Digital Society Forum Digital Society Forum
Actualités 22/06/2018

Futur.e.s : sur les terres de La Villette, on interroge le futur des villes

Conférence "Future Cities" de Carlo Ratti, architecte-ingénieur et directeur du MIT Senseable City Lab, animée par Annabelle Laurent, journaliste chez Usbek & Rica.
Cette année, le festival parisien Futur.e.s s’interroge sur l’avenir de nos territoires : des enjeux climatiques à l’inclusivité en passant par les smart cities et la citoyenneté, le programme est vaste. Bilan des premiers futurs possibles évoqués lors de la première journée.

Au sol de la grande halle de La Villette, au milieu des démos et des expériences proposées, s’étale un grand cercle rouge. Tout autour, des écrans égrainent les thématiques choisies par le festival : territoires et transition climatique, réécrire le vivant, IA et algorithmes, art et créativité, tech et handicap, et le petit dernier, kids revolution. C’est le point de départ des parcours. Il faut l’avouer, le dispositif n’est pas très clair, mais l’essentiel est là : des espaces thématiques, où se balader pour découvrir les démos des entreprises qui feront peut-être le monde de demain. Le premier est consacré à la notion de territoire, qui, de l’aveu même de la programmation du festival, est particulièrement ardue à définir. Environnement, urbanisme, mobilité et même citoyenneté, le futur des territoires est à la croisée de nombreux enjeux. Ceci explique peut-être l’effet patchwork des start-up choisies pour l’animer : kit solaire solidaire, modélisateur de tsunami, générateur de clones numériques, fermes urbaines de spiruline, difficile de percevoir le lien entre chaque projet tout autant que les futurs qu’ils dessinent.

« Je reconnais que c’est déroutant », accorde Mathieu, qui anime le stand The White Shop, « un magasin de meubles sans stock, ni vendeurs au cœur des villes ». Leur botte secrète ? La réalité augmentée. Grâce à elle, les clients visualisent n’importe quel meuble de façon « hyper réaliste, à taille réelle et texturé », sans qu’il y ait besoin d’avoir le meuble sur place. Mieux, les meubles sont mis en scène par des architectes d’intérieur, façon magazine de décoration. Et les territoires dans tout cela ? « Ce n’est peut-être pas évident, mais on a une vraie vocation écolo », poursuit Mathieu. « En supprimant le stock physique, on supprime les allers-retours en transports et les emballages. Quand on retire les camions de la circulation, on change de paysage urbain ». Si la notion de territoire est de toute façon trop vague et trop vaste pour être correctement saisie par une dizaine d’initiatives, il y a néanmoins une certitude partagée par tous : son futur sera vert.

Quand la techno rapproche de la nature… de la techno ?


« Ce n’est même plus une question », affirme Carlo Ratti, architecte-ingénieur et directeur du MIT Senseable City Lab. « Pendant le XXe siècle, la ville devait conquérir la nature, aujourd’hui c’est l’inverse. » Grâce aux systèmes d’éclairage intelligents ou même à la voiture autonome qui libèrerait des parkings, convertibles en espaces verts, de nombreuses technologies permettent de mettre en place des politiques de gestion plus responsables. Tout se combine pour que nous allions « dans le bon sens ». « Et maintenant que le solaire est l’une des énergies les moins chères, même Donald Trump ne pourra pas s’opposer au changement », ironise-t-il.

Seulement, il n’y a pas que la nature que l’on invite ainsi en ville mais aussi des milliers de capteurs, chargés de prendre des mesures sur la météo, la pollution, le trafic. Pour améliorer la gestion de nos métropoles, les technologies nous proposent essentiellement de tout mesurer, de tout capter, afin d’optimiser les services. Une aide appréciée par les administrations, à en croire Carlo Ratti. Mais avec ce maillage de petits boitiers, en plus des caméras de surveillance, une question se pose : la ville du futur laisse-t-elle la place à la vie privée ? « La multiplication des capteurs en ville n’est pas tant la question. Aujourd’hui, il faut avant tout savoir que chacun de nous est un capteur ambulant : nous avons un GPS sur notre smartphone, des bracelets pour mesurer nos pas, des wifi publics. La vie privée a déjà disparu. Il faut partir de là pour envisager comment on pense, dans ce contexte, une société plus transparente pour que l’on puisse s’assurer que ces données sont utilisées à bon escient », termine Carlo Ratti pour clôturer le débat sur le futur des villes. Une fin en forme d’ouverture sur les débats à venir avant la fin du festival, samedi 23 juin.


Les commentaires

Pour réagir à cet article, je me connecte Je m’inscris

Soyez le premier à réagir !

S’inscrire et participer

Inscrivez vous sur le Digital Society Forum pour commenter et réagir sur les articles et être informé des événements à venir

DSF