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Focus 25/05/2018

Zuckerberg à VivaTech : je t’aime (moi non plus)

C’était le gros événement de la première journée du salon VivaTech à Paris : Mark Zuckerberg était présent le 24 mai Porte de Versailles. Rare de ce côté-ci de l’Atlantique, la venue du maître des réseaux sociaux a créé l’excitation et l’effervescence. Le tout, dans un contexte brûlant, à la veille du Règlement général sur la protection des données (RGPD) . Mais si la foule était au rendez-vous, elle a moins écouté les paroles – attendues et sans surprises – que cherché à décrocher l’image, ou le selfie du personnage.

Il n’était qu’à quelques mètres de la foule, en chair et en os. Comme promis par le salon, Mark Zuckerberg était bien là, à 17h30, sur la scène de VivaTech. « Cela fait des années qu’il n’était pas venu en France », s’exclame Orianne, étudiante à l’Edhec Business School de Lille. Alors, pour être sûr de ne pas louper la star, Orianne et son camarade Ilan attendaient depuis 15 heures dans les gradins de la salle « Stage One ». D’autres y ont même passé la journée, parés pour l’attente avec sandwichs et bouteilles d’eau, témoignent les vigiles, qui ont eu bien du mal à expliquer aux visiteurs qui voulaient assister aux autres conférences, pourquoi le nombre de places était si restreint. Beaucoup ont attendu pendant plus d’une heure, en vain.

Encore la star des stars


Le même jour, il y avait pourtant tout le gratin du monde de la tech : Ginni Rometty d’IBM, Satya Nadella de Microsoft, Dara Khosrowshahi d’Uber … « Mais comme dans tout festival, il y a une tête d’affiche que tout le monde attend, et aujourd’hui c’est Mark Zuckerberg », reconnaît Ilan. Non loin de l’entrée du salon, sur le vaste stand du premier réseau social mondial, les visiteurs n’avaient qu’une question en tête : « Va-t-il passer ici ? Allons-nous le croiser ? ». Les animateurs ont tenté de trouver les bons mots, pour que la déception ne soit pas trop grande : « Non, il ne sera pas sur le stand, mais vous pourrez voir son intervention, car on a installé un écran ». Mais une image de Zuckerberg, ce n’est pas vraiment Zuckerberg, réagit Ilan : « Ce qui est amusant, c’est de le voir en vrai ! ».

« L’année dernière, on avait eu la directrice des opérations Sheryl Sandberg sur Skype, se souvient Capucine Déroulède, ambassadrice des étudiants universitaires à l’université BPP de Londres, mais que le numéro un de Facebook prenne la peine de venir dans le contexte actuel, c’est quelque chose d’apprécié, c’est sûr ». Le contexte est bien connu : évasion fiscale, fake news, Cambridge Analytica, le tout à la veille de l’entrée en vigueur du Règlement sur la protection des données. Mais personne ne semblait s’attendre à un débat de fond. C’est tant mieux, car il n’a pas eu lieu.

« Serait-ce un robot ? »


« Personnellement, je n’attends pas grand chose de cette intervention », avoue Guillaume Champeau, directeur éthique et relations publiques chez Qwant (un moteur de recherche qui protège la vie privée de ses utilisateurs), avant l’allocation du grand ponte. « On demande souvent à Facebook et Google ce qu’ils pensent du RGPD, mais leur point de vue n’est pas celui de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) ou le nôtre.. »

L’intervention est en effet sans grande surprise, voire très surjouée. Au point que Léa, étudiante présente dans le public, finit par interroger son voisin : « Serait-ce un robot ? » D’un côté, Mark Zuckerberg s’érige en défenseur du Règlement, assurant que la protection des données des utilisateurs est « la priorité » du groupe et que le RGPD épouse finalement la philosophie de départ. Mieux, il veut l’étendre à l’ensemble des utilisateurs dans le monde. De l’autre, il joue la naïveté et rejette la faute sur les usages des utilisateurs : « Nous n’avons pas suffisamment anticipé que nos outils pourraient être utilisés pour faire du mal. Fake news, interférence dans les élections, discours de haine, utilisation de nos outils au détriment de la vie privée. Nous devons maintenant avoir une vision plus large ».

Un volontarisme tout de même salué par le publicitaire Maurice Lévy, coorganisateur de l’événement et modérateur de l’intervention. Dans le public en revanche, les réactions sont plus nuancées. « C’est intéressant qu’il parle d’arbitrage, mais il donne l’impression qu’on a le choix concernant nos données, alors que ce n’est pas vraiment le cas », pointe Capucine qui regrette également l'absence de tout cabinet juridique ou législatif sur le salon. De son côté, Léa s’étonne : « C’est un discours qui passerait auprès du grand public, mais là, il s’adresse à des connaisseurs qui ne peuvent pas être dupes que la priorité, ça reste le modèle économique, donc les données ». Zuckerberg a-t-il profité de la grande messe pour dire quelque vérité ? Pas sûr. Les spectateurs, agités au début de l’interview, se sont d'ailleurs vite apaisés avant de partir en coup de vent, de la même manière que la vedette. C’était fait, ils l’avaient vu.


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