Nouvelles formes d'apprentissage

Les MOOC sont-ils révolutionnaires ?

Qu’ils s'appellent EdX, Cousera, Udacity, Solerni, les MOOC (Massive Open Online Course) ou CLOM (Cours en Ligne ouverts et massifs) créé l'évènement dans les médias. Mais qu’ont-ils de vraiment nouveau ?

Bien sûr, à l'heure où les machines ont atteint un niveau technologique qui leur permet de connecter les apprenants du monde entier et d'avoir des capacités d'hébergement de ressources inouïes, il n'y avait qu'un pas pour que l'enseignement bascule en ligne. Tout commence dans les années 2000, lorsque le MIT décide numériser l'ensemble de ses ressources et de les rendre accessibles, ce qui donnera naissance au projet OpenCourseWare. Puis en 2007, l’initiative irlandaise ALISON (Advance Learning Interactive Systems Online) propose des cours gratuits en ligne pour développer des compétences professionnelles. L'année suivante, George Siemens et Stephen Downes organisent un cours en ligne sur le connectivisme – mouvement dont ils sont les théoriciens – qui réunit plus de 2 000 participants sous le sigle MOOC. Dès lors, une flopée d'initiatives similaires apparaissent, dont les principaux acteurs sont les grandes écoles (américaines) dont la « marque » garantit la renommée et l'audience. De cette compétition mondiale naissent alors Coursera (qui réunit 80 universités de plusieurs pays), EdX et Udacity, les trois acteurs majeurs de ce nouveau marché.

Une organisation traditionnelle

Le principe des MOOC est simple : il s'agit de dispenser un enseignement généralement de niveau supérieur, en ligne, avec des ressources numérisées, des cours vidéos, des exercices interactifs le plus souvent corrigés automatiquement, et des forums permettant aux élèves et aux enseignants d'échanger. Eventuellement, cette formation donne lieu à une certification sous forme de badge, de certificat ou plus rarement, de crédits universitaires. L'organisation de l'enseignement est finalement plutôt traditionnelle : après l'apprentissage des connaissances via les vidéos de type cours magistral et la consultation de ressources, les savoirs sont restitués à travers des exercices plus ou moins interactifs, avant d'être évalués par un examen. Au reste, le programme est pré-structuré, le déroulement est standardisé et l'organisation centralisée. Rien ici de très neuf, si ce n'est le support.

Le potentiel révolutionnaire se cacherait-il dans les outils ? Certes, ces plateformes sont des modèles de puissance mais les outils utilisés ne permettent finalement rien de surprenant comparativement à la traditionnelle formation à distance. Filmer des cours pour les mettre en ligne n'a rien de nouveau, non plus que de proposer des exercices de type QCM autocorrigés. Certes, avec l'aide des nouvelles technologies les exercices peuvent être plus variés et plus interactifs, mais où est la valeur ajoutée ?

Des nouveautés à maîtriser

L'engouement pour les MOOC tient en fait à trois de ces caractéristiques : l'ouverture, la masse et la gratuité. Si on laisse de côté les préoccupations d'autonomie et d’aménagement de l'organisation travail-famille-formation, auxquelles la formation à distance répondait déjà, les MOOC sont « ouverts » à tous, sans limite de places (d'où l'adjectif « massif ») et dès lors que l'on possède une adresse mail. Ainsi, dans son cours d'introduction à l'informatique, Udacity a accueilli 300 000 participants, un nombre record. Par ailleurs, les MOOC sont en principe gratuits, caractéristique plutôt attractive lorsqu'il s'agit d’accéder aux écoles les plus connues, traditionnellement très coûteuses. En principe seulement, car certains cours ne sont parfois accessibles qu'à un public restreint et certains modules ou certaines « certifications » sont payantes. De plus, les MOOC ne sont pas le fait d'une résurgence de la philanthropie mais de la compétition mondiale pour conquérir un marché en expansion. Nul doute qu'une fois placés, la plupart chercheront à rentabiliser leur investissement.

