut faire dire autre chose à l’argent… Je « sauve » de l’argent et cela, en regard des faibles taux d’intérêt que j’aurais pu escompter en tant que petit épargnant. Idem que pour le covoiturage ou le coachsurfing : je crée une relation souvent durable. Je passe par La ruche qui dit oui pour acheter mes fruits et légumes à des producteurs de proximité mais aussi et surtout, je les connais ! Je consomme juste puisqu’ils sont « price makers » et je consomme sympa puisque nous devenons amis.
Bref, cette économie collaborative est finalement un « retour à l’avant » grâce au numérique. D’autres acteurs de ce système D vont émerger. Une société interpersonnelle est née et permettra une nouvelle autonomie des individus, des acteurs. C’est un modèle qui cherche à se penser d’un point de vue administratif, voire politique, et qui peut impacter tous les secteurs, finance mondiale comprise pourquoi pas ! Il s’agit de nouveaux objectifs de société.






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