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Et si... ? 14/02/2014

Et si Google était Dieu plutôt que le Diable ?

Dans La lumière aveuglante (2013-2014), mounir fatmi superpose deux miracles à plus de cinq siècles d’intervalle : au tableau de Fra Angelico, La guérison du diacre Justinien, sauvé avec l’aide de Dieu par la greffe d’une jambe noire, répond la magie du bloc opératoire, donc de la technoscience. L’une des versions de l’œuvre est à la Galerie Yvon Lambert à Paris jusqu’au 28 février 2014 .
Courtesy © mounir fatmi / Galerie Yvon Lambert .
En moins d’une semaine, Google est devenu le Diable aux yeux des médias et du grand public français. Mais un diable auquel le Président Hollande a finalement offert un savoureux repas, le 13 février dernier au restaurant La Folie à San Francisco, lors d’un déjeuner avec ses angéliques ministres et une horde de diablotins de la Silicon Valley parmi lesquels de grands sorciers de Twitter et Facebook. Entre la poire et le fromage, ce n’est pas lui mais son fidèle Montebourg qui aurait glissé un mot à son collègue président du conseil d'administration de Google, Eric Schmidt, à propos du léger redressement fiscal, d’un demi milliard d’euros, que son administration aimerait lui infliger. Pas de commentaires de François Hollande lui-même auprès des journalistes, si ce n’est, benoîtement, une gentillesse diplomatique : « Il peut y avoir des règles mais on peut discuter », puis une révélation à propos de cette tablée que l’on croyait naïvement composée des enfants cybernétiques de Satan : « Ils sont humains ».

Tout a débuté dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 février. Sur la blanche page, immaculée, du plus fameux moteur de recherche de la planète est apparu un message de la CNIL, ou Commission nationale de l’informatique et des libertés. Le peuple de France et de Navarre a ainsi découvert que ce bon Google, ayant décidé le 1er mars 2012 de « fusionner en une seule politique les différentes règles de confidentialité applicables à une soixantaine de ses services », ne s’embarrasse guère de préjugés quant à la captation et l’usage immodérés de nos données personnelles. Et c’est à peine s’il nous prévient, le bougre, qu’il nous trace, qu’il enregistre nos recherches et autres pérégrinations sur ses services pour mieux anticiper nos désirs et accessoirement mieux vendre ses pubs basées sur sa connaissance intime de nous autres, abeilles internautes qui butinons sans cesse sur la Toile. La CNIL l’a en conséquence puni de 150.000 euros… Une peccadille au regard des 17 milliards de dollars payés par la firme en novembre 2013 pour échapper aux poursuites de trente-sept États américains et du District de Columbia dans le cadre d’une affaire de contournement des options de confidentialité du navigateur Safari. Mais ce n’est que le début d’une nouvelle guerre dans les cieux. Car le parlement européen envisagerait des amendes jusqu'à 100 millions d'euros ou 5 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour ces multinationales qui piocheraient dans l’Eldorado des données personnelles sans égard pour le commun des mortels…

Nouveau symbole de sa toute puissance : le lundi 10 février, Google est devenu à Wall Street la deuxième capitalisation boursière de la planète, dégageant ExxonMobil pour se positionner juste derrière le champion Apple.

Depuis ses origines, Google veut être le relais de toute l’information de l’univers. Non comme le Créateur omnipotent de la Genèse, mais tel un Dieu omniprésent mais discret, plus protestant que catholique. Si Google est partout, c’est comme si de rien n’était. Et, de fait, il est vraiment partout. Non seulement sur nos écrans et nos poches via les smartphones sous Android, mais dans nos maisons via la Google TV ou Nest, cador de la domotique qu’il vient de racheter pour 3 milliards de dollars, dans la robotique dont il vient de s’offrir les huit principales sociétés, dans la lutte pour l’immortalité ou pas loin avec Calico, filiale qui a pour ambition d'augmenter l'espérance de vie de vingt ans d'ici à 2035. Et puis il y a cette transformation du moteur de recherche en intelligence artificielle, ou ses voitures sans chauffeurs, tout droit tirées d’un paradis à la Minority Report, qui semblent conduites par quelque ange invisible.

Faut-il donc craindre cette cyber divinité, semble-t-il si diabolique ? Que les résistants du petit village gaulois se rassurent : la surveillance, c’est le boulot de la NSA . Google, s’il optimise allègrement son imposition en Europe et aux Etats-Unis, ne veut que notre Bien. Que notre confort. Il ne nous impose rien, à nous qui l’enrichissons à l’insu de notre plein gré. Et c’est bien pourquoi nous devons lui imposer nos désirs de reprendre le contrôle de nos données. Bref, puisqu’il est si gentil, que Dieu nous rende la maîtrise de ce double digital de nous-mêmes qu’il construit pour mieux nous satisfaire.


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