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Dossier 24/06/2014

Les « tiers-lieux », nouveaux espaces de travail collaboratifs

Notion introduite en 1989 par le sociologue américain Ray Oldenburg pour désigner des lieux ne relevant ni du domicile ni du travail (cafés, librairies, bars), les tiers-lieux permettent des rencontres dans un cadre convivial et accessible, créateur de liens. Par extension, le terme de « tiers-lieux de travail » renvoie aux nouvelles alternatives d’espaces de travail.

Celles-ci sont proposées à des professionnels de plus en plus mobiles, entre le domicile et le bureau traditionnel.
La démocratisation et la massification des nouvelles technologies de l’information et de la communication a contribué à l’apparition de ces « tiers-lieux », quasi-inexistants il y cinq ans. Cette notion regroupe une ribambelle d’initiatives comme les espaces de coworking, les fablabs, les hackerspaces, les techshops… Tous remettent en question l’idée que l’on se dirige unilatéralement vers une organisation du travail de plus en plus dématérialisée, sans lieu fixe.
Précisons d’emblée que « bien que certains parviennent à l’autonomie financière par le paiement régulier des cotisations des membres et la location de l’espace pour des événements, une majorité d’entre eux survivent grâce à des financements publics », souligne le chercheur Antoine Burret.

Sortir de l’isolement


On a d’abord vu se multiplier depuis 2006 les initiatives de télécentres, notamment en milieu rural, dans le cadre de politiques publiques de développement économique et d’attractivité territoriale, comme le rappelle Camille Giordani-Caffet, qui a réalisé son mémoire sur le sujet. Ajoutez au lieu physique un mode d’organisation du travail ancré dans l’échange et le réseautage, et vous avez des espaces de coworking.
« Le coworking est né en 2005 à San Francisco de la volonté d’une nouvelle catégorie de travailleurs indépendants issus de la révolution numérique (graphistes, web-designers) de partager des bureaux pour sortir de leur isolement tout en réalisant des économies », souligne-t-elle. Plus précisément, on définit les espaces de coworking comme des tiers-lieux ayant quatre dimensions principales : économique (une capacité à générer du revenu) ; socioprofessionnelle (un lieu de référence où les professionnels d’un même domaine peuvent se rencontrer, échanger et travailler) ; culturelle (un lieu où certains principes et certaines valeurs d’ouverture, de partage sont mis en avant) ; territoriale et spatiale (un lieu inscrit sur un territoire, qui favorise les rencontres hasardeuses et non-linéaires).

Le Numa, référence en la matière


Dans certains cas, on voit se greffer, autour de ces espaces de coworking, d’autres types d’espaces ouverts sur le territoire. À Paris, c’est la Cantine - le Numa maintenant - situé dans une ancienne fabrique de tissus du Sentier, qui a ouvert la marche. Pierre Chapignac, fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial explique que « les tiers-lieux naissent à partir de formes préexistantes, de conditions spécifiques et/ou de prémisses. La Cantine, référence en matière de tiers-lieu, est née de la combinaison d’une action collective d’entreprises (le cluster Silicon Sentier), d’une culture numérique puissante et d’un soutien des pouvoirs publics qui ont fait les investissements, qui ont créé les conditions matérielles à la cristallisation du tiers-lieu. »
Marie Vorgan Le Barzic, déléguée générale du Numa, ajoute : « avec notre expérience du Camping (premier accélérateur de start-up créé en 2011) et de la Cantine (espace de coworking créé en 2008), nous sommes convaincus que ce sont ces « frictions » qui sont sources d’émulation et de créativité. Nous avons donc créé un lieu permettant d’accueillir aussi bien des étudiants que des auto-entrepreneurs, start-ups, ou encore des salariés d’entreprise. »

Fablab, hackerspace, makerspace


D’autres grandes catégories de « tiers-lieux », les Fablab (« laboratoires de fabrication »), hackerspace ou makerspace, dont le but est de fournir des outils mutualisés, sont des espaces publics de formation aux pratiques numériques ou points relais pour la consommation collaborative.
Ces espaces ont en commun d’être… physiquement situés : on y valorise le lien social, le “faire ensemble”, on s’y réapproprie la production matérielle. Dans ces plates-formes ouvertes de création et de prototypage d’objets, le bidouillage est roi. Hauts-lieux d’innovation technologique, ils sont la preuve que le monde digital et le monde physique peuvent former un couple durable.


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