Ces avantages demandent donc à être maîtrisés et, dans le cas contraire, peuvent devenir de véritables inconvénients. Ainsi, l'ouverture et la masse ne présentent d'intérêt éducatif pour les apprenants que lorsqu'elles permettent de créer une communauté et suffisamment d'interaction pour profiter de la diversité. Or, plusieurs expériences ont montré que les participants ne s'emparent pas vraiment des espaces d'échanges ou des outils collaboratifs – à moins que cette activité soit prise en compte dans l'évaluation. Comme si l'accès aux outils allait générer l'usage, les MOOC ne dispensent pas de formation à l'activité en ligne, à la publication, au partage et l'encadrement des formateurs est décevant : leur contribution se résume souvent à une recommandation par semaine, et, en matière de correction, les MOOC sont tout aussi décevants : il n'y a pas toujours d'explications associées aux corrections automatiques des quizz, et les commentaires individuels sont assez maigres. Mais comment s'en étonner au vu du nombre de devoirs rendus ? Pas étonnant que les acteurs préfèrent automatiser les corrections ! De même, les MOOC font face à des taux de réussite très bas. Les chiffres, assez rares, indiquent qu'en moyenne, moins de 3 % des participants réussissent l'examen final.

xMOOC et cMOOC

Alors que les MOOC induisent un changement d'échelle majeur, les MOOC ne peuvent actuellement garantir la qualité, la profondeur et l'effectivité de l'apprentissage. Pourtant, il n'y a rien de nouveau à dire que l'impact des technologies dépend des usages et dans ce cas, de l'adaptation de la pédagogie. L'exploitation du potentiel des nouvelles technologies ne peut se faire qu'à condition que la pédagogie soit une terre d'accueil. Mais tous les MOOC ne sont pas à mettre dans le même panier. Il y a MOOC et MOOC ou plus précisément il y a « xMOOC » et « cMOOC » - le « x » faisant référence à EdX, le MOOC du MIT et de Harvard ; le « c » faisant référence au connectivisme de George Siemens et Stephen Downes. Deux écoles pour deux pédagogies : la première est plutôt traditionnelle et reproduit en ligne les éléments de la pédagogie classique ; la seconde opte pour une pédagogie inspirée de la méthode active, adaptée à l'environnement numérique ; l'enseignement y est plus distribué, la participation des apprenants plus importante et les rôles interchangeables.

Sans tomber dans une vision manichéiste, on constate que les cMOOC ont l'avantage de proposer un enseignement vraiment nouveau, dont les objectifs visent des compétences d'interaction, d'autonomie créativité de haut niveau, mieux adaptées à la société numérique. Loin d’ignorer le potentiel des plateformes, les xMOOC sont généralement le fruit de la frénésie mondiale pour ce nouveau marché. Or, précipitation et suivisme conduisent plus naturellement à la reproduction des schémas traditionnels qu'à l'innovation. Plus que technologique, l'avantage des cMOOC tient à leur vision novatrice de ce que doit être l'enseignement dans un monde où la transmission du savoir est moins importante que la capacité d’exploiter ces savoirs. Au motif qu'il n'y a pas qu'un seul chemin pour améliorer les MOOC, beaucoup de questions cherchent encore leurs réponses. Mais quels que soient les choix faits, le succès dépend de l'adaptation et de la cohérence du projet pédagogique.

photo rédacteur :
Julia Gualtieri

pour aller plus loin

Accédez aux sources à l'origine de cet article

Mooc : la standardisation ou l’innovation ?
par Dominique Boullier

Critique du contenus et des connaissances enseignés par les MOOC, critique de l'engouement économique qui bloque la recherche

consulter la source URL | Internet Actu - 20.02.13

Mooc: Révolution ou simple effet de mode?
par Thierry Karsenti

Critique de l'engouement pour les MOOC et liste de leurs impacts principaux

consulter la source PDF | Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire - 2013

Les MOOC : entre mirage technologique et virage pédagogique … le retour !
par Marcel Lebrun

Critique de la prétendue nouveauté des MOOC dépourvus d'une pédagogie repensée

consulter la source URL | Blog de M@rcel - 30.09.2013

IP3S Lille 2012 : MOOCs, de nouvelles formes de cours ouverts

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consulter la source URL | Canal U - Novembre 2012

Les Rencontres de l'UVED 2013 : Conception et usages du numérique dans l'éducation et présentation du projet d’un cMOOC pilote UVED sur le thème de l'Économie verte»

Témoignages sur la création d'un MOOC au sujet des opportunités, des limites et des interrogations restantes

consulter la source URL | Canal U - Avril 2013

MOOC : Révolution du social learning ou continuité du e-learning ?
par Thierry Curiale

