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Actualités 21/06/2018

Les futurs du festival Futur.e.s : des conférences, des démos et beaucoup de questions

Nadia El-Imam, ingénieure et designeuse suédoise, est intervenue lors de la conférence d'ouverture du Futur.e.s Festival.
Ce jeudi 21 juin au matin débutait, à la Villette à Paris, le festival Futur.e.s. Gratuit et ouvert à tous, ce rendez-vous du numérique francilien veut, cette année, ouvrir le champ des possibles futurs. Une ambition salutaire mais compliquée à concrétiser.

Il y a comme un parfum d’attente dans le grand hall de la Villette, encore silencieux. Il est 9h30 et le festival Futur.e.s (ex. Futur En Seine) vient d’ouvrir ces portes. Les premiers badauds arrivent timidement, le temps de prendre leurs marques au sein de l’immense espace qui s’ouvre devant eux, jalonné d’objets étranges : qui pourrait deviner que cette masse blanche ovoïde, à gauche de l’entrée peut vous transformer en avatar ? Face à ces installations inhabituelles, les visiteurs se comportent comme s’ils étaient en territoire inconnu. C’est finalement l’arrivée des « kids » qui va réveiller l’ambiance feutrée de cette première matinée de découverte. Après un brief rapide de l’enseignant, ils se dispersent par petits groupes, avides de se lancer dans le futur. Le festival leur réserve un espace dédié, mais spontanément, leur attention glisse très vite vers les écrans et vers les casques de réalité virtuelle. Qu’ils se méfient toutefois de ce qu’ils pourraient voir et percevoir grâce à ses casques noirs. Ils pourraient par exemple, se retrouver dans la peau d’une femme qui s’apprête à être reçue … chez le gynécologue.

Cette surprenante initiative vient des étudiants du CRI (Centre de recherches interdisciplinaires) de Paris pour leur devoir de fin d’année, ils ont décidé de confronter les hommes à cette visite annuelle proprement féminine. Cela ne va pourtant pas arrêter Jade, jeune homme de 14 ans. Après avoir réalisé ses premières interventions chirurgicales (plutôt réussies) sur un estomac virtuel grâce à l’écran interactif Display, il se lance avec (S)he. Résultat de l’expérience ? « C’est un peu gênant, on doit agir en même temps que le personnage, mettre les pieds dans les étriers… mais c’est intéressant », explique Jade qui voudrait, plus tard, « faire médecine ».

De l’autre côté de la palissade en bois qui sépare les espaces, ses camarades de classe ont préféré essayer la démo de Cycléo, un vélo fixe combiné à un écran. Commandé à la société Cottos Médical par des EHPAD, pensé pour des personnes âgées, le dispositif plaît quand même aux enfants – qui avec leurs jeunes jambes pleines d’entrain et leur envie de faire mieux que les copains, mettent parfois le pédalier à rude épreuve. Est-ce que le futur leur plaît ? La réponse est nette, c’est oui. Même s’ils regrettent que les voitures et les humains ne volent toujours pas.

A quel(s) futur(s) rêvons-nous ?


Si le futur des enfants s’inspire surtout de Marvel et des super-héros, « plusieurs futurs sont possibles », répètent les affiches de l’événement. Mais lesquels ? Posée aux adultes, la question semble loin d’être évidente. « Évidemment, il faut un équilibre entre les technos et nous, avance Nora qui, entre deux recherches d’emploi, a décidé de venir jeter un œil au monde de demain. Les progrès des IA et des robots créent des avancées significatives, mais ils nous assistent parfois trop, on se demande ce qu’on fera, nous », continue-t-elle.

Faut-il dire au jeune Jade que, bientôt, un grand nombre d’opérations chirurgicales seront réalisées par des robots, « jamais fatigués, jamais de mauvaise humeur, dont la main ne tremble jamais » ? C’est en effet ce que croit Pierre-Jean Benoussan, directeur des opérations d’Insimo, qui travaille sur la modélisation 3D des corps humains afin d’aider les médecins et les étudiants en médecine.

Au-delà de la place de l’homme dans un futur technologique, quel contrôle avons-nous sur l’évolution des innovations ? Selon Nadia El-Imam, ingénieure et designeuse suédoise, il est important que les solutions soient pensées collectivement. Son travail vise ainsi à créer des dispositifs d’intelligence collective, seule à même de produire « des technologies que l’on maîtrise, avec des objectifs que l’on a déterminés, avec des gens que l’on croit et que l’on respecte, capable de faire ce qui est bon pour nous ». Et si, au lieu de construire des intelligences artificielles, nous augmentions les intelligences humaines ?

Entre coopération et concurrence, l’équilibre est difficile à trouver. A voir les enfants se démener pour prononcer, mieux qu’une voix de synthèses, des phrases à haute concentration d’assonances (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes »), il n’y a pas d’âge pour percevoir ce rapport de force auquel nous serons bientôt confrontés. Plusieurs futurs sont possibles, oui, mais avec quelle place pour l’homme, et quelle place pour la machine ? Le festival Futur.e.s s’attaque à de vastes questions. Il reste encore deux jours, pour y apporter des réponses.


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