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Rencontres   Côte d'Ivoire 01/10/2018

Côte d’Ivoire : comment le numérique peut-il changer la santé ?

Un médecin ivoirien consulte le dossier médical d'un patient. Photo : Ami Vitale / World Bank .
En Côte d’Ivoire, le numérique pourrait bouleverser les usages de la santé — la démystifier autant que la démocratiser. Mais comment et à quel prix ? C’est ce qu’explore un rapport écrit par le professeur Alain Toh, sociologue référent et Chef du département de l'UFR de sociologie à l'université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, à l’occasion de la table ronde « Santé et Numérique » du 23 avril 2018. En voici un résumé.
Le document intégral est à lire en bas de l'article.

Une certaine culture du soin


En Côte d’Ivoire, le soin ne passe pas toujours par les professionnels. Ainsi, l’automédication, pratique qui consiste à prendre un médicament sans avis professionnel préalable, reste très répandue. Elle comprend autant la consommation de médicaments industriels pharmaceutiques que de remèdes traditionnels, feuilles, racines, écorces, etc. « L’automédication puise ses fondements dans la culture africaine caractérisée par l’expérience personnelle et/ou familiale du symptôme et du remède utilisé. » De façon générale, note Alain Toh, la culture sanitaire ivoirienne est plus axée sur le curatif que le préventif. Ainsi, la quasi totalité des Ivoiriens ne font pas de bilan de santé.

Rôle des téléphones mobiles


Cependant, les outils numériques pourraient permettre aux patients et patientes d’être davantage acteurs de leur santé.
Le taux de pénétration des téléphones mobiles est d’environ 85% en Côte d’Ivoire. Dans le champ de la santé, les Ivoiriens s’en servent principalement pour payer des ordonnance, rechercher les lieux de santé les plus proches et s’informer sur certaines maladies. Les réseaux sociaux offrent aussi des lieux d’échanges et de conversations fertiles sur certaines maladies.

Le numérique accroît certaines inégalités


Mais la pénétration croissante des outils numérique ne résout pas la question des inégalités dans l’accès à des soins de qualité. D’abord parce que l’usage de ces outils crée du pouvoir pour certains, mais éloigne aussi encore plus les patients « analphabètes de TIC », qui ne savent pas manier ces outils. Ensuite parce que le numérique ne règle pas des questions institutionnelles : les Ivoiriens restent confrontés à la hausse constante des coûts de consultations et à un degré moindre de prise en charge. Ainsi, conclut Alain Toh, « l’intégration des outils technologiques accroît à l’ère actuelle les inégalités dans l’accueil, les consultations et le traitement. »

Mais il est bénéfique en termes d’accès à l’information


Par contre, souligne le rapport en citant diverses études, le numérique réduit les inégalités d’accès à l’information médicale. Il peut se révéler une aide précieuse au diagnostic et faciliter « la surveillance des patients à distance, l’amélioration du respect des rendez-vous de suivi, la sensibilisation accrue du public aux questions de santé, la consolidation des rapports de confiance entre patients et soignants, ou l’amélioration de la collecte et de la gestion des données ». Il permet aussi aux patients d’être mieux informés.

Une logistique encore insuffisante


Pour l’instant, selon plusieurs auteurs, l’intégration du numérique dans le système de santé ivoirien laisse à désirer, principalement pour des raisons de logistique. « Le déficit de la logistique est imputable à la mauvaise manipulation qui est liée à la sous-exploitation du digital. », note le rapport. Plusieurs auteurs préconisent donc l’intégration d’une formation aux outils numériques dans la formation des professionnels de santé.

Perspectives


Pourtant, les perspectives sont nombreuses. Ainsi, les outils numériques pourraient permettre de prévenir, de détecter et de prévenir les épidémies (un enjeu essentiel dans un pays où la prévalence du SIDA est élevée chez les hommes de 35 ans, mais où 60 % des hommes ignorent tout de même leur statut sérologique), ainsi que d’offrir des sources d’informations sur les maladies chroniques par exemple. Il pourrait aussi jouer un rôle essentiel dans la réduction de la mortalité maternelle et infantile, et des grossesses en milieu scolaire.

L’importance du contexte culturel et social


Cependant, le numérique n’existe pas hors d’un contexte culturel précis. Les outils numériques de la santé devront donc trouver leur place dans un tissu de pratiques et de représentations préexistantes. Car, demande Alain Toh dans son rapport : « Mais comment transformer les habitudes sanitaires des populations enculturées si on l’est soi-même ? Comment régler la question des grossesses précoces si l’enfant constitue une « richesse » à acquérir très tôt ? Comment réduire les accouchements à domicile si les parturientes sont obligées de faire un choix entre l’infirmier et les matrones traditionnelles ? Ce sont autant de questionnements qui montrent que le numériquement possible repose d’abord sur le sociologiquement envisageable.»

Télécharger le document "Santé et numérique : la révolution aura-t-elle lieu ?"


Les commentaires

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Pinna johan
Pinna johan 18/10/2018 13:16:09

EH ouii ... la vie change


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