Pour certains, c’est une révolution et pour d’autres la continuité du e-learning : les MOOC, cours en ligne massivement multi apprenants, destinés à toute personne ayant une connexion Internet, ont vu le jour aux États-Unis il y a un peu plus d’un an. Les MOOC restent aujourd’hui des cours magistraux portés par des professeurs «stars» d’universités prestigieuses. Mais, dans les années à venir, ils pourraient bien être le moteur de la rénovation du système de transmission du savoir.(...)

consulter la source URL | Culture Mobile 16.01.2014

les commentaires

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Najette Fellache
15/04/2014 22:01:14

Je pense qu il y a une formidable opportunité de combiner MOOC et aleliers pratique en presentiel et du coup, d appliquer la pédagogie inversée... Ça inciterait les apprenants à aller au bout des MOOC et ajouter encore plus de concret à toute cette interactivité présente dans le MOOC. Les formats classiques d elearning et blended learning sont complètement revu pour un apprentissage beaucoup plus efficient en phase avec les nouveaux usages ... N hésitez pas à venir à l atelier digital society forum sur les nouvelles pratiques d apprentissage, prévu ce jeudi 17 avril à Nantes, j'animerais le thème MOOC à la cantine numérique de Nantes ...au plaisir de vous y voir !

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Vincent Datin
10/04/2014 16:06:04

Je ne sais pas si les MOOCs sont révolutionnaires et à vrai dire la question m'importe peu. Il est par contre évident qu'ils sont à la base d'un changement important et apporte une réponse à un besoin qui existe depuis longtemps, celui du partage du savoir... besoin que l'enseignement supérieur ignore depuis trop longtemps.

Bien sûr, les ressources libres existent depuis plus de vingt ans mais il n'est pas aisé de les retrouver, ni de les assembler pour se construire son propre parcours d'apprentissage. Les MOOCs, de par leur scénarisation progressive, leur aspect ludique et leurs interactions multiples permettent de structurer l'apprentissage en conservant une forme de liberté dans une démarche d'auto-formation. Le coté informel permet également de développer l'esprit critique, autre grand absent de l'enseignement classique.

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Pierre Lévis
04/04/2014 14:43:27

C’est vrai qu’on peut vite devenir accro ! Ce qui est révolutionnaire dans les MOOCs ce n’est pas tant la technologie mise en œuvre que l’expérience vécue de l’intérieur du MOOC par les participants. Ce n’est donc pas telle ou telle brique, c’est l’ensemble du cours tel qu’il se déroule au fil de la dizaine de semaines. En tout cas c’est ce que j’ai ressenti dans les 3 MOOCs que j’ai suivis.

On peut difficilement utiliser pour les MOOCs les mêmes indicateurs que dans les cours classiques : 3% de réussite à un MOOC ne sont pas comparables à 3% de réussite dans une université. Dans une université l’élimination se fait avant et non après (surtout dans les grandes universités américaines et dans nos grandes écoles). D’autre part la motivation des participants n’est pas la même : à l’université où il s’agit avant tout de décrocher son diplôme ! dans un MOOC c’est beaucoup plus varié, par exemple beaucoup ne participent qu’à quelques leçons qui les intéressent plus particulièrement. Voir sur le sujet de l’évaluation des MOOCs le rapport « HarvardX and MITx: The First Year of Open Online Courses » (facilement trouvable par Google) qui est une des meilleures analyses qui existent sur le phénomène MOOC.

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Patrick Bérard
03/04/2014 21:04:04

3% de réussite ... On est effectivement dans les mêmes stats que l'EAD sans tutorat ni accompagnement . Le message que renvoie l'explosion des MOOC de toute sorte c'est que désormais la plupart des savoirs étant accessibles en ligne et de partout, on pourra de moins en moins faire payer pour des contenus "secs" ou s'assoir sur un territoire défini.

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Rémi Prunier
03/04/2014 18:19:26

Est-ce révolutionnaire ? et surtout, quel intérêt pour moi ? Le plus simple, c’est encore de tester, c’est gratuit et sans engagement… attention, on peut vite devenir accro ! Au passage, Orange ouvre aujourd’hui son MOOC « Le digital, vivons le ensemble » (hashtag #DVLE sur Twitter et Facebook). Basé sur la plateforme Solerni, il s’agit d’un MOOC de culture générale autour du numérique, pour tout public :-) Inscriptions sur http://solerni.org...

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