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Partenaires 13/12/2018

L'IA, bien identifiée mais méconnue, peine à soulever l'enthousiasme

Un sondage commandé par l'observatoire Impact AI montre que l'intelligence artificielle est bien identifiée par les Français, mais qu'ils la connaissent mal et sont partagés sur l'impact qu'elle pourrait avoir.

Selon un sondage IFOP réalisé pour Microsoft (rapport complet en source de l'article) dans le cadre du collectif #ImpactAI (« Notoriété et image de l’intelligence artificielle auprès des Français et des salariés »), les Français sont une majorité à avoir entendu parler de l’intelligence artificielle (IA). Ils ont souvent une opinion à son sujet, mais sans forcément savoir ce qu’elle recouvre précisément.



L’IA : identifiée mais méconnue


Plus de trois quarts des personnes sondées (88%) déclarent avoir déjà entendu parler de l’intelligence artificielle. Mais elles sont moins de la moitié (48 %) à savoir précisément ce qu’elle recouvre.
Cette méconnaissance se précise quand on demande aux sondés qui connaissent l’IA s’ils l’ont déjà utilisé dans leur vie professionnelle et leur vie quotidienne. Ils sont moins d’un quart à dire « oui ». Pourtant, 70 % disent avoir utilisé des propositions de mots pour corriger ou compléter un texte sur smartphone ou tablette, 50 % des assistants vocaux sur smartphone ou tablette (Siri, Alexa, Cortana), 31 % un agent virtuel dialoguant avec un utilisateur (comme Chatbot sur Messenger, par exemple), et 28 % disent avoir utilisé un outil permettant la reconnaissance faciale des photos.

Alors que l’IA est de plus en plus utilisée au quotidien (dans les assistants vocaux de smartphones, dans certaines boîtes mails pour mieux identifier les spams, ou dans les moteurs de recherche pour préciser les résultats…), elle n’est pas identifiée comme telle. Comme Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir, les sondés utilisent déjà l’IA sans s’en rendre compte.



Une bonne image, fondée sur une vision pragmatique et idéologique


Presque trois quarts des sondés ont une bonne image de l’intelligence artificielle (73%). Presque deux tiers (63 %) disent lui faire confiance.
Il est intéressant d’observer sur quoi se fonde cette représentation favorable. On observe deux « axes » de représentation principaux : celui des avantages pragmatiques et celui de l’idéologie du progrès.
Côté pragmatique, deux tiers des sondés évoquent le fait que l’IA peut simplifier la vie, faciliter certaines tâches, prendre en charge des tâches pénibles, faire gagner du temps ou de la productivité.
Côté idéologie, ils sont presque 20 % à justifier leur image positive de l’IA par le fait qu’elle représente le progrès et qu’elle est innovante.
A ces deux axes principaux, on peut ajouter un champ minoritaire, celui du « care » et de la connaissance : une minorité des sondés estiment que l’IA permettra d’élargir les connaissances (4%), de pallier les insuffisances humaines (2%), améliorer l’aide aux plus fragiles (2%), et aura une utilité en médecine (1%).

L’« humain » au centre des représentations négatives de l’IA


Parmi des termes fréquemment associés à l’IA, côté positif, c’est le terme « utile » qui semble le mieux correspondre à l’IA. Côté négatif, c’est « déshumanisant » qui l’emporte.

De fait, le quart des sondés qui ont une image négative de l’IA citent des craintes liées à « l’humain ». Ce qui les inquiète avec l’IA, c’est la perspective qu’elle remplace l’humain, détruise des emplois, nous rende dépendants à la technologie et érode notre libre arbitre, pose des problèmes de protection des données personnelles, dégrade l’intelligence humaine qui aura pris l’habitude d’être remplacée…
Parmi le tiers qui s’en défie, les deux premières sources de défiance citées sont le risque de destruction d’emploi et les risques portant sur la sécurité et la protection de la vie privée. Vient ensuite la crainte que l’IA ne dépasse l’intelligence humaine, à égalité avec le risque d’erreur d’interprétation.
On peut noter que si les sondés connaissent mal l’intelligence artificielle, le fantasme de la Singularité (le jour où les machines seront plus intelligentes que les hommes) ou celui d’un monde contrôlé par les machines est très minoritaire dans les réponses. Les craintes qui s’expriment touchent à des risques tangibles, aux conséquences sociales réelles, mises en avant par la communauté scientifique et certains chercheurs.



