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Focus 20/04/2018

Afrique : l'enjeu de l'accès aux soins via le numérique

Au Cameroun, un patient soigné grâce à un Cardiopad , innovation d'un jeune Camerounais, qui permet de faire face au manque de cardiologues et plus largement aux moyens limités dont disposent les autorités sanitaires en Afrique. © Himore Medical.
Le développement de la télémédecine, l’apparition de nombreuses applications et plateformes offrent-ils des solutions aux problèmes que pose l’accès de tous à la médecine dans un continent comme l'Afrique ? À l'occasion d’une table-ronde le 23 avril 2018 à Abidjan, sur le thème « Santé et numérique : la révolution aura-t-elle lieu ? », qui traitera notamment des apports potentiels du numérique pour les enjeux d'accès aux soins en Côte d'Ivoire, nous republions ici un extrait du grand article sur cette question de notre dossier publié en octobre 2017 "Santé et numérique" .

Pour préserver une égalité des soins, la question primordiale, aujourd’hui, est celle de la disparition du désert sanitaire. Or le fossé sanitaire et les inégalités sociales à la surface de la planète ont partout des conséquences dramatiques, notamment sur le plan familial. Ainsi, dans les ménages les plus pauvres, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est près de deux fois plus élevé que dans les ménages les plus riches. Et ils ont deux fois plus de risques d’avoir une croissance retardée. Selon la Banque mondiale, 400 millions de personnes dans le monde n’avaient pas accès, en 2016, aux services de santé les plus élémentaires. L’Éthiopie ne compte ainsi que 3 médecins pour 100 000 habitants quand la France en dénombre 332 pour 100 000 (OMS, 2016).

Mais des solutions simples et peu onéreuses émergent. En Afrique, 500 millions de personnes disposent d’un mobile, soit moins d’un Africain sur deux, ce qui limite la portée des initiatives, même si ce chiffre augmente régulièrement. Les organisations caritatives et de santé ont commencé à les utiliser pour faire reculer les disparités d’accès aux soins fondamentaux. Grâce à un simple téléphone, il est aujourd’hui possible de suivre l’état physique d’individus isolés ne disposant pas du maillage sanitaire nécessaire à une prise en charge rapide. C’est par exemple ce que propose le dispositif RapidSMS (créé par l’Unicef), permettant à des femmes enceintes d’être accompagnées par des bénévoles, via l’utilisation de téléphones mobiles très peu chers – par SMS, donc sans nécessité d’un smartphone. Cela ne remplace pas le médecin, mais peut faire gagner du temps dans l’établissement du diagnostic.
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Les services de santé dématérialisés, accessibles via un ordinateur ou un téléphone mobile, pourraient-ils devenir l'une des réponses aux déserts médicaux en Afrique ? Au manque de simples docteurs et à la veille sanitaire, justifiant d'envoyer un patient en ville pour voir un spécialiste ? Constat clair : la télémedecine professionnelle semble être une clé pour répondre de façon très opérationnelle au défi de l'accès de tous aux soins. L’on pourrait citer le CardioPad , inventé et développé par un jeune Camerounais : cette tablette utilisée par des médecins non spécialisés, des infirmiers et infirmières, voire de simples acteurs sociaux, permet de faire face au manque de cardiologues d’un pays qui ne compte que 31 cardiologues pour une population d’environ 18 millions d’habitants, soit 1,7 spécialiste par million d’habitants (voir l’article « Quels médecins (connectés) ? »). Autre exemple fort : l’application gratuite Medic Mobile aide les « travailleurs de la santé », les soignants et aides-soignants, les sages-femmes, et plus largement les communautés villageoises de vingt-trois pays d’Afrique et d’Amérique du Sud afin qu’ils puissent faire des diagnostics voire dans certains cas proposer des soins dans l’urgence.

En Côte d'Ivoire comme partout en Afrique, le numérique est une clé cruciale, pas toujours facile à faire fonctionner pour réduire les inégalités d'accès à la médecine , notamment pour les personnes fragiles. C'est ainsi que la réduction de la mortalité maternelle et infantile s'avère un combat essentiel en Côté d'Ivoire. Les enjeux sont nombreux. Ne faudra-t-il pas demain, par exemple, former au premier diagnostic des infirmières, voire des mères de famille ? Ce sera sans doute l'une des questions qui devraient être abordées à la table-ronde du Digital Society Forum en Côte d'Ivoire le lundi 23 avril 2018 : "Santé et numérique : la révolution aura-t-elle lieu ?", dont les axes de réflexion ont été préparés par le travail de recherche du Professeur Alain Toh, sociologue référent et Chef de département de l’UFR de Sociologie de l’université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan.


La vidéo du débat de décembre dernier au Museum d'histoire naturelle de Paris : "Santé à l'heure du numérique : y a-t-il encore un médecin dans la salle ?". La table-ronde du 23 avril à Abidjan en Côte d'Ivoire, "Santé et numérique : la révolution aura-t-elle lieu ?", est également animée par Audrey Pulvar.


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