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Focus 17/10/2018

FACIL’iti, partir des usages pour rendre le Web accessible

Présentation de FACIL'iti à Sophie Cluzel, secrétaire d'état chargée des personnes handicapées
Comment utiliser un site web lorsqu’on est aveugle ? Cliquer sur un pavé numérique si l’on souffre de la maladie de Parkinson ? Ecrire ses mails professionnels si on est dyslexique ?
Une start-up française propose des réponses, élaborées en collaborant avec des associations de personnes handicapées.

« Le pouvoir du Web réside dans son universalité. Et le fait que quiconque puisse y accéder quel que soit son handicap en est un aspect essentiel. »
Tim Berners-Lee lançait ainsi, en 1997, l’initiative du W3C pour l’accessibilité du Web — c'est-à-dire rendre le Web accessible à tout le monde (ce qui comprend la navigation et la consultation, mais aussi la production de contenus), quel que soit sa situation de handicap, ou son âge.
Onze ans plus tard, le Web reste un espace largement conçu pour et par les personnes valides. Pourtant, l'accessibilité reste un enjeu essentiel : sans elle, il n'y a pas de Web inclusif.
Des start-ups développent des solutions dans ce que l'on appelle parfois le secteur des "handitechs". Parmi elles, FACIL'iti, start-up basée à Limoges et qui a travaillé en partant des besoins réels des usagers, en partenariat avec des associations.

Que dit la loi ?

L'accessibilité numérique est prévue par la loi française depuis plus de dix ans.
En 2005, la loi « Pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » impose « l’accessibilité des services de communication publique en ligne pour les services de l’Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent ».

La Loi pour une République Numérique de 2016 élargit l’obligation d’accessibilité aux « organismes délégataires d’une mission de service public » et aux « entreprises dont le chiffre d’affaire excède un certain seuil. »

Depuis 2016, une directive européenne () impose également l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles dans les organismes du secteur public. Elle a été adoptée en France dans la loi de 2018 relative à la Liberté de choisir son avenir professionnel. Le décret d’application devrait être promulgué en 2019.

Mais ces obligations sont limitées : le législateur stipule que l’accès doit être permis dans la limite du raisonnable et ne doit pas impliquer de charge disproportionnée ou indue pour l’organisme. Le Conseil d’Etat doit encore préciser par décret ce qui constitue une charge disproportionnée.

Partir non des normes mais des usages

Cependant, dans la pratique, les technologies évoluent bien plus vite que les décrets de lois ne paraissent. C’est pourquoi l’entreprise FACIL’iti a choisi de partir "non des normes mais des usages", explique le cofondateur et directeur Yves Cornu. En d'autres termes, ne pas calibrer la solution technique à partir des propositions des régulateurs mais se fonder sur les besoins exprimés par les personnes en situation de handicap.

FACIL’iti est née à Limoges, au sein d’une entreprise de communication, de l'idée d'un stagiaire décidé à « rendre les sites web accessibles sans toucher au code ». Il est aujourd’hui directeur commercial de FACIL’iti.
Pour développer le projet, les fondateurs ont travaillé avec des associations de personnes handicapées (parmi lesquelles France Parkinson, la Ligue française contre la Sclérose en Plaque, l’Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels, l’Association des Paralysés de France…) pour faire remonter les besoins et tester différentes solutions.

Un large spectre de handicaps

«  En matière d’accessibilité, on se préoccupe souvent beaucoup de la non-voyance. C’est important mais cela affecte environ 60 000 personnes en France. Nous voulions aller au-delà des troubles habituellement pris en compte. Avec FACIL’iti, nous estimons aujourd’hui pouvoir répondre aux besoins d’environ 20% de la population. », explique Yves Cornu.

Aujourd’hui, FACIL’iti propose des solutions adaptées à plus de 250 profils de handicaps. Le site de l'entreprise recense ainsi des besoins visuels (achromatie, cataracte, daltonisme, malvoyance, DMLA, presbytie), moteurs (arthrose, maladie de Wilson, Parkinson, sclérose en plaques, tremblements essentiels) ou encore cognitifs (dyslexie ou épilepsie photosensible). Parmi les troubles pris en compte, beaucoup sont liés aux besoins spécifiques du grand âge, enjeu parfois oublié de l'accessibilité.

Recréer les pages Web au plus près de l'original

Le service fonctionne sur un principe d'abonnement. Si un site est abonné, un logo FACIL'iti apparaît sur le site. En cliquant, l'utilisateur ou utilisatrice peut ensuite créer son profil selon son handicap et ses besoins. L’application reconstruit la page Web visitée de façon adaptée : « Si une personne est photosensible, par exemple, les contrastes seront inversés. Si elle est daltonienne, ils seront adaptés. Si elle souffre de Parkinson, les zones de clics seront agrandies et espacées les unes des autres. »
Le service est gratuit pour les utilisateurs. Yves Cornu assure que l'entreprise ne conserve pas les données personnelles des usagers.

Aujourd'hui, FACIL'iti compte 200 clients, parmi lesquels Carrefour, Auchan, Total, Allianz, April, Caisse d'épargne, Saint-Gobain, Michelin ou TF1. Elle revendique aujourd’hui 200 000 utilisateurs, après un an et demi d’existence.
Chaque année, FACIL’iti organise des campagnes de testing avec les associations : « Plutôt que d’avoir un panel d’experts, nous avons 12 000 testeurs.» Sa notoriété a dépassé les frontières françaises, puisqu’elle a récemment été invitée au Japon, où la question des usagers vieillissants est un problème national d’ampleur.


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