Une acceptation sans franc enthousiasme



On ne peut pas non plus dire que l’IA remporte une franche adhésion : seuls 17 % des sondés disent « adhérer totalement ou presque au développement de l’IA ». Ils ne sont aussi que 17 % à se dire contre. La majorité des sondés considère que c’est une technologie « indispensable », sans adhérer particulièrement à son développement. 16% des sondés disent d’ailleurs ne pas s’intéresser pas particulièrement aux débats qui l’entourent.

L’IA favorisera les entreprises mais pas l’emploi


Les sondés sont une forte majorité (entre deux tiers et trois quarts selon les secteurs) à estimer que l’intelligence artificielle aura un impact important sur des secteurs clés : transport et mobilité, santé, environnement et énergie, activités financières et agriculture. Mais ils sont plus mitigés quant à l’impact de l’IA sur leur travail.
Ainsi, les salariés parmi les sondés estiment que l’IA favorisera la performance des entreprises qui s’en servent (à 66%). Ils sont deux tiers (65%) à estimer qu’elle aura plutôt des conséquences négatives sur l’emploi.
Quand on les interroge sur l’impact que pourrait avoir l’IA sur leurs conditions de travail, les réponses sont encore plus mitigées. Ainsi, moins de la moitié des sondés pensent que l’IA aura des conséquences positives sur les performances au travail (46 %) et le bien-être au travail (41 %). Dans les deux cas, entre un quart et un tiers des sondés s’abstiennent.
Ils sont plus de la moitié des sondés (53%) à penser que l’IA pourrait fragiliser leur emploi ou le faire disparaître.



Un désir de formation


C’est pourquoi presque les deux tiers des salariés (62%) interrogés déclarent souhaiter en savoir plus et être mieux sensibilisés sur les conséquences et les applications pratiques de l’IA dans le cadre de leur emploi.
Cette proportion varie selon les secteurs d’activité : ainsi seuls un peu plus de la moitié (54%) des salariés dans l’agriculture et l’industrie se disent intéressés par cette formation, contre deux tiers (70%) des salariés du domaine des services.
Autre point notable : la proportion des personnes souhaitant plus d’informations sur l’IA augmente avec le niveau de diplômes (elle n’est que de 40 % chez les personnes non diplômées ou titulaires d’un CEP ou d’un BEPC, alors qu’elle est de 70 % chez les personnes diplômées du 2e ou 3e cycle et de 75 % chez les étudiants).

Pour assurer le futur de l’IA, les sondés font confiance aux grandes entreprises de la tech (24 %), à la communauté scientifique (20%) et à tous les acteurs ensemble (les deux précédents, ainsi que la société civile et les pouvoirs publics).

Selon ce sondage donc, les Français ont une bonne image de l’IA mais sa représentation reste encore floue. Sa bonne image repose essentiellement sur des motifs pragmatiques et idéologiques, alors que les détracteurs de l’IA mettent en avant « l’humain ». Enfin, si les sondés sont nombreux à louer les gains de productivité de l’IA, ils sont environ la moitié à penser qu’elle pourrait affecter négativement leur emploi. En conséquence, presque deux tiers des sondés souhaiteraient être mieux informés sur l’IA et ses conséquences sur leur emploi.
Pour l’heure, si l’IA est entrée dans la conscience collective, elle est encore loin d’être maîtrisée et d’avoir complètement conquis les cœurs des sondés.

Le rapport complet du sondage IFOP Microsoft
L'infographie tirée du sondage pour Impact AI

> Tout savoir sur le collectif ImpactAi



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