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Actualités 16/04/2018

ORLAN est LA femme digitale de l'expo Artistes & Robots

Dans la partie "Le robot s'émancipe" de l'exposition Artistes & Robots , jusqu’au 9 juillet 2018 au Grand Palais, la pièce "ORLAN ET ORLANoïde, Strip-tease électronique et verbal", met en scène une femme robot. © ORLAN
À l'occasion de la Journée de la femme digitale à la Maison de la Radio le 17 avril dernier, nous avons réalisé le court portrait d'une artiste qui pourrait être l'un des plus formidables modèles de cette femme digitale, s'emparant des nouvelles technologies avec un parti-pris féministe : ORLAN. Son robot, l'ORLANoïde, est l'une des œuvres majeures de l'exposition Artistes & Robots au Grand Palais jusqu'au 9 juillet 2018.

ORLAN n'a pas participé à la Journée de la femme digitale de ce printemps 2018. C'est dommage. Car cette figure de l'art contemporain incarne une vision forte, originale et néanmoins fondamentale de la femme émancipée de l'ère numérique. Elle n'est ni "data scientist" comme la jeune Sihame Aarab de Microsoft ni cheffe d'entreprise comme Delphine Remy-Boutang, âme de l'agence The Bureau et par ailleurs cofondatrice de l'événement. Elle ne se veut pas une "gagnante" dans un monde ultra compétitif. Elle ne cherche pas à "transformer les marques en œuvres d'art" à la façon de Judith Darmont , artiste numérique qui intervient en fin de journée aux côtés de Nathalie Balla, "co-repreneuse" et PDG de La Redoute. En revanche, cela fait une cinquantaine d'année qu'elle se bat pour la liberté des femmes, et ce dans le monde parfois très machiste de l'art contemporain. Et elle a été parmi les premières artistes à s'emparer des biotechnologies, avec son Manteau d'Arlequin en 2008, ou de la réalité virtuelle grâce à sa Reine des masques en 2014.

Son ORLANoïde, conçue pour l'exposition Artistes & Robots du Grand Palais, pourrait être une nouvelle Ève future, juste plus rebelle et féministe que la femme artificielle de Villiers de l’Isle-Adam, inventeur du terme « andréide » d’où a été tiré le mot « androïde », et précurseur de la science-fiction par son roman de 1886. Un cœur bat dans le torse de cette "gynoïde"qui harangue le chaland. Il raconte sa vitalité naissante. Il dévoile son désir d’humanité. Sauf que le ventre, le bas-ventre et les jambes de la créature, presque aussi métalliques que l’armure de ce machiste d’Iron Man, expriment sa nature mécanique. Message limpide : la moitié inférieure de son corps, à la peau de machine, crie à la face de nos sociétés patriarcales son refus de devenir une poupée sexuelle. Sa hantise d’être prise pour l’une de ces prostituées androïdes qui séduisent désormais de riches clients du Japon ou de Floride.

L’ORLANoïde est en quête de deep learning pour permettre à son Intelligence artificielle d’apprendre de ses interactions avec son environnement proche, avec les êtres humains ou pourquoi pas avec d’autres IA dans le futur. Elle chante, elle parle pour mieux mettre à nu les spectateurs de son « strip-tease électronique et verbal ». Elle possède la voix et les mimiques de son modèle ORLAN. Mais elle affirme « Je sommes » plutôt que « Je suis », comme pour signifier la dimension collective de son existence et de ses revendications autant politiques que technologiques.

« Ceci est mon corps, ceci est mon logiciel » : tel est le titre d’un livre de la plasticienne. Au contraire d’un certain type de transhumanisme, qui ne voit que « viande » dans notre enveloppe charnelle et rêve de la troquer contre une immortelle mécanique de 0 et de 1, elle a fait de son corps son premier sujet de création et d’expérimentation. Mais au nom du plaisir, autant charnel que des idées, et sans la moindre souffrance.

Déjà, entre 1990 et 1993, elle met en scène une série d’opérations de chirurgie esthétique, organisées et filmées comme autant de performances. À chaque épisode de cette Réincarnation de sainte ORLAN, correspondent pour l’artiste un ou plusieurs modèles symboliques de la représentation de la femme dans l’art occidental. Littéralement, à chacune de ces renaissances chirurgicales, elle change de visage. Devant les caméras qui transmettent l’événement en direct et en gardent la trace, au cœur de cette salle d’opération que la bien-pensance ne veut pas voir, elle concrétise la violence faite à la femme de conformer son corps à des canons que lui impose la société. Sauf que la série d’actes chirurgicaux de l’artiste ne se résume pas à la mise à nu d’une contrainte et de la façon dont une science devenue opérationnelle en devient le valet : elle signe l’irréductible prise de liberté d’une femme. Comme une façon de retourner les armes du laboratoire contre leur obéissance aux normes de la beauté et du commerce. Et c'est bien pourquoi elle aurait été un parfait contrepoint aux invitées de la Journée de la femme digitale de ce mois d'avril 2018. Où elle aurait pu montrer l'une de ses vidéos les plus puissantes : La liberté en écorchée (2013), autoportrait révolutionnaire qui transcende en 3D, toute peau effacée, nos bonnes vieilles planches anatomiques de muscles. Cet autoportrait au-delà de la nudité, donc au-delà des apparences, a quelque chose d’un manifeste visuel : par sa belle épaisseur dans tous le sens du mot, il signe la parole d’une écorchée volontaire, au nom de tous ces artistes, mais également de toutes ces femmes qui prennent le risque de sortir du cadre d’une société sclérosante. Il y a, dans les mouvements ralentis de cette statue de la liberté mutante, terriblement vivante et récalcitrante à toutes formes de discrimination, une revendication féministe. Un refus de tout conservatisme ou de fausse morale, et un appel pour l’émancipation des corps, résolument tourné vers le futur.


ORLAN - 3. Hybridations biotechnologiques from Mooc Digital Media on Vimeo.



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