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Actualités 26/05/2018

VivaTech : la "tech" peut-elle être vraiment "for good" ?

Conférence "Tech for Good : quand l'innovation est solidaire" au Salon Vivatech le samedi 26 mai entre 11h20 et 11h50. De gauche à droite : Paul Duan, de Bayes Impact, Frédéric Bardeau, de Simplon.co, Joséphine Bouchez de Ticket for Change et Adama Sawadogo de iCivil Africa.
À l'occasion de la troisième et dernière journée du salon VivaTech, ouverte au grand public en ce samedi ensoleillé de la fin du mois de mai, un petit reportage en quête du "bien" dans les allées de Paris Expo et dans sa salle au style jungle, dite "Startup stage".

Samedi 26 mai 2018, c'est la journée grand public du Salon VivaTech, messe d'entre les messes de l'innovation technologique. Juste devant l'entrée du plus grand pavillon de Paris Expo, Porte de Versailles, il y a le stand Orange. Peu avant 11 heures du matin, sous le drapeau "FabLabs solidaires", label créé par la Fondation Orange, trois jeunes enfants montent une table de bois en kit, guidés par les animateurs du Fablab Hyper du collectif Ya+k , composé d’architectes, d’urbanistes et de designers. Selon des principes très proches des trois autres fablabs ici présents, ce "laboratoire pédagogique" situé à Bagnolet se dédie "à l'échange de savoirs, à la conception, au design open source et à la fabrication d'objets". N'exigeant qu'une adhésion symbolique de 5 euros par an à ceux qui profitent de leur lieu et de leur matériel, ce fablab cherche "à stimuler le désir d'un engagement citoyen en rendant les habitants acteurs de leur ville."

"Pour mes enfants, explique le père des trois mômes qui bricolent avec un grand sourire, VivaTech, c'est beaucoup plus amusant que Disney". Selon lui, il n'y a pas de doute : les bois, les plastiques, les imprimantes 3D et autres puces ou circuits open source des quatre "fablabs solidaires" de ce stand offrent de la "tech for good". Et de façon plus limpide que les Uber, Facebook, IBM, Microsoft et Google, invités trois jours auparavant par l'Élysée au dit "Sommet Tech for Good ", plutôt de l'ordre de la diplomatie internationale (et économique) avec les géants américains de notre ère du tout connecté. Accompagné de sa femme, gériatre qui agit elle aussi sur le terrain social et humanitaire, ce pater familias s'appelle Frédéric Bardeau. Il est cofondateur et président de Simplon.co , école (gratuite) appartenant au monde de l'économie sociale et solidaire, qui forme au "code" des jeunes et moins jeunes au départ très éloignés de l'emploi et des cursus scolaires classiques - dont 38% de femmes,

Ces e-David et ces e-Goliath qui veulent notre bien


Petit bout de chemin avec lui et sa famille jusque la salle où il participe justement à une conférence titrée : "Tech for Good : quand l'innovation est solidaire". Stop devant le SeaBubbles, drôle de véhicule électrique des mers, qui semble glisser au-dessus de l'eau sur des petites échasses grâce à la technologie d'un appareil appelé Hydroptère : "Zéro wave, zéro noise, zéro émission". Good, semble-t-il. Puis c'est l'espace Ubisoft et ses jeux de rêve pour les gamins ; ensuite l'espace de Google, dont la promesse est passée de "Don't be Evil" à "Do the right thing" ; et juste en face de l'ogre de la Silicon Valley une présentation de l'expo Artistes & Robots au Grand Palais. Dans les allées, les startups semblent parfois écrasées par l'ampleur des stands des monstres de l'économie numérique, Cisco, Microsoft et autres Facebook, et surtout la majesté massive des antres des vieux tricératops de l'ancien monde cherchant à se convertir à la modernité techno et écolo, de la SNCF au PMU en passant par TF1. Mais une chose est sûre : que leurs lieux soient ornés d'écrans banals, de vaisseaux spatiaux ou d'installations de réalité virtuelle, tous veulent notre bien. À l'exemple de la startup namR.com , au stand épatant de créativité, qui clame sans état d'âme : "Open data et intelligence artificielle" sont "une opportunité sans précédent pour accélérer la transition écologique".

For good ou for bad, la tech ?


11h20. Il est l'heure de la conférence, juste après une conversation sur le thème : "Ma story : comment tout a foiré... ou pas ?". Les gentils organisateurs de VivaTech ont habillé le fond de leur salle "startup stage" de lianes, de plantes (artificielles) et d'écrans ou s'ébattent koalas et caméléons. Pour faire jungle ? Oui, mais pas hypercapitaliste, plutôt réserve sauvage avec animaux protégés en toute invisibilité par des puces et une ribambelle de bonnes intentions. C'est Paul Duan, de Bayes Impact , dont la promesse est "Data for good", qui débute la discussion de trente minutes sur l'innovation au service de la solidarité. Il y a un peu plus d'un an, ce remarquable personnage promettait de "hacker le chômage" par la grâce d'un algorithme et de sa science du Big data. Mais diable que c'est galère de créer un service comme Bob emploi avec Pôle Emploi , ici en France ! Sur scène, il ne le dit pas. Mais il le pense fort. Exemple plus probant : au Burkina Faso, l'organisation d'Adama Sawadago, iCivil Africa , permet d'inscrire à l'état civil des milliers de bébés qui, sans elle, naîtraient sans identité. "On fait voyager l'innovation au lieu de faire voyager l'individu" - qui n'a pas les moyens d'aller au bâtiment administratif de la capitale. Et tout ça avec une technologie révolutionnaire : le SMS.

Et voilà, sur la fin de la conférence de trente minutes, que tombe la question sur le "business model" qui permettrait aux startups de faire le bien. Bayes Impact, de Paul Duan, se définit comme une ONG. Non lucrative donc, et sans actionnaires. Pour Frédéric Bardeau, sur le même diapason, il est infaisable de jouer au premier et même niveau, et la carte de l'intérêt général, et celle du profit maximal. Des sociétés comme Accenture ou Capgemini, qui ignoraient Simplon.co (né en 2013) lors de ses premières années, n'hésitent pourtant plus à embaucher ses développeurs informatiques, qui n'étaient il y a peu que des "moins que rien" des quartiers ou d'ailleurs... Mais pour assurer une santé financière, cela ne suffit pas. Il faut, selon les mots de Bardeau, un peu de schizophrénie pour servir l'intérêt général dans un système économique pas vraiment conçu pour. Autrement dit : hypothèse 1, je choisis d'abord l'intérêt général, et j'essaye de trouver les clés adéquates pour gagner les deniers indispensables sans nuire à l'essence de mon initiative ; hypothèse 2, ma boîte est gouvernée par le profit pour moi et mes actionnaires (ce qui n'est pas en soi une honte), et si je peux tout de même "faire le bien", c'est une très bonne nouvelle. Mais il y a du taff, mesdames et messieurs les exposants.


Les commentaires

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Chrystèle Bazin
Chrystèle Bazin 30/05/2018 10:16:56

Peut-on vraiment allier intérêt général (ou commun) et intérêts économiques ? L'éternelle question ;-